Les Echos – 10 novembre 2016 :

Au lendemain de l’ouverture de la COP 22 à Marrakech, nous nous rappelons des accords de Paris et de l’objectif de limiter le réchauffement climatique (visant une limitation à 1,5°C, en deçà de l’objectif de 2°C) signés par les 55 pays participants – une première mondiale.

S’il est indéniable que cet accord est un succès, les efforts à fournir pour atteindre cet objectif sont conséquents et devront mobiliser bien plus que les seuls acteurs de la COP.

Dans un environnement complexe et varié, pour que notre société perdure, le seul critère environnemental ne peut suffire. Il est bon de se rappeler du rapport Brundtland (1987), plus connu sous le nom de « Our Common future », et de l’expression qu’il introduit : le développement durable. Le développement durable y est défini comme « un mode de développement qui répond aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». Il n’est donc pas uniquement question d’écologie.

Cette notion de développement durable a pour objectif de définir des actions ou stratégies qui tiennent compte des trois piliers majeurs : l’économie, le social et l’écologie, en impliquant trois types d’acteurs (l’État, la société civile et le marché, ou les entreprises).

L’entreprise performante ne peut plus être évaluée uniquement sur le critère économique

Il est incontestable que la place de l’entreprise dans la société a évolué. La performance d’une entreprise ne peut plus être uniquement jugée sur le critère économique, car en omettant les deux autres piliers du développement durable (le social et l’écologie) c’est une performance partielle que l’on mesure.

Dans une démarche de développement durable, l’entreprise doit diversifier ses axes de performance pour atteindre une performance globale. La performance globale de l’entreprise, qui peut être évaluée et communiquée par des applications bien connues comme la RSE (responsabilité sociale de l’entreprise) et l’ISR (investissement socialement durable) sont devenues la déclinaison opérationnelle du développement durable.

La performance globale d’une entreprise peut se définir comme « la combinaison de performances individuelles et collectives, autour de trois grands domaines : la performance économique, sociétale et environnementale » [1]. Cette notion s’apparente à la notion de développement durable, en reprenant les mêmes critères pour les appliquer à l’entreprise.

Afin de mesurer cette performance, des outils de mesure et des normes sont alors apparus sur le marché à partir du milieu des années 2000. Nous pouvons citer le guide SD 21000 ou encore la norme ISO 26000 d’un point de vue normatif.

Du point de vue des méthodes, il existe le Balanced Scorecard (tableau de bord prospectif) de Kaplan et Norton (1992) qui modélise les activités d’une entreprise selon quatre axes (finance, client, processus et apprentissage). Celui-ci a évolué pour intégrer la dimension sociale et environnementale (création du Sustainable Balance ScoreCard en 2001).

Mais nous pouvons également citer le Triple Bottom Line (John Elkington, 1997) qui définit la performance globale d’une entreprise selon sa contribution aux trois piliers du développement durable ou le Global Reporting Initiative qui propose un référentiel d’indicateurs de performance, également calqué sur ces trois axes.

La vision durable au-delà des outils

Mais derrière ces solutions et méthodologies d’évaluation de la performance globale, l’entreprise ne pourra se définir globalement performante que si elle décide d’adopter pleinement ce mode de pensée. Et il est difficile, dans un environnement concurrentiel, de prendre le pari de l’entreprise durable seul. L’État intervient fréquemment en légiférant (punition – par exemple les lois Grenelle) ou en récompensant (récompense, label – par exemple HQE pour haute qualité environnementale), mais le changement tarde à se mettre en place et les entreprises hésitent à fournir un effort qui ne sera pas reconnu sur le court terme.

Car si la notion de performance globale se décline plus facilement en plan d’action et en réalité opérationnelle chez les PME, cette notion est souvent utilisée comme un argument de façade par les grandes entreprises. Vu comme une contrainte et non comme une opportunité, le rapport RSE et la stratégie durable restent pour ces grandes structures des arguments marketing ; uniquement développés pour véhiculer une image responsable et engagée de l’entreprise, très importante pour attirer les nouveaux candidats de la génération Y.

Par ailleurs, si la stratégie des entreprises occulte souvent les aspects sociaux et environnementaux face à la dimension économique, c’est souvent en raison de la complexité d’évaluation et de traitement de ceux-ci. En définitive, les dirigeants ont toujours piloté la stratégie de l’entreprise en se référant à sa valeur économique et ne savent pas comment se mettre en mouvement sur les autres axes.

Organiser la transformation d’une grande entreprise sur des chantiers aussi transverses (révolution culturelle de l’entreprise, actions concrètes environnementales…) semble extrêmement compliqué. La démarche durable se limite ainsi souvent à la publication un rapport, surtout quand les actions à mettre en place n’impliquent pas une croissance directe de la valeur économique de l’entreprise !

Au-delà de la complexité de mise en oeuvre, on peut justifier ce manque de motivation par la difficulté de concilier le court terme et le long terme. Pour des entreprises côtés en bourse, la priorité du quotidien est d’optimiser sa valeur et d’être réactive face aux mouvements du marché ; il apparaît alors difficile d’entrevoir une stratégie à long terme, qui plus est si elle est complexe à mettre en oeuvre.

Futur et perspectives

Aujourd’hui, les mentalités se forment soit en punissant soit en récompensant les initiatives positives. De plus en plus, la labellisation « durable » devient un luxe (en termes d’image) pour certains acteurs majeurs, il contribue au Goodwill de l’entreprise (survaleur de celle-ci). Mais malgré une prise de conscience difficile chez certains acteurs majeurs, des actions concrètes sont mises en oeuvre par des PME engagées [2]. Ces entreprises deviennent alors des alliées précieuses de l’État et des parties prenantes essentielles dans la construction d’une société durable.

La société civile se mobilise de plus en plus, les États se concertent et agissent pour être responsables, l’entreprise devra elle aussi prendre le chemin du développement durable. Cette dernière représente aujourd’hui le plus puissant lien entre la société civile et l’État (parfois même plus puissante, réactive et impactante que celui-ci), c’est un acteur majeur de la transformation de la société et son champ d’action a énormément progressé ces dernières années. Alors, à quand un sommet international de l’entreprise durable ?

Par Maxime Baduel consultant du cabinet VIATYS conseil

[1] Baret P., 2006, L’évaluation contingente de la performance globale des entreprises : une méthode pour fonder un management sociétalement responsable ?
[2] Voir le CJD (Centre des Jeunes Dirigeants d’entreprises) qui regroupe plusieurs initiatives durables de PME

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