Les Echos – 7 octobre 2016 :

Le constat unanime du Brexit est que la City de Londres va perdre en influence et en ressources. Paris et Francfort ont tout à gagner.

Le rapprochement entre les bourses de Londres et de Francfort tombe mal dans le contexte du vote britannique sur le Brexit . Voulue par les actionnaires, la fusion de Deutsch Börse et du London Stock Exchange poursuit son processus en dépit du vote britannique. Créer un leader mondial des opérations de marché est en ligne avec leur vision globalisée des marchés et l’état de la concurrence américaine et asiatique. Néanmoins, le contexte actuel renforce les opposants à cette fusion, qui y voient une concentration excessive des activités de courtage. Les autorités européennes n’ont pas encore validé l’opération .

Au-delà de la question concurrentielle, il est souhaitable que la Commission européenne (CE) enterre cette fusion. En dehors de l’intérêt des actionnaires, pourquoi encourager un pont boursier entre Londres et Francfort ? Il y aurait un vrai décalage avec l’évolution politique actuelle de l’Europe. La fusion de NYSE avec Euronext répondait déjà à une vision globalisée des marchés financiers. Plus tard, celle entre NYSE Euronext et Deutsch Börse fut bloquée par la Commission européenne en 2012, pour des motifs concurrentiels.

Au final, ces évolutions montrent que les places financières européennes glissent vers New York ou Londres. Ne serait-il pas plus visionnaire de pousser au développement d’acteurs européens ? C’est une question de stratégie économique pour l’Union européenne (UE) et de cohérence pour ses États. Si l’objectif est d’approfondir l’UE, alors il faut promouvoir l’européanisation de nos entreprises dans le contexte de la globalisation financière. L’un n’empêche pas l’autre.

La bataille du siège

Basée à Londres, l’Autorité bancaire européenne (ABE) va devoir déménager . Frankfurt Main Finance et Paris Europlace représentent les intérêts des deux places. Le lobby parisien a des arguments à faire valoir pour convaincre l’institution d’y venir. En effet, Francfort abrite déjà le siège de la Banque Centrale Européenne (BCE), de l’Autorité européenne des assurances et pensions professionnelles et du Comité européen du risque systémique.

La répartition est donc inégale, puisque Paris n’accueille que le siège de l’Autorité européenne des marchés financiers (Esma). C’est donc un enjeu d’équilibre avec la métropole francfortoise. Ajouter l’ABE à sa liste d’institutions financières en ferait une nouvelle City.

Il y aurait là un déclassement de la place parisienne, qui peut aussi se targuer de sa proximité géographique avec les institutions de Bruxelles pour asseoir sa légitimité à accueillir l’ABE. Avec le siège de la BCE, la place de Francfort dispose déjà de l’institution financière publique par excellence. En fait, cet atout supposé défavorise sa candidature : les institutions européennes se caractérisant par le partage des sièges institutionnels.

Pour Paris et Francfort, l’attribution du siège de l’ABE serait une victoire stratégique qui impacterait positivement le niveau d’influence de leur place. Cette bataille n’est pas encore gagnée. Il n’est d’ailleurs pas exclu que la question soit traitée dans les futures négociations entre Londres et Bruxelles sur la sortie du Royaume-Uni. Si l’antagonisme franco-allemand ne trouvait pas d’issue, Milan ou Dublin seraient des choix par défaut. Évitons un énième consensus mou en Europe : Paris est la meilleure option.

Par Pierre Theobald, Consultant Senior chez Vertuo Conseil

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