Les Echos – 16 décembre 2015 :

Les Cassandres, qui prédisent la disparition prochaine de ces dinosaures que seraient les banques, sous-estiment la place qu’elles occupent dans l’actuelle transformation de l’industrie financière ainsi que les fondamentaux métiers.

Il y a 15 ans, tout le monde condamnait la banque « traditionnelle » à disparaître avec l’émergence des banques en ligne. En France, bien que nous soyons légèrement en retrait des tendances observées dans certains pays d’Europe, seulement 7 % des Français possédaient un compte en ligne à fin 2014.

Non, les banques ne vont pas disparaître sous les coups de boutoir des nouveaux acteurs qui tentent de se faire une place au paradis des services financiers et produits bancaires.

Une banque, c’est une structure dédiée à l’expertise financière, à la connaissance des produits, des services, des opérations et des flux qui assurent le financement en temps réel de l’économie. Cette expertise unique s’appuie sur des fonctions supports (gestion des risques, normes comptables, etc.) soumises à un package réglementaire d’une complexité qui fait référence. Qui peut réellement en dire autant ?

Banques et nouveaux acteurs : concurrence frontale ou opportunités de croissance ?

Il est vrai que de nouveaux acteurs économiques sont venus enrichir l’écosystème de l’industrie bancaire. Plus précisément, il s’agit de trois typologies d’acteurs.

En premier lieu, les fameux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Prenons l’exemple d’Amazon, aujourd’hui numéro 2 mondial du e-commerce derrière le géant chinois Alibaba, qui propose une offre de financement (Amazon Lending) à ses clients PME utilisant la Marketplace Amazon. Cette offre s’inscrit dans une volonté d’accompagner ses clients sur toute la chaîne de valeur et de faire du cross-selling, plus qu’une volonté de concurrencer directement les banques.

De son côté, Google ne révolutionnera pas son modèle économique, aujourd’hui basé sur les revenus publicitaires, avec une structure de coûts bien plus favorable que celle d’une banque. Google c’est la donnée, et cette donnée ne demande qu’à être monétisée, faisant du moteur de recherche un potentiel apporteur d’affaires pour les acteurs bancaires. Une opportunité de croissance plus qu’une menace, donc.
En second lieu, les start-ups de la finance ou FinTechs. Certaines d’entre elles émanent des banques (ex. : S-Money, filiale de BPCE spécialisée dans les transferts d’argent), d’autres sont rachetées et consolidées par les banques elles-mêmes, afin notamment d’internaliser des technologies, des méthodes de travail plus agiles et des laboratoires d’idées (ex. : rachat de Leetchi par le Crédit Mutuel-Arkéa). Là encore, une opportunité de croissance.

Enfin, l’émergence de la finance collaborative (crowdfunding, crowdlending, crowdequity) via des plateformes de mise en relation multipartites (B2B, C2B, B2C ou C2C). Il s’agit d’un mouvement très intéressant étant donné les difficultés d’accès au crédit ou au marché primaire pour de nouveaux acteurs. Une menace alors ?
Le volume d’encours est pour l’heure bien trop peu significatif rapporté à la masse globale des affaires. De plus, ce sont les banques qui, en s’associant aux projets de plateformes, exploitent ce canal comme véhicule de commissions parallèles (ex. : lancement de Proximea par la Banque Populaire Atlantique). Pas de menace non plus sur ce front.

Par conséquent, c’est un tort de systématiquement chercher à opposer les banques historiques aux nouveaux acteurs : il y a de la place pour une relation « gagnant-gagnant », fondée sur le partage de technologies, de méthodes, de connaissances de clientèles à fort potentiel, etc. Autrement dit, les banques font face à de nouveaux défis qui constituent, in fine, une évolution de plus parmi toutes celles que le métier a déjà connues… ces derniers siècles.

La banque, actrice de son propre changement

Les exemples précédents illustrent le fait que les banques ne sont pas victimes, ne sont pas en train de subir une transformation, mais bien qu’elles en sont actrices. La Société Générale a décidé de fermer 20 % de ses agences d’ici 2020 : c’est vrai, le fonctionnement d’une agence et le maillage territorial s’adaptent aux nouvelles pratiques.

Mais si le « comment » évolue, c’est-à-dire les modes de consommation et de recours aux prestataires, le « quoi », à savoir l’offre fondamentale et donc l’expertise métier, ne change pas : la nature même des opérations bancaires n’a finalement que peu évolué avec l’essor du digital, le banquier demeurant LE conseiller financier.
Ainsi, il reste toujours le mieux placé pour établir un bilan patrimonial, optimiser un financement, orienter vers une solution plutôt qu’une autre. C’est toujours lui qui a la meilleure connaissance des produits et de la situation financière réelle de son client : il sait combien vous gagnez et combien il vous reste à la fin du mois. Le métier de banquier, s’il maintient son niveau d’expertise et de conseil, n’apparaît donc pas condamné.
La banque de 2020 ne sera pas celle de 2015 qui, elle-même, n’est plus celle de 2008. Enfoncer une porte ouverte en annonçant l’apocalypse bancaire est le réflexe le plus naturel face à cet écosystème mouvant. Pourtant, les grands succès économiques ne se sont pas accomplis dans l’immobilisme.

Entreprendre, c’est plutôt accepter le changement pour devenir acteur puis, peu à peu, meneur d’un mouvement. Les banques l’ont parfaitement compris et, ce qui s’avère rassurant, ont embarqué dans le train « digital » dont elles prennent progressivement les commandes.

Karim Terbeche, Project Manager et Adrien Aubert, Senior Manager, du cabinet VERTUO Conseil

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