La Tribune – 16 juillet 2015 :

Quel sera l’impact des nouveaux moyens de paiement sur les banques ?

Aujourd’hui sur le marché du paiement, un certain nombre de solutions innovantes voient le jour. Ces innovations sont de plus en plus souvent portées par des acteurs non bancaires et laissent par conséquent entrevoir un nouvel éco-système du paiement que nous allons tenter de décrypter.

Les acteurs « traditionnels » : banques classiques et… banques en ligne

Actuellement en France, les principaux acteurs du marché du paiement sont les banques classiques : BNP Paribas, le Groupe BPCE, le Groupe Crédit Agricole, Crédit Mutuel-CIC, La Banque Postale, La Société Générale, etc.
Au début des années 2000, avec ING Direct, les banques en ligne sont apparues dans le paysage des acteurs bancaires. Néanmoins, force est de constater qu’en quinze ans, le marché français n’a pas vu émerger de véritable pure player et que les banques en ligne que nous connaissons tous émanent des banques classiques : BforBank (Groupe Crédit Agricole), Boursorama Banque (Société Générale), Fortuneo Banque (Crédit Mutuel Arkéa), Hello Bank (BNP Paribas), etc. Le marché se partage donc toujours entre les mêmes acteurs…
Seul fait notable, les assurbanquiers qui ont lancé leurs sites de banques en ligne avec notamment Axa Banque et Groupama Banque.

De nouveaux acteurs , Établissements de Paiement et Établissements de Monnaie Électronique…

Une directive Européenne, la DSP (Directive sur les Services de Paiement) a ouvert la voie à un nouveau type d’acteur : les Établissements de Paiement (EP). Ces structures, plus « légères » que les banques car soumises à des contraintes moins fortes notamment en termes de fonds propres et de capital, peuvent néanmoins fournir des services et moyens de paiement. Nous avons ainsi vu ces dernières années apparaître des structures telles que PayTop, Rentabiliweb ou SlimPay.
Une autre législation, la DME (Directive sur la Monnaie Électronique) a introduit le statut d’Établissement de Monnaie Électronique (EME). Ces établissements sont donc autorisés à émettre de la monnaie électronique : citons à titre d’exemples S-Money, Ticket Surf International ou W-HA.

…qui ne menacent pas les banques

Ces nouveaux acteurs, réunis en France au sein de l’AFEPAME (Association Française des Établissements de Paiement et de Monnaie Électronique) ne représentent pas, en tout cas dans l’immédiat, de véritables concurrents pour les banquiers traditionnels et ce pour deux raisons principales. La première étant leur petite taille et leur positionnement sur des produits spécifiques, voire des niches de marché. La deuxième est que, si certains de ces établissements sont indépendants, d’autres appartiennent à des groupes bancaires… (exemple de S-Money, filiale du Groupe BPCE).

La véritable menace pour les banques : les GAFA

Il va falloir nous habituer à entendre parler des « GAFA ». En effet, cet acronyme a été inventé pour nommer les quatre géants du web et de l’industrie des télécommunications que sont Google, Apple, Facebook et Amazon.

Les GAFA apparaissent aujourd’hui comme la véritable menace pour les banques : mais pourquoi finalement ? Tout d’abord, il convient de s’arrêter sur un premier chiffre : la capitalisation boursière de ces quatre acteurs équivaut aujourd’hui à celle de l’intégralité du CAC 40, soit 1.500 milliards de dollars. Autre chiffre, illustrant la « toute-puissance » des GAFA : 55% de la vie numérique d’un utilisateur lambda se concentre sur ces 4 acteurs…

Les GAFA disposent donc de deux atouts déterminants qui pourraient leur permettre de bousculer les acteurs déjà en place. Premièrement, des capacités financières impressionnantes pour investir dans le paiement et l’innovation, et deuxièmement les données clients dont ils disposent grâce à un contact permanent avec les utilisateurs.

Les GAFA à l’assaut du marché du paiement

L’élément déclencheur, le « détonateur » même, ne laissant plus planer le moindre doute sur l’intérêt des GAFA pour le marché du paiement a été la sortie de l’iPhone 6 en septembre dernier aux États-Unis. Apple a enfin décidé de prendre le virage du NFC et cette nouvelle version de l’iPhone permet le paiement mobile sans contact via Apple Pay.
Les réactions des concurrents sont très vite arrivées : Samsung, rival d’Apple sur le marché des smartphones, a racheté LoopPay et a annoncé son Samsung Pay.
Google, de son côté, a racheté l’ensemble des brevets technologiques de son concurrent Softcard et vient d’annoncer son Android Pay.

