Les Echos : 23 août 2016 :

Et c’est parti pour une nouvelle consultation de place ! Hasard des acronymes anglais, cette nouvelle campagne s’appelle Trim.

Comme une prémonition de la charge supplémentaire de travail pesant sur les équipes des institutions financières, cette Target Review of Internal Models doit permettre à la BCE de comprendre en détail les rouages techniques et organisationnels des modèles internes, ces fameux outils statistiques censés évaluer le profil de risque des contreparties et à l’origine de nombreuses critiques lors de l’explosion de la bulle de 2008.

Dans la foulée des Asset Quality Reviews de 2013-2014, un audit géant des portefeuilles des principaux établissements bancaires européens, la BCE poursuit son long chemin de montée en compétence sur son périmètre de supervision.

Cette fois, elle porte son attention sur le coeur des méthodes de calcul du capital règlementaire, capital qui constitue le socle de la solvabilité d’une banque. Un exercice pas totalement innocent puisqu’une autre consultation vient juste de prendre fin… elle portait précisément sur une proposition de règlement relatif à l’interdiction des modèles internes sur de nombreux périmètres, ou à l’ajout de nombreuses contraintes sur leur mise en place et leur utilisation !

En réalité, cet exercice de place n’est pas une surprise : la BCE, lors de ses voeux de début d’année, avait d’ores et déjà annoncé, dans son programme annuel, son intention de se pencher sur ces problématiques. Et c’est au moyen d’un double questionnaire qu’elle compte procéder. Le premier est qualitatif : il doit expliciter les modalités organisationnelles instaurées par les banques pour régir l’utilisation desdits modèles. Gouvernance, principes méthodologiques et normatifs, audit interne, typologie des utilisations, évaluation de la qualité des données, gestion du défaut règlementaire, tout y passe !

Le second est quantitatif : sans doute redondant avec les reportings règlementaires actuels (type COREP) et avec la dernière campagne de benchmark des actifs pondérés (la mesure règlementaire du risque de crédit) du second trimestre 2016, il doit apporter une décomposition des portefeuilles avec une granularité fine sous l’angle de la notation.

Sur la forme, il faut à nouveau saluer la démarche de la BCE qui, bien qu’elle ne soit pas optionnelle et fasse porter une charge significative de travail supplémentaire sur des équipes fragilisées par les congés d’été, a instauré une approche pédagogique. Le niveau de communication avec les entités supervisées n’a jamais été aussi élevé ; le niveau d’exigence est devenu tel qu’il serait sans doute inatteignable sans une bonne circulation de l’information et la disponibilité des équipes de la BCE pour répondre aux questions pratiques des équipes mobilisées.

Sur le fond, il reste, aujourd’hui encore, des questions en suspens autour de l’exploitation réelle par la BCE de ces questionnaires et des conclusions qu’elle pourrait en tirer. Des esprits chagrins pourraient même qualifier l’exercice de superficiel, car, quelles que soient les informations remontées dans les questionnaires, il semble d’ores et déjà compromis de réussir à faire dévier les autorités du chemin sur lequel elles se sont engagées, un chemin qui mène vers une limitation assez drastique de l’utilisation des modèles internes, remettant ainsi en cause des années de pratique bancaire et d’investissements (en compétences, en technologie informatique, etc.).

Les observateurs ne manquent pas de souligner que cette évolution ne va pas dans le sens de l’histoire, qui s’est déjà engagée sur la voie de la robotisation du conseil financier, de l’exploitation massive de données hétérogènes (Big data), entre autres exemples ayant notamment permis ou facilité l’émergence de nouveaux acteurs.

En l’espace d’un an, les autorités prudentielles ont multiplié les consultations : révision de l’approche standard et de l’approche avancée de mesure du risque de crédit, révision de l’évaluation des risques opérationnels, révision de la mesure du risque de marché et de contrepartie, révision de la définition du défaut, suppression des options nationales, benchmark et études d’impacts en tout genre, etc. Toutes ces composantes convergent pour former la confirmation qu’un nouveau cadre règlementaire s’appliquera aux établissements bancaires d’ici la fin de la décennie.

Peu importe qu’on l’appelle Bâle IV ou la fin de la mise en oeuvre de Bâle III, les banques européennes ne connaîtront pas de repos. Entre les incertitudes liées à la mise en oeuvre du Brexit, celles du contexte prudentiel, ou de la politique monétaire, pas d’autres choix que de naviguer à vue ; voilà qui doit être bien inconfortable au moment où les enjeux technologiques accélèrent la transformation des usages bancaires…

Par Adrien Aubert, Senior Manager du cabinet VERTUO conseil

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