Les Echos – 15 janvier 2016 :

La généralisation de la facturation des comptes courants en France en 2016 suscite des interrogations. Pourquoi ces frais ? Sont-ils légitimes ?

Malgré une fin d’année 2015 et un début d’année 2016 largement et malheureusement marqués par des sujets de société, un sujet économique a refait surface une nouvelle fois : celui des frais bancaires, encore et toujours. En effet, différentes annonces de banques françaises autour de la facturation des comptes courants ont suscité interrogations et réactions, certaines associations comme l’AFUB (Association Française des Usagers des Banques) se positionnant même en faveur d’une intervention du ministre des Finances sur le sujet.

Une facturation qui se généralise

Cette facturation des comptes courants au sein des établissements bancaires français, certes amorcée il y a quelques années, prend dernièrement un nouveau virage. Après les sept fédérations du Crédit Mutuel en octobre dernier, BNP Paribas et la Société Générale facturent la tenue des comptes courants depuis le 1er janvier.

LCL suivra, courant 2016, ainsi que certaines caisses régionales des différents groupes mutualistes : à titre d’exemple la Caisse d’Épargne Île-de-France, dernière Caisse d’Épargne ne facturant pas la tenue de compte, fera désormais payer ce service.

Il s’agit d’un mouvement massif et visible qui entraîne par conséquent des réactions. Il est vrai que l’on peut se demander pourquoi cela intervient après que les différents gouvernements qui se sont succédé depuis des années ont par ailleurs œuvré pour la réduction des frais bancaires imposés aux Français, car, rappelons-le, la détention d’un compte courant est nécessaire pour percevoir son salaire.

Pourquoi une telle tendance aujourd’hui, à contre-courant et de manière relativement concomitante des établissements bancaires français : clients et associations de consommateurs s’interrogent.

Une décision mal expliquée

Si la décision de beaucoup d’établissements bancaires français de facturer la tenue des comptes courants apparaît comme une tendance relativement uniforme, on ne peut pas en dire autant des tarifs appliqués, ni même des raisons évoquées par chacune d’elles.

Certaines parlent de la gestion quotidienne de ces comptes et de la qualité de service, d’autres d’investissements dans la modernisation du réseau et dans le digital, voire de la lutte contre la fraude ou encore de la sauvegarde du réseau et des emplois : de quoi laisser les clients perplexes.

Certains établissements mettent en avant le fait que cette facturation, pour la tenue du compte courant, ne s’appliquera pas aux jeunes, ni aux clients dits fragiles, ni même aux clients titulaires d’une offre groupée de services (package). Concernant les packages, le sujet reste sensible, car certaines banques l’ont presque imposé à l’ouverture de compte avec un certain nombre de produits et services, peu voire pas utilisés par les clients.

Des sources de revenus de plus en plus faibles pour la banque de détail

En réalité, beaucoup de raisons ont conduit à la mise en place de ces frais et principalement la baisse du PNB sur deux types d’opérations. Tout d’abord, le crédit immobilier avec la faiblesse persistante des taux d’intérêt, voire leur renégociation, qui a entamé les marges.

Ensuite, la facturation des incidents liés au fonctionnement du compte, qui est de plus en plus encadrée et de moins en moins rémunératrice. En effet, après la gratuité instaurée pour les clients dits fragiles, la gratuité des virements et prélèvements, le plafonnement des commissions d’intervention suite à la loi bancaire de 2013, c’est récemment le plafonnement des frais pour compte inactif qui a été introduit par la loi Eckert.
Les banques se voient quasi contraintes de trouver d’autres sources de revenus récurrents. Enfin, il ne faut pas perdre de vue une autre réalité économique : le compte courant français est un compte chèque. Les banques fournissent donc un moyen de paiement gratuit à leurs clients et ce moyen de paiement entraîne un coût de traitement élevé et surtout, il résiste. On annonce sa disparition imminente depuis plus d’une décennie, mais le chèque demeure bel et bien là et ses coûts de traitement doivent être couverts, d’une manière ou d’une autre.

Rappelons d’ailleurs que, la facturation du chèque, sujet un moment mis sur la table en contrepartie d’une rémunération du compte courant, ne verra sans doute jamais le jour.

Un écart tarifaire qui se creuse

Les banques en ligne ne facturent pas la tenue du compte. La différence de facturation va donc encore s’accroître entre banques traditionnelles facturant désormais massivement ce service et banques en ligne ne le facturant pas et multipliant offres de bienvenue et gratuité.

Mais il ne faut pas s’y tromper : ces dernières sélectionnent en fait leurs clients qui doivent justifier d’un certain niveau de revenus et les domicilier afin de pouvoir ouvrir un compte dans une banque en ligne à des conditions avantageuses. Idem pour la carte bancaire qui est gratuite sous conditions de revenus ou d’épargne confiée.

Aujourd’hui, les revenus perçus ou les avoirs détenus par les clients déterminent donc le prix payé pour disposer d’un compte et d’une carte bancaire, certains clients restant « captifs » des banques traditionnelles.
Dans un écosystème mouvant, où beaucoup d’acteurs aux modèles disruptifs ont pour objectif de concurrencer les banques sur certaines de leurs activités, il est fort à parier que le « bruit ambiant » autour de ce sujet n’aura pas aidé nos banquiers à redorer leur blason.

Par ailleurs, au moment où Orange officialise son projet Orange Banque et annonce par la voix de son PDG, Stéphane Richard, vouloir devenir le « Free de la banque », le sujet des frais bancaires a encore de beaux jours devant lui…

Karim Terbeche, Project Manager du cabinet VERTUO Conseil

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s