Les Echos –  13 février 2015 :

Aujourd’hui, dans le secteur bancaire, le domaine des moyens de paiement est l’un des plus prometteurs, grâce notamment aux avancées technologiques et à la démocratisation du Smartphone. En effet, si aujourd’hui nous payons globalement comme hier, il ne fait aucun doute que nous payerons différemment demain. Pour l’heure, nous sommes face à un certain nombre d’évolutions, prémices d’une révolution.

Une révolution du paiement mobile qui se fait attendre

Le paiement mobile sans contact NFC (Near Field Communication) suscite de nombreux espoirs dans le secteur bancaire français, particulièrement en termes de nouveaux usages et de services à valeur ajoutée : fidélité, couponing, offres dédiées géolocalisées, etc. Pourtant, celui-ci tarde à s’imposer, car il se heurte encore à un certain nombre de freins.

En premier lieu, des problématiques d’ergonomie du parcours client lors de l’enrôlement, ainsi que des problématiques d’interopérabilité ont vu le jour, notamment concernant le TSM (Trusted Services Manager), « fournisseur de services de confiance » pour le paiement mobile. Ensuite, un écosystème peu lisible et un positionnement flou de certains acteurs sur la chaîne de valeur qui ont mis en lumière un business model complexe et encore peu rémunérateur.

Côté technique, on observe un environnement qui se cherche, avec une multitude de technologies qui coexistent : microSD, SIMcentric, Secure Element, QR Code, BLE (Bluetooth Low Energy), HCE (Host Card Emulation), etc. À ce jour, aucune d’entre elles n’a émergé en tant que standard de marché.

Enfin, on constate qu’un certain nombre de pilotes et d’expérimentations ne revêt pas un caractère suffisamment universel pour permettre le succès et l’adoption à grande échelle d’un nouveau mode de paiement.

L’espoir d’un décollage du NFC sous l’impulsion d’Apple

Apple, numéro 2 mondial derrière Samsung sur le marché des Smartphones, mais dont la notoriété et l’influence sur ce marché sont extrêmement fortes avait, jusqu’à l’iPhone 5, toujours refusé d’inclure la technologie NFC dans ses mobiles. L’arrivée de l’iPhone 6, doté de cette technologie, laisse penser que le virage NFC est en passe d’être pris. Néanmoins, il convient de rester prudent et de noter que des points d’interrogation subsistent à propos d’Apple Pay et de son Touch ID.
Lancé d’abord aux États-Unis, il ne fait aucun doute qu’Apple Pay arrivera dès que possible sur le marché français. Mais cela pourrait être plus compliqué au regard des différences notables entre les marchés du paiement français et américain, en particulier concernant l’aspect sécuritaire, la France ayant des standards plus exigeants (norme EMV). L’iPhone 6 se heurtera également à une problématique de taux d’équipement due au coût de l’appareil.

Enfin se pose la question des alliances et partenariats. Outre-Atlantique, Apple a déjà conclu des partenariats avec des schemes (Visa, MasterCard et American Express), des banques (Bank of America, Citigroup, JPMorgan Chase, Wells Fargo, etc.) et des enseignes de premier plan (Subway, McDonald’s, Disney, Nike, etc.).
En France, la tâche risque d’être plus complexe et on peut penser que les négociations avec les banques ne seront pas aisées, particulièrement sur les commissions, dans un contexte de forte pression règlementaire Européenne entraînant une érosion des interchanges.

Quoi qu’il en soit, le nouveau choix stratégique d’Apple concernant le NFC va dynamiser le marché du paiement mobile en forçant les autres acteurs à proposer des solutions concurrentes rapidement. En outre, ces acteurs vont devoir se montrer créatifs face à Apple qui a les moyens de devenir un acteur majeur sur la chaîne de valeur du paiement. Grâce à ses 800 millions de comptes iTunes et données associées, Apple a une longueur d’avance dans la course aux données clients, clé des services à valeur ajoutée.

Une croissance lente des paiements sans contact

Pour l’heure, c’est le paiement sans contact par carte qui doit « ouvrir la voie » au mobile et entrer dans les habitudes des consommateurs : la récente campagne de publicité du GIE Cartes bancaires « Poser, c’est payé » va dans ce sens.

Ce marché du sans contact est en croissance, mais reste aujourd’hui encore un marché de niche, comme en attestent les derniers chiffres du GIE CB (à fin décembre 2014) : 45,9 % des cartes CB sont sans contact, 19,7 % des terminaux le sont, mais ils ne totalisent que 1,52 % des paiements (en volume)… Notons que la barre symbolique des 1 % de paiements sans contact avait été franchie pour la première fois en octobre dernier.

Les paiements par carte sans contact s’établissent en moyenne aux alentours de 11 € et sont, rappelons-le, limités unitairement à 20 €.

Activité soutenue sur les marchés du wallet et du mPOS

Dans l’attente de la révolution du paiement mobile, les banques françaises se positionnent sur deux marchés. Premièrement, le wallet (ou portefeuille numérique), dont tout le monde connaît le plus célèbre : PayPal. Destiné à ce jour au paiement en ligne, le wallet va pouvoir bénéficier du dynamisme du marché du e-commerce français, 6e marché mondial, avec un Chiffre d’Affaires de 56,8 milliards d’euros en 2014, en hausse de 11 % par rapport à l’année précédente (source Fevad).

Les banques françaises ont donc lancé le « wallet français », Paylib, via le consortium BNP Paribas, La Banque Postale, Société Générale, qui sera rejoint prochainement par le Crédit Mutuel Arkéa et le Crédit Agricole. Même si ce produit est voué à évoluer en termes de services à valeur ajoutée, il a aujourd’hui le mérite de reconstruire l’interbancarité française et d’éviter la « guerre des boutons » de paiement sur les sites de e-commerce…

Deuxième marché très actif, le marché du mPOS (mobile Point Of Sale), où un Smartphone est utilisé comme support d’acceptation du paiement par carte. Cette solution qui permet de transformer le Smartphone ou la tablette du commerçant en un terminal de paiement s’adresse principalement aux petits marchands et marchands ambulants (artisans, médecins, taxis, livreurs, etc.) non équipés de TPE, principalement pour des raisons de coût et de durée d’engagement.

Les solutions de mPOS peuvent également adresser des commerçants de plus grande taille, déjà équipés de matériel classique, afin de proposer des points d’acceptation supplémentaires tout en véhiculant une image innovante. Ce marché est sans doute le plus innovant aujourd’hui et, contre toute attente, c’est du côté des commerçants que le mobile est en train de faire évoluer les usages en matière de paiement.

En 2014, Dilizi de BPCE, Mobo de BNP Paribas ou encore la solution de w-HA, filiale d’Orange, ont vu le jour sur le marché français. Les solutions Smart TPE du Crédit Agricole, Monem Mobile de LCL et Monetico Mobile du Crédit Mutuel-CIC arrivent sur le marché à leur tour.

Vers une mutation de l’acte de paiement

Il devient aujourd’hui difficile de recenser l’ensemble des initiatives innovantes liées au paiement tant elles sont nombreuses : utilisation des réseaux sociaux (paiement par Twitter de BPCE), authentification vocale (Talk to Pay de La Banque Postale), biométrie (Natural Security Alliance), etc. Il apparaît pourtant de plus en plus clairement que l’on peut résumer l’enjeu de l’innovation sur le marché des paiements à travers l’ambition exprimée par PayPal : « Faire disparaître complètement l’acte de paiement »…

Karim Terbeche, Project Manager, VERTUO Conseil

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