A la veille de la sortie du nouveau billet de 20€, prévue pour le 25 Novembre, les chiffres de la BCE sont plus parlants que jamais : 838 000 fausses coupures ont été retirées de la circulation en 2014, soit 25% de plus qu’en 2013, le billet de 20 euros étant le plus contrefait.

Cette même BCE qui, sur son site internet, nous précise les signes de sécurité de ce nouveau billet de 20€, dont le graphisme devrait être moins imitable. Nous y retrouvons donc les signes de sécurité du billet, selon 3 techniques : le « toucher », le « regarder » et le « incliner » (TRI). En bonus, nous avons même droit à des « signes supplémentaires », tels que les propriétés à retrouver sous une lampe UV ou à infrarouge!

Dans ce contexte, peut-on, dans un souci de transparence permanent, publier officiellement ces informations, accessibles à tous, et donc aux plus malintentionnés ?

Par ailleurs, dans son bulletin officiel du 29 août 2014, le ministère de la justice présente son plan de coordination pénale afin de lutter efficacement contre la contrefaçon de monnaie : améliorer la circulation de l’information, choisir des qualifications pénales pertinentes, mieux gérer les scellés. Ainsi, dans son désir de mieux coordonner les différents éléments, il met en exergue les failles de la justice sur le sujet et surtout, nous livre en annexe, la liste des produits pouvant servir à contrefaire les billets de banque !

Le ministère de la justice énumère donc les produits, les classe par matériau et par signe de sécurité : Spray coiffant pour cheveux, Gouache blanche conditionnée en tube Stylo réservoir avec de l’encre invisible fluorescente sous UV, Vernis à ongle à effet optique de différentes couleurs, et la liste est longue. Plus de 60 produits listés ! Et il nous informe également que seulement certains de ces produits sont déjà utilisés par les contrefacteurs. Cela signifie-t-il que, s’ils sont à court d’idées, ils peuvent se sourcer dans le Bulletin Officiel ?

Autant nous fournir une Edition illustrée « Pour les nuls » !

Peut-on, dans un désir de communication continu, dresser une liste de produits accessibles dans le commerce, et dans le même temps, se déresponsabiliser du phénomène ?

L’information aujourd’hui est accessible de tous, partout, sur de nombreux supports. Internet, cet « open space virtuel », est une mine d’informations et surtout, une plateforme d’échanges sur le sujet.

Les faux billets se commande sur internet, les transactions sont payées anonymement (carte bancaires prépayées, Bitcoins…) et même le cachet de la poste prouvant la provenance est trafiqué ! Autant dire que la tâche est rude et qu’elle n’est nullement facilitée par Internet.

Caractérisé par une accessibilité importante des informations à bas coût, Internet donne les moyens à l’individu et aux groupes d’individus de penser que «tout voir» et « tout savoir » est la norme. De ce fait, un sentiment de puissance s’est installé auprès des internautes, laissant croire que la transparence est obligatoire dans un monde perçu comme plus complexe et surtout incertain.

La transparence devient opérante si elle est utilisée pour maintenir et entretenir la confiance, et on doit pouvoir identifier quels savoirs partager.

Les pouvoirs publics ne peuvent pas tout dévoiler, mais ils ont comme mission de reconquérir la confiance des individus et surtout, de l’entretenir. Cela ne doit pas passer nécessairement par la diffusion d’informations sensibles, prioritaires ou qui peuvent porter préjudices à leurs travaux et enquêtes.

Car une fois que le processus de transparence est enclenché, il faut savoir en éviter les pièges, vis-à-vis du public. En effet, la transparence permanente dévoile une demande accrue du public, qu’il faut informer et avec qui il faut entretenir une relation de confiance qui induit un engagement permanent. Par ailleurs, en atteignant ce niveau de détail, on crée d’autres interrogations et attentes chez le public, qui peuvent rester sans réponses.

La transparence dans la communication doit poser des limites. C’est comme la chambre des parents: il n’est pas bon de laisser tout voir.

Par Hind Aqallal, Consultante Senior du cabinet VERTUO conseil

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