Phénomène et terminologie qui inondent nos médias et notre quotidien, depuis le début de l’année 2015, l’ « uberisation » semble pouvoir se propager à tous les secteurs d’activité y compris à celui de la banque.

L’ « uberisation » pourrait se définir comme l’émergence de nouveaux acteurs qui disposent d’une innovation en rupture avec les modèles traditionnels. Les acteurs traditionnels verraient ainsi leur part de marché et leur position dominante se réduire au profit de ces nouveaux entrants et tout cela dans un délai extrêmement bref.

L’industrie bancaire qui jusqu’alors apparaissait comme un secteur protégé et parfaitement étanche se trouve confronté à une nouvelle concurrence. Depuis plusieurs années, de nouveaux acteurs technologiques que l’on appelle les « FinTech » – contraction de Finance et Technologie -, arrivent sur ce secteur, à l’image du service de paiement en ligne Paypal, mais sans vraiment pour le moment compromettre le monopole des acteurs bancaires historiques.

Est-ce qu’une nouvelle start-up ou entreprise FinTech issue du numérique peut venir remettre en cause les modèles d’affaires établis dans le secteur bancaire ? Une ou plusieurs start-ups peuvent-elles venir bouleverser l’establishment des grands acteurs bancaires en France ?

Emergence de nouveaux acteurs

Aujourd’hui, même si la banque n’est pas attaquée frontalement par un acteur sur l’ensemble de l’offre elle est concurrencée par une multitude de start-ups spécialistes sur un produit ou service financier.

En effet, les plates-formes de financement participatif comme Kickstarter, Kisskissbankbank ou encore Wiseed, court-circuitent les banques sur leurs activités de crédit aux entreprises mais également sur l’activité des produits d’épargne aux particuliers. En 2014, les 50 sites de crowdfunding ont doublé le montant des levées de fonds par rapport à 2013 pour atteindre 152 millions d’euros. Cette tendance s’accroît avec une prévision pour 2020 à 2,2 Mds € soit 1% de l’épargne des Français.
Sur l’échange de devise, le Français Weeleo qui facilite l’échange de devises entre particuliers via une application mobile, remet en cause l’offre de change de devises proposée par les banques et les bureaux traditionnels.
Sur la gestion de trésorerie, la plateforme Pandat propose un service de courtage en placements de trésorerie et s’attaque directement à l’offre bancaire dédiée aux entreprises.

Depuis le début des années 2000, les initiatives autour des produits financiers se multiplient. Aux Etats-Unis, pays pionnier comme souvent dans les nouvelles technologies, le nombre des FinTech a quadruplé entre 2013 et 2014 pour dépasser le millier de start-ups.
Toutes ces entreprises ont un point commun : la volonté d’offrir des produits et services qui étaient jusqu’ici réservés au secteur bancaire et financier. Ces entreprises s’appuient sur les ruptures technologiques et les nouveaux usages pour pénétrer un secteur très contrôlé et encadré.

Certaines FinTech ont bien compris l’importance de concurrencer les groupes bancaires en proposant en premier lieu une offre sur les moyens de paiement. Les grands acteurs du web comme Google via Android Paid ou Apple avec son offre Apple Pay ont ainsi choisi les moyens de paiement comme angle d’attaque pour pénétrer l’industrie financière. Dernier exemple en date, l’arrivée de Orange Cash en 2016 va permettre à l’opérateur historique de proposer un service bancaire grâce au règlement de ses achats quotidiens avec une application mobile de paiement sécurisé sans contact.

L’industrie bancaire en France doit donc faire face à une concurrence accrue dans tous les domaines : crédit, épargne, trading, transfert, gestion de patrimoine, affacturage, devises…

Dernier constat, le législateur entame un assouplissement des règles bancaires qui jusqu’ici étaient très restrictives et donc constituaient une véritable barrière à l’entrée de nouveaux arrivants.
Le projet de loi Macron propose deux nouvelles possibilités de financement pour les entreprises sans recourir à des établissements de crédit, venant ainsi perturber une activité jusqu’à présent réservée aux établissements bancaires. En effet, le législateur travaille actuellement sur la possibilité d’assouplir les règles en matière de bon de caisse et de crédit interentreprises qui représentent en France environ 600 milliards d’euros (chiffres 2011) d’encours.
Avec la loi Macron, c’est donc une ère nouvelle du crédit interentreprises qui s’ouvre en France, rapprochant notre pays des autres pays de l’OCDE.

Un début d’adaptation…

Face à la menace de ces nouveaux entrants, les acteurs bancaires en France ne sont pas restés totalement inertes en mettant en place trois leviers.

Premièrement, l’apparition de la banque en ligne au sein des groupes bancaires traditionnels montre la volonté de ces derniers de réagir et de s’adapter à l’émergence des acteurs du digital. Dernier né en date en 2013, le groupe BNP Paribas a lancé « Hello Bank ! » sa banque 100% en ligne à l’échelle européenne.

Deuxièmement, les banques françaises renforcent leur veille stratégique sur l’innovation avec l’objectif de prendre des participations dans le capital des FinTech les plus prometteuses. En Septembre 2015, le Crédit Mutuel Arkéa a déboursé plus de 50 millions d’euros pour racheter 86% de la start-up Leetchi, spécialiste de la collecte de fonds en ligne.

Enfin, dernière évolution en date, les banques se lancent dans le réaménagement de leur dispositif d’exploitation. Dans la revue de sa relation client, l’industrie bancaire repense son réseau physique d’agences pour être en phase avec les nouveaux usages et les nouvelles technologies : agences connectées, agences virtuelles, services automatisés ou encore « corner » en libre-service. Lancée dans un plan global, la Société Générale revoit son réseau de distribution, à travers notamment la suppression de 20 % de ses agences d’ici à 2020

…mais un besoin d’aller plus loin

Au-delà de ces trois leviers majeurs, le secteur bancaire doit aller plus loin. Les groupes bancaires français doivent clairement se réinventer pour faire face à cette menace et anticiper ce que d’autres secteurs n’ont pas su faire. En effet, le leader américain Blockbuster spécialiste de la location de film a vu disparaitre 15 000 points de vente et ses 26 000 salariés en moins de cinq ans suite à l’arrivée de Netflix et au développement du streaming aux Etats-Unis. Du haut de sa position dominante, Blockbuster n’a d’abord pas jugé utile d’intégrer les innovations dans sa chaine de valeur, puis a payé son inertie à adapter son modèle aux nouveaux usages.

Avec des structures de plus en plus lourdes et complexes, les groupes bancaires sont des colosses aux pieds d’argile. Ces organisations n’ont pas un environnement nourricier pour favoriser véritablement l’innovation et la créativité. Les acteurs bancaires doivent retrouver plus de souplesse et d’agilité afin principalement de raccourcir les cycles d’innovation et libérer la créativité sans être handicapés par leur lourdeur administrative et bureaucratique.

Il est indispensable de se réinventer en revisitant l’ensemble de sa chaine de valeur sous peine de perdre des parts de marché, voire à terme de disparaitre. L’entreprise américaine Kodak, spécialisée dans la photographie, en est l’exemple le plus probant. Les dirigeants des banques doivent revoir en profondeur leur modèle économique, métier par métier, service par service. Cette refonte devra intégrer les nouveaux usages, les nouvelles technologies et l’évolution réglementaire.

David Fernandez Riou, Manager du cabinet Tallis Consulting

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