La crise financière et l’évolution des règles prudentielles, notamment la perspective de l’entrée en vigueur de Bâle III, font de la gestion des risques une question essentielle dans la vie et l’organisation des établissements bancaires comme nous l’explique le directeur de cette activité à la Banque Postale.

Par François Geronde, Directeur des Risques de la Banque Postale

Comment abordez-vous l’environnement prudentiel actuel, notamment en matière de gestion des risques ?

François Geronde : C’est assez complexe, notamment lorsque l’on cherche à se projeter et à s’inscrire dans la durée. D’autant que tout s’est accéléré depuis 2007 avec un enchaînement d’évolutions réglementaires, puis, plus récemment, avec la perspective de l’entrée en vigueur de Bâle III au 1er janvier 2013, mais dont le processus de mise en œuvre devrait se poursuivre jusqu’en 2018 ou 2019. C’est d’autant plus délicat lorsque l’on est une banque jeune, en plein développement, à mi chemin entre les grandes banques [les établissements dits « systémiques », NDLR] et les plus petites, puisque la Banque Postale n’a démarré ses activités qu’au 1er janvier 2006 avec le crédit immobilier. Sont ensuite venus, le crédit à la consommation en 2009, l’assurance IARD en 2010, les entreprises en 2011 et enfin les collectivités locales aujourd’hui. Ce qui fait désormais de nous une banque de plein exercice et nécessite un important programme de consolidation au niveau des risques.

Quelles sont vos relations avec l’Autorité de contrôle prudentiel (ACP) et comment abordez-vous l’environnement réglementaire au niveau européen ?

Nous avons de bonnes relations avec l’ACP même si elle a aujourd’hui tendance à durcir le ton avec l’ensemble des établissements. De toute manière, l’essentiel de la réglementation se décide désormais au niveau européen avec une homogénéisation des règles à l’ensemble des Etats membres. Cette notion de « single rule book » qui consiste en un transfert de pouvoir du niveau national au niveau européen, complexifie les choses pour La Banque Postale qui, compte tenu de son positionnement exclusivement domestique, n’a que de très faibles moyens d’actions auprès des différentes autorités européennes.

Comment jugez-vous l’environnement réglementaire actuel ?

Il y a depuis 2010 une surenchère qui aboutit à trop de réglementation avec un empilement de mesures qui prises unitairement peuvent avoir un sens, mais dont le cumul peut s’avérer problématique pour les banques et donc pour le financement de l’économie. Cela dit, à événements exceptionnels, mesures exceptionnelles. Ensuite, tout est une question de phasage des mises en œuvre, même si la pression des agences de notation pourrait conduire à une accélération. Parmi les différentes évolutions instaurées par Bâle3, une des plus problématique pour La Banque Postale est le ratio de levier qui, en définitive, pourrait limiter la capacité des banques à prêter. Ce ratio n’a pas de réelle justification pour une pure banque de détail.

Quel a été l’impact de la crise sur votre organisation ?

Nous sommes en train de procéder à certains ajustements afin d’intégrer toutes les évolutions réglementaires survenues depuis 2006, année de création de La Banque Postale. Pour le reste, on a surtout constaté que l’on parlait auparavant beaucoup de « contrôle » et assez peu de « risques ». Aujourd’hui, il y a un travail d’analyse et d’anticipation beaucoup plus important, ce qui revalorise significativement la fonction risque. On constate ainsi, et c’est intéressant, que les établissements qui ont le mieux résisté à la crise sont ceux où la direction des risques était solidement installée dans le paysage. De toute manière, la réglementation n’évolue que par les crises. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que l’on est obligé de « consolider » les risques, alors que les divers établissements n’en avaient auparavant qu’une vision « en silo ». Avec l’empilement actuel des différents risques (marché, crédit, immobilier, risques opérationnels), on est obligé d’avoir une vision nécessairement décloisonnée.

Quel est l’apport de Vertuo Conseil dans la définition et la mise en œuvre de la stratégie de votre direction ?

Les consultants de Vertuo interviennent notamment sur la mise en conformité et le pilotage interne des dispositifs de gestion des risques (mise en place d’outils de suivi et d’alerte) et la mise en conformité à certaines exigences réglementaires (segmentation de la clientèle, gestion des défauts, tableaux de bord). D’une manière générale, nous préférons travailler avec de « petits » cabinets qui s’approprient véritablement notre problématique plutôt qu’avec ceux qui « déroulent » leur méthode toute prête.

François GerondeUn banquier spécialiste de la gestion des risques François Geronde connait bien son métier. Directeur des Risques et membre du comité exécutif de la Banque Postale depuis décembre 2011, ce polytechnicien a auparavant passé près de dix ans en salle de marché, notamment à la Société Générale, puis à la direction des risques du Crédit Agricole. Entré à Efiposte, l’antichambre de la Banque Postale qui assurait alors la gestion des CCP de la Poste, en 2002, il a pleinement participé à la création du nouvel établissement. Un parcours qu’il qualifie de « pari » et de « véritable aventure » dans le cadre d’un projet de développement de La Banque Postale particulièrement rapide et ambitieux, dont il estime qu’il est pleinement respecté.

Par François Geronde, Directeur des Risques de la Banque Postale

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