La Tribune – 29 septembre 2015 :

L’hypocrisie du cycle d’homologation, qui amène à valider des consommations impossibles à reproduire dans la circulation courante, conduit les constructeurs à prendre des mesures extrêmes parfois au détriment de toute forme de légalité et de conscience citoyenne. 

Depuis plusieurs années, la prise de conscience de l’effet des activités humaines sur le réchauffement climatique a amené les politiques à lutter toutes voiles dehors contre les émissions de CO2. De façon assez classique, des normes et des incitations fiscales ont bouleversé l’offre et par extension la demande. Ainsi, dans l’industrie des transports privés et l’industrie automobile en particulier, le marché européen a atteint une Diésélisation sans précédent, souvent sans une analyse économique suffisante pour en démontrer la rentabilité. Or, les progrès technologiques qui ont mis ce type de propulsion sur le devant de la scène ont eu d’autres conséquences sur l’émission de particules directement néfastes pour la santé.

Des dispositifs toujours plus lourds

Jamais à court de progrès technologique, les industries allemande et française ont partiellement contourné le problème avec des dispositifs toujours plus lourds (et donc énergivores !), plus coûteux et complexes, répercutés directement en hausse sur les coûts d’achats et de maintenance (pièces détachées) pour les particuliers. Ce phénomène exclut d’office les populations les moins favorisées de la course environnementale, ce qui alimente une certaine fracture ou déresponsabilisation dans l’approche citoyenne.

La seconde zone d’ombre provient de la méthode d’homologation des consommations. Elle spécifie, entre autres exemples, que le banc de mesure (et non une piste dédiée avec de vraies conditions atmosphériques et de circulation) simule une accélération de 0 à 70km/h en 41 secondes. Pas sûr que quiconque ait la patience de tenir ce rythme. Logiquement, la mesure est sous-estimée et au final le client est pénalisé car il reçoit une information biaisée, bien plus favorable que ce qu’il sera capable de reproduire, et ce sans la moindre mauvaise volonté des constructeurs qui ne font que se plier à une norme !

Les investissements se focalisent sur la seule norme d’homologation

La troisième zone d’ombre provient de l’accélération du renforcement des normes et exigences. Avec notamment la mise en place du système de bonus / malus (et de son durcissement annuel), le progrès ne peut plus suivre la cadence et, peut-être encore plus grave, tous les investissements se focalisent sur la norme d’homologation (qui demeure une vitrine commerciale) parfois au détriment de problématiques tout aussi essentielles : sécurité active, sécurité passive, protection des piétons et des 2 roues, etc.
Une nouvelle fois, les exigences règlementaires, pourtant parties d’une bonne intention fondamentalement paternaliste, induisent une inflation non maîtrisée : des coûts, de la complexité du cadre professionnel (un frein à l’embauche ?) et des inégalités sociales. Quand les exigences politiques pénalisent le consommateur final et amènent des géants industriels à contourner la loi, n’est-il pas urgent de repenser nos dispositions règlementaires pour les rendre enfin acceptables et acceptées ?

Par Adrien Aubert, Senior Manager du cabinet VERTUO conseil

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