Les Echos – 30 mars 2016 :

Volkswagen et ses moteurs truqués, Renault sommée de s’expliquer sur les gaz polluants ou encore Nicolas Hulot plébiscité de toute part, les problématiques écologiques ne cessent d’animer les débats de l’opinion publique.

Le développement durable s’impose comme le talon d’Achille des entreprises du XXIe siècle : malgré une croissance de chiffre d’affaires, un positionnement au sein du CAC 40, ces dernières sont souvent rattrapées par leurs lacunes en matière d’environnement.

Engie, EDF, BNP Paribas, Renault ou encore Carrefour… ce sont les noms d’entreprises que l’on pouvait retrouver sur la liste des 60 sponsors et mécènes de la COP 21. Face à cet engouement en faveur de la planète, on peut se demander si les actions écologiques résultent d’un effet de mode ou d’une réelle opportunité.

Le climat, une opportunité plus qu’une contrainte

En décembre dernier, ce sont près de 39 entreprises françaises qui se sont rassemblées autour d’un manifeste pour investir au moins 45 milliards d’euros pour des projets industriels, de recherche et de développement dans les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et autres technologies bas carbone d’ici à 2020. Ces entreprises vont aussi mettre à disposition des financements à hauteur d’au moins 80 milliards d’euros pour des projets luttant contre le réchauffement climatique.

Le défi du climat  » est plus une opportunité qu’une contrainte », selon le directeur général de Total Patrick Pouyanné. Le pétrolier a « la conviction » de pouvoir lui-même agir, disposant  » des capacités technologiques et financières » pour s’engager. En matière de réchauffement climatique,  » historiquement, on a beaucoup insisté sur le fait que les entreprises étaient le problème ». Or, elles sont « à la fois le problème et la solution » (…), souligne Pierre-André de Chalendar, patron de Saint-Gobain.

Les initiatives prises par les entreprises en faveur de la protection de l’environnement peuvent parfois paraître comme des contraintes à la croissance. Mais derrière ces potentiels « freins » se cachent de réelles opportunités pour les entreprises : « green bonds » ou encore investissements sociaux… Zoom sur une nouvelle économie qui pourrait bien devenir le modèle de croissance de demain.

Les green bonds et la finance au service de la transition

Une green bond ou obligation verte est une « obligation émise par une entreprise ou une entité publique qui sert à financer des projets environnementaux de développement des énergies renouvelables ou d’amélioration de l’efficacité énergétique« . Autrement dit, il s’agit de lever des fonds pour financer des projets respectueux de l’environnement.

La COP 21 pourrait donner un nouveau souffle aux émissions d’obligations vertes. En effet, depuis quelques années, le marché des obligations vertes connait une forte croissance. Il a atteint 4,5 milliards de dollars en 2012, 13 milliards en 2013 et 36 milliards de dollars en 2014. On estime à 45 milliards de dollars le volume d’émissions d’obligations vertes. De 2012 à 2015, le volume d’émissions devrait donc être multiplié par dix.

La raison de cette croissance exponentielle : des émetteurs privés qui lancent d’importants nouveaux projets et qui font le pari de l’obligation verte pour leur financement. En octobre dernier, EDF a par exemple lancé la plus importante obligation verte en dollars puisque le géant du nucléaire en a émis 1,25 milliard de dollars dans le cadre de son renforcement. C’est en novembre 2013 qu’EDF avait procédé à sa première émission avec 1,4 milliard d’euros. À travers cette opération, l’entreprise a su attirer des « investisseurs nouveaux qui ne seraient jamais venus acheter de la dette d’EDF » selon Thomas Piquemal, directeur financier. S’ajoute à cet exemple celui d’Engie qui a aussi émis une importante obligation verte, à hauteur de 2,5 milliards d’euros.

En ce qui concerne les investissements, depuis mi-octobre, Natixis a par exemple décidé de l’arrêt des financements de projets charbon, partout dans le monde, même si ce « choix n’a pas été facile à faire et a suscité des débats internes, en particulier pour nos équipes qui couvrent les pays émergents… [il] sera progressivement, un avantage compétitif très important, car de plus en plus d’investisseurs imposent des critères drastiques en matière d’environnement… il y a une demande croissante des investisseurs » dixit Laurent Mignon, directeur général de Natixis.

Le dernier levier de prise en compte par les marchés d’une économie du financement de la transition énergétique est la cotation de la tonne de carbone. Ce marché d’une bourse d’échange mondiale des quotas d’émission de CO2 permet déjà aux acteurs économiques majeurs de valoriser cet actif de l’entreprise. Sur la base de quotas d’émission, chaque acteur économique devra regarder le coût des investissements pour baisser son empreinte carbone sinon acheter des droits d’émission en CO2 supplémentaires. La perspective à terme d’une augmentation du prix de tonne de carbone incitera vers la transition voulue d’une décarbonisation de l’économie.

Le cas de Total et des panneaux solaires SunPower

Depuis une dizaine d’années, les projets de fermes solaires à grande échelle fleurissent. Le marché de l’énergie solaire représente aujourd’hui 2 200 milliards de dollars. Avec l’obligation pour les fabricants d’électricité d’intégrer une part d’énergie verte au sein de leurs offres, l’énergie solaire a de beaux jours devant elle. Total l’a bien compris puisqu’elle a investi en 2011 dans la startup californienne SunPower qui fabrique des panneaux solaires.

Aujourd’hui, grâce à cette acquisition, Total est devenu le numéro un du panneau solaire. Malgré des débuts particulièrement difficiles puisque SunPower a perdu 800 millions de dollars au cours des deux premières années de sa création, aujourd’hui son carnet de commandes ne cesse d’augmenter.

C’est bien la même analyse qu’a fait Total qui a investi dans la startup californienne SunPower. Ce n’est pas un pari fou, mais peut-être l’embryon d’un pilier de pétrolier français dont la cagnotte de 10 milliards d’euros de bénéfices annuels permet des diversifications et des investissements d’avenir !

La transition énergétique ouvre bien des opportunités de croissance pour l’avenir. Que ce soit au travers des obligations vertes ou encore des investissements en matière d’énergie renouvelable, le crédo de l’écologie est bien présent et représente d’ores et déjà un avantage concurrentiel majeur pour le marché. Une nouvelle donne qui pourrait bien changer les futures stratégies d’investissement.

Par Djoumana Dali, Consultante de la communauté Organisation & Processus chez VIATYS conseil

 

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