Bien sûr, ces trois solutions de paiement mobile souhaitent arriver en France au plus tôt pour s’imposer : l’attente ne devrait être que de quelques mois…
Côté réseaux sociaux, Facebook et Twitter ont lancé le paiement P2P (Person-to-Person) dans un premier temps et ils ne s’arrêteront vraisemblablement pas à ce type de paiement, portés notamment par un nombre incalculable de comptes utilisateurs.
Enfin, les grands e-commerçants et marketplaces se posent comme des acteurs de plus en plus significatifs sur le marché du paiement, notamment à travers leur rôle d’agrégateurs de flux. Par ailleurs, ils développent souvent leur propre wallet du type paiement « one-click » afin de concurrencer les solutions existantes du marché : essayez de trouver le bouton de paiement PayPal sur Amazon…

D’autres typologies d’acteurs sur le marché

L’arrivée sur le marché des monnaies du type crypto-monnaie, en particulier le bitcoin, a ouvert la voie à un nouveau type d’acteur. En France par exemple, Paymium est un nouvel acteur qui se pose comme une place de marché en ligne où vendeurs et acheteurs de bitcoins concluent des transactions, les vendeurs de bitcoins proposant leurs bitcoins contre des euros. Ces mêmes bitcoins pouvant ensuite être utilisés pour payer sur showroomprive.com par exemple.
Un mot enfin sur les banques de la grande distribution, les plus connues étant Carrefour Banque, Oney Banque Accord (Auchan) et Banque Edel (Leclerc). Même si elles existent depuis un certain nombre d’années déjà, soulignons qu’elles sont de plus en plus actives et se positionnent clairement sur le paiement innovant (exemple Oney Banque Accord avec son wallet Flash’N Pay).

Trois enjeux majeurs pour les acteurs du marché du paiement

L’innovation va inévitablement faire évoluer les business models : le mobile sera l’instrument de paiement de demain, instrument qui n’appartient pas aux banques…
Mais au-delà des innovations et des technologies, trois enjeux principaux s’imposent aux acteurs, quelle que soit leur taille.
Le premier, ce sont les flux : peu importe la forme que prendra le paiement dans les années à venir, il sera nécessaire de concentrer un certain volume de transactions pour exister sur le marché du paiement.
Le deuxième, ce sont les données clients : l’entrée des GAFA sur le marché symbolise le fait que, dans une certaine mesure, le paiement s’émancipe du monde bancaire et les données clients deviennent au moins aussi importantes que l’acte de paiement en lui-même. Nous sommes en train de passer d’un modèle du paiement à un modèle de la donnée.
Enfin, troisième et dernier facteur, c’est l’expérience utilisateur. L’ergonomie de l’enrôlement, la sécurité et les services à valeur ajoutée proposés seront de véritables facteurs clés de succès.

Les impacts sur l’écosystème et sur l’avenir des banques traditionnelles

Les banques vont sans aucun doute garder la relation bancaire globale, surtout en France. Il est peu probable qu’elles décident de se cantonner à des activités de dépôt et de crédit, laissant le paiement aux nouveaux entrants.

En revanche, elles seront certainement contraintes de « partager » les commissions liées aux actes de paiement, les acteurs étant de plus en plus nombreux sur la chaîne de valeur. Elles tireront donc moins de bénéfices de leurs activités liées au paiement, surtout dans le contexte actuel de baisse continue des commissions d’interchanges via les décisions successives du législateur européen.

Ces éléments vont donc obliger les banques à revoir leur stratégie et une des stratégies prévisible est la constitution d’alliances avec des nouveaux entrants du type GAFA.
Ces alliances pourraient d’ailleurs être bénéfiques pour les clients. En effet, elles permettront d’éviter une concurrence à outrance, synonyme d’un marché peu lisible et sans émergence de standards. Car même si beaucoup semblent l’oublier, le consommateur est l’acteur fondamental et c’est lui qui déterminera la réussite ou l’échec d’une solution, voire d’un acteur…

Karim Terbeche, Project Manager, VERTUO Conseil

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