Avant toute chose que sont les fintech ? Les fintech (contraction des mots Finance et Technologie) sont des start-ups innovantes qui se situent dans le secteur de la banque, de l’assurance et plus généralement de la finance. Elles ont pour particularité de repenser les services bancaires traditionnels sous le prisme de la technologie. On les retrouve entre autre dans les secteurs du financement participatif (ulule, kiss kiss bank bank…), la gestion de patrimoine (Yomoni, Fundshop, WeSave…), les outils de paiement (Payname, slimpay, lepotcommun…).

Pourquoi cet engouement soudain pour les fintech ?

Depuis bientôt cinq ans, ce mot revient sans cesse dans la presse et pourtant les fintech ne datent pas d’hier. Leur histoire commence en même temps que l’essor mondial de la silicon valley et l’engouement des places boursières pour les dot-com (start-ups dont l’activité est essentiellement réalisée sur internet). Elles constituent alors un tout petit segment des nombreuses jeunes entreprises innovantes localisé sur le secteur financier. C’est à cette période, en 1998, que nait une des premières et des plus performantes fintech encore en activité de nos jours : Paypal. Son slogan résume à lui tout seul, la philosophie fintech : « Anytime, Anywhere, Anyway ».

Leur popularité vient en grande partie de leur simplicité, la technique s’effaçant au profit de l’usage. L’usage mais surtout l’économie d’usage, car les fintech se caractérisent toutes par un gain par rapport aux solutions classiques : Des services disponibles n’importe où et n’importe quand, depuis son pc, sa tablette et même son smartphone. Plus besoin de se déplacer, plus besoin de rendez-vous, donc plus de proximité grâce à la dématérialisation des services. De fait, l’atout réseau d’agences qui faisait autrefois la principale force des grandes banques n’est aujourd’hui plus un argument de poids pour attirer ou fidéliser des clients.

Leur succès est donc dû aux économies d’usage induites par la disruption technologique mais il est également dû à la baisse de confiance des ménages vis-à-vis du système classique. Les crises successives du secteur bancaire et les nombreux scandales d’abus ont engendré un climat de méfiance chez les particuliers. Le recours constant à un business model coopératif et une tendance marquée à la transparence des frais présentent les fintech comme une alternative attractive aux yeux de potentiels clients.

Qu’en est-il alors de la relation banques et fintech ?

Bien que nombre de ces start-ups dépoussièrent les modes de fonctionnement de la banque traditionnelle, un nombre relativement important d’entre elles s’appuient toujours sur l’ancien modèle bancaire. C’est le cas notamment de l’acteur historique Paypal qui a pris le parti de ne pas affronter directement les banques et à préférer se focaliser sur un seul type d’activité (outil de paiement). La tendance est donc pour l’heure à la coopération plutôt que la compétition. La grande majorité des fintech se contentent de modifier la chaine de valeur du secteur financier en s’appuyant toujours sur le modèle existant.

Cependant qui dit modification de la chaine de valeur, dit potentiel perdant. A titre d’exemple, on parle déjà d’ubérisation de la gestion de portefeuille suite à l’introduction des robot-adviser, qui s’aidant d’algorithmes et de formules mathématiques se substituent aux conseillers humains. De même les banques en ligne posent la question de l’utilité réelle de certains intermédiaires (conseiller client, guichetier, etc.)

Doit-on donc donner raison à ceux qui parlent d’antagonisme entre fintech et banques ?

Pas nécessairement, la désintermédiation apportée par les fintech permettra d’effectuer une « sélection naturelle » dans les activités de conseil de la banque. Toutes les activités sans valeurs ajoutées pour les clients seront progressivement abandonnées au profit des services à hautes valeurs ajoutées. Prenons à nouveau le cas du conseil en gestion de patrimoine, un robot ne sera (peut-être) jamais en mesure de fournir à la fois des conseils juridiques, financiers et fiscaux tout en mesurant les impacts d’une décision de financement sur une autre.

Autre raison de ne pas parler d’antagonisme, la plupart des évolutions apportées par les fintech sont progressivement assimilées par les banques pour créer la banque de demain. Un exemple flagrant est la technologie des blockchains, système permettant de tracer des interactions (éventuellement financières) via un système informatique décentralisé, initialement conçu pour la monnaie virtuelle Bitcoin. Le système permettrait ainsi d’éviter de passer par une chambre de compensation pour enregistrer une transaction financière, ou par un notaire pour obtenir un titre de propriété. De nombreuses institutions financières (BNP Paribas, AXA, Barclays, JP Morgan…) se penchent très sérieusement sur les possibles utilisations de la technologie.

Un seul mot d’ordre pour l’heure : Prudence.

Si les avantages sont nombreux, il ne faut pas pour autant oublier les risques inhérents à l’apparition de ses nouveaux acteurs. Le premier point est la sécurité des données financières, et bien que la confiance des ménages ait diminué vis-à-vis de l’ancien modèle, les sommes placées à titre unitaire par les particuliers sont encore modeste. Signe que le facteur risque n’est pas encore totalement ignoré et qu’il semble mieux couvert par le modèle traditionnel.

Il en va de même pour la technologie des blockchains. Bien que la tentation soit grande pour l’ensemble du secteur financier de profiter des économies induites par son utilisation, nombreux sont ceux qui rappellent que malgré cette technologie, le scandale Bitcoin Mt. Gox n’a pas pu être évité. Petit rappel des faits, en 2014, 774.000 Bitcoins (à l’époque 409 millions de dollars) disparaissent mystérieusement des caisses de la plateforme d’échange Mt. Gox, provoquant ainsi une chute de la valeur de la monnaie virtuelle. A ce jour, malgré les blockchains et le traçage des opérations, on ignore toujours où se trouvent ces sommes. Les challenges avant l’implémentation de cette technologie seront donc avant tout d’ordre sécuritaire et de volume, les échelles n’étant pas les mêmes entre le colossal écosystème financier et celui de la crypto-monnaie Bitcoin.

La tendance générale est donc à la prudence, aussi bien pour les banques que les particuliers malgré l’enthousiasme relatif exprimé. La solution trouvée aussi bien par les banques et les fintech pour surmonter cette timidité du marché aura donc été la relation symbiotique. De très nombreuses fintech s’appuient ainsi sur les banques pour leur apporter les fonds, compétences et infrastructures manquantes à leur développement. A titre d‘exemple, un agrément AMF demande énormément de capitaux, c’est le cas notamment dans l’hexagone pour une start-up tel que Yomoni. Pour obtenir les capitaux nécessaires, la jeune pousse a dû effectuer une levée de 3,5 millions d’euros en 2015 auprès d’une filiale de la Financière de l’Échiquier et du Crédit Mutuel Arkéa. De nombreuses autres fintech de par le monde usent ainsi de ce modèle coopératif avec les banques pour continuer leur croissance. Qu’y gagnent les banques ? Des accès à de nouvelles technologies, une nouvelle base client et la contention d’un potentiel concurrent.

En somme, les fintech ne constituent pas une véritable menace pour le secteur financier. Elles entrainent de par leur disruption des mutations dans l’écosystème bancaire, mutations qui sont plus à l’avantage des consommateurs des services financiers. La compétition et la coopération induites sont saines pour le secteur en termes de performances de services même si, on ne peut passer sous silence une réduction progressive des effectifs envisageable dans les activités à faible valeurs ajoutées. Les banques profitent donc énormément de la révolution digitale apportée par les fintech et restent les mieux placées pour faire accepter ces évolutions technologiques aux régulateurs.

Par Stéphan Eyoum, consultant du cabinet ADWAY

Sources :

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s