Les Echos – 16 décembre 2016 :

58 millions électeurs US ont voté pour Donald Trump… 17 millions d’électeurs anglais ont voté le Brexit.

2 décisions motivées par la crainte d’une ingérence extérieure invasive et stimulées par des discours populistes à la limite du rationnel. Néanmoins, le peuple a voté. Il a voté contre les préconisations des élites et des médias. Cet américain moyen que le monde entier méprise depuis quelques heures ou quelques mois. Mais pourquoi cette défiance voire cette animosité ?

N’est-ce pas la moindre des choses qu’un peuple puisse disposer de sa destinée et à ce titre choisir son leader ?

Oui, le Royaume-Uni est sorti de la zone euro et oui, Donald Trump et son cortège de mesures populistes débarquent à la Maison-Blanche, mais le monde ne s’est pas écroulé. Au final quels sont les motifs de ces craintes ? Oui, les politiques migratoires américaine et anglaise vont se durcir. Mais le mur au sud des États-Unis et la gestion de la jungle de Calais sont des phénomènes très localisés, et bien qu’en terme humanitaire les enjeux soient réels, ils ont un impact très « local » au final. Et oui ils vont renforcer leur protectionnisme économique… Et enfin, on décèle un malaise !

En fait, que vont devenir les conditions d’investissement dans ces pays ? Les capitaux européens resteront-ils au Royaume-Uni, même s’ils ne font plus partie de l’UE ? ? A priori, la stabilité connue jusqu’à lors vacille. Cette activité va-t-elle s’envoler vers d’autres cieux ou rester là où l’on maîtrise leur fonctionnement ? Si tant est que la fiscalité et les compétences soient toujours attractives.

Ces interrogations irritantes sont la pire crainte des investisseurs et acteurs politiques. L’instabilité met à mal les stratégies et arbitrages établis de longue date. Pire, c’est la tendance sous-jacente à ces 2 résultats. Un phénomène de repli des états et des économies. En bref, une amorce de dé-globalisation.

Depuis des années, elle nous est présentée comme inéluctable et implacable. Il ne sert à rien de s’opposer à l’intégration des économies mondiales à ce schéma globalisé. Forcément, il ne sert à rien d’aller contre le progrès ou le sens de l’histoire. Tout contestataire passerait pour un hérétique des temps modernes, c’est logique. Ce conditionnement fait passer les pro-Trump