Les Echos – 24 août 2016 :

La mythologie raconte qu’Europe avait été enlevée puis conduite sur une ile. Aujourd’hui, la Grande-Bretagne, qui a voté en faveur de la sortie de l’Union européenne, va-t-elle enfin la libérer ?

Le Royaume-Uni devrait-il rester membre de l’Union européenne ou quitter l’Union européenne ? « Leave » ou « Remain » telle était la question adressée lors du referendum britannique du 23 juin dernier. Une question en apparence simple sur laquelle pourtant de nombreuses personnes, Britanniques en tête, ont longtemps hésité – les conséquences étant aussi lourdes qu’incertaines.

Mais personne n’a pu échapper au coup de tonnerre que la victoire du « leave » a provoqué, un saut vers l’inconnu pour les Anglais comme pour l’Europe. En effet, la sortie d’un membre de l’Union européenne est bien prévue dans les textes mais très peu détaillée. Elle sera donc accompagnée de très nombreuses négociations. C’est d’ailleurs la pierre angulaire du jeu politique complexe auquel se sont livrés nos voisins britanniques.

Quand l’opportunisme prévaut

Les Anglais n’ont jamais été « europhiles ». Ils ont rejoint la construction européenne par opportunisme préférant être à l’intérieur de cette force pour influer sur son devenir sans jamais accepter de s’y fondre. Le jeu a toujours été de tirer un maximum d’avantages sans trop accepter de contraintes. Cela a bloqué une partie de la construction européenne et grandement aidé à l’accouchement de cette union inachevée, construite sur une montagne de tractations, qui aujourd’hui inspire de plus en plus de rejet parmi ses créateurs.

Les politiques anglais sont cependant conscients du pouvoir engendré par le dessein européen et M. David Cameron a mené une expérience dont il ne maitrisait plus le déroulé, et encore moins le résultat. Il a créé un écran de fumée destiné à calmer la monté à sa droite d’une nouvelle force politique, matérialisée par le parti UKIP, mais aussi à préparer ses partenaires Européens en vue de nouvelles négociations sous le joug d’une hypothétique sortie de l’Union. Il s’est ainsi brulé en agitant de féroces indépendantistes.

L’illusion des politiques

Mais ces épouvantails ont-ils vraiment existé ? MM. Nigel Farage et Boris Johnson ont ainsi lutté de toutes leurs forces pour le Brexit et abandonnent pour l’un le commandement d’un parti en pleine moisson de popularité, et pour l’autre l’opportunité de conduire le gouvernement qui aura la charge historique d’appliquer cette décision. En fait, plus grand monde ne souhaite conduire cette sortie pourtant majoritairement votée.

C’est Mme Theresa May, qui a fait campagne contre la sortie de son pays, qui est aujourd’hui aux commandes. Cela ressemble à s’y méprendre à un grand coup de bluff dont personne n’avait imaginé la réussite et les plus ardents défenseurs d’une coupure avec l’Europe sont maintenant les premiers à demander du temps et des négociations. C’est un énième défi auquel les partenaires européens et les institutions elles-mêmes ne semblent plus vouloir céder, pressant Londres d’assumer et entamer les démarches.

Cette fois, c’est allé trop loin pour que l’Europe cherche à négocier, en tout cas en façade et si tôt après une telle gifle. Cette Europe qui est aujourd’hui affaiblie par ces banderilles nationalistes se doit de répondre avec fermeté pour ne pas risquer à coup sûr une fragmentation annoncée.

Une renaissance possible : recentrer pour reconstruire

Nous sommes plus que jamais plongés dans l’incertitude. L’économie, les flux migratoires, les identités, la sécurité, tant de sujets cruciaux et de tensions actuelles que l’Union européenne doit résoudre si elle veut survivre. La vision du siècle passé était pourtant ambitieuse évoquant entre autres une union politique, économique et militaire.

Notre communauté actuelle est sujette à toutes ces tensions, car elle est incomplète. Nous avons laissé trop de thèmes principaux de côté, forcément plus complexes à traiter, pour laisser la place à des décisions bien plus secondaires, aujourd’hui raillées comme les nombreuses normes loufoques dont les tabloïdes anglais se sont délectés.

La monnaie unique était l’un de ces grands chantiers et n’a malheureusement pas embarqué l’ensemble des acteurs bien qu’il reste une réussite. Nous devons revenir sur ces grands axes, ceux qui nous feront grandir et serviront le plus l’ensemble des membres. Les institutions européennes doivent se concentrer sur ces chantiers d’ampleur, indiquant la direction en laissant ses membres se piloter avec leurs différences et leur chemin.

Nous devons croire et oeuvrer à une Europe réfléchie, mutualisée, qui respecte les particularités tout en optimisant les forces communes. Cette renaissance doit partir d’un désir retrouvé et partagé. Nos partenaires anglais, qui ont si longtemps appuyé sur le frein de l’Union, ont aujourd’hui lâché la bride offrant au reste de l’Europe une chance historique d’évoluer vers l’idéal originel ou la précipitant dans le mur.

André Frossard écrivait que « l’Europe cherche, avec raison, à se donner une politique et une monnaie commune, mais elle a surtout besoin d’une âme ». Espérons que ce camouflet nous ait réveillés. Résistons aux tentations de bricolage, prenons acte de la sortie du Royaume-Uni et saisissons la chance qui nous est offerte d’impulser une nouvelle dynamique dans ces institutions. Il s’agit là de bâtir enfin une Europe forte et unie sans laquelle nous ne serons qu’un ensemble d’anciennes puissances, spectatrices d’un transfert inexorable de pouvoir vers de Nouveaux Mondes.

Par Pierre-Olivier Wimez, Project Manager du cabinet ADWAY

 

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