Les Echos – 21 août 2016 :

La date du 23 juin 2016 restera gravée dans l’histoire de la Grande-Bretagne qui va de nouveau voler de ses propres ailes. De bon ou de mauvais augure, il est vrai que cette nouvelle a fait bouger les marchés financiers durant les jours qui ont suivi : la bourse de Tokyo a fermé en baisse de 8 % et la bourse de Paris a ouvert en baisse de 7,5 %. Quid de la réaction des marchés américains ?

Cette nouvelle remet également en cause le modèle de l’Union européenne qui en est fragilisé. L’UE perd un de ses pays fondateurs, une puissance économique majeure.

La première conséquence suite à l’annonce du résultat du référendum, s’est observée sur le repli des marchés financiers. Ainsi, les bourses japonaise, française, allemande, et anglaise chutent entre 6 et 8 %. Le Stoxx Europe 600 se rapproche de sa plus importante baisse depuis 2008. Les prix du baril sont en chute également et l’or, considéré comme un « safe haven » augmente après avoir chuté la veille.

Le cours de la livre sterling face au dollar chute et passe sous la barre des 1,37 $, son plus bas niveau depuis 1985. Le réveil de Wall Street pourrait également être douloureux. Par ailleurs, la question de la notation AAA reste en suspend, et les agences de notation financière devront rapidement se prononcer : décision qui pourrait de nouveau bousculer les marchés…

Du côté des groupes financiers implantés en Grande-Bretagne, JP Morgan Chase & Co. et HSBC Holdings Plc, annoncent une relocalisation pouvant concerner jusqu’à 5 000 emplois si l’on additionne les chiffres communiqués. Le marché anglais va devenir moins attractif pour de telles entreprises. La Grande-Bretagne devra négocier de nouveau des accords financiers avec tous les autres pays de l’Union, et son cadre règlementaire devra être redéfini.

Ces démarches administratives étant longues, cela pourrait pousser certaines entreprises – dont celles évoquées précédemment – à délocaliser tout ou partie de leurs activités londoniennes à Francfort, place plus prisée que Paris selon certains sondages réalisés auprès de banquiers londoniens. Par ailleurs, la présence de la Banque Centrale Européenne à Francfort renforce l’idée que Francfort serait mieux placé que Paris pour potentiellement accueillir tous ces flux de financiers. Certains n’oublient toujours pas la taxe à 75 % sur les très hauts revenus.

Néanmoins, Paris resterait attractif. Le capital humain disponible y est plus compétent qu’à Francfort, notamment au niveau des ingénieurs et spécialistes de la finance. Il existe par ailleurs une proximité plus importante entre Londres et Paris que Londres et Francfort. Paris partage avec Londres, des expertises en termes de services financiers et de produits dérivés, tandis que le coeur de métier de Francfort est axé sur les flux d’obligations et d’actions. À ce flux potentiel d’employés de la finance s’associent les retombées fiscales potentielles qui s’élevaient à 65,6 milliards de livres d’impôts en 2014.

Au niveau politique, cette décision vient renforcer la volonté de certaines mouvances européennes de quitter l’Europe, et n’est pas sans conséquence. Elles profitent de l’instabilité politique de leur pays, et le nombre de sympathisants ne cesse de croître. Certains nationalistes en France, en Italie et aux Pays-Bas appellent leur pays à quitter l’Europe. Ils clament que l’objectif premier de l’UE d’apporter de la stabilité, de l’emploi et des initiatives pour rendre l’UE plus fonctionnelle n’est pas atteint. La Grande-Bretagne a fait son choix, il faut le respecter. Ainsi, la question suivante se pose : est-ce que l’Europe peut aujourd’hui en faire plus, et se développer davantage dans un environnement fragilisé ?

Il est difficile de répondre à cette question pour le moment, l’objectif premier pour l’Europe est de rapidement clore l’épisode Brexit afin de pouvoir se concentrer davantage sur les pays toujours membres de l’UE. L’UE s’est rapidement développée depuis sa création, intégrant de plus en plus de pays qui n’avaient pas le même rythme économique, ou qui n’étaient pas aussi développés que les pères fondateurs. Il est vrai qu’aujourd’hui, certaines disparités existent toujours. Ainsi, les efforts de l’UE devraient se focaliser sur ces dernières afin d’obtenir une uniformité au sein de l’Europe pour ensuite envisager de se développer davantage.

Par disparités, prenons par exemple, le taux de chômage, le développement économique, l’accès à l’innovation, et les inégalités spatiales : marché unique, et donc concentrations d’activités et de richesses dans certaines régions.

Est-ce utopie que de penser que l’Europe puisse un jour ressembler à ce que nous venons d’évoquer ? La réponse est oui. Il se pourrait que le concept de l’UE soit de plus en plus remis en cause par des pays membres qui ne partagent plus la même vision. L’Autriche, la République Tchèque, la Pologne ou encore la Hongrie sont de plus en plus réfractaires et hostiles aux décisions politiques européennes. Les Pays-Bas, le Danemark ou encore la Suède, sont historiquement proches de la Grande-Bretagne. Il serait ainsi compréhensif si ces pays en venaient à organiser un referendum semblable à celui Anglais.

Par Nicolas Pichat consultant du cabinet ADWAY

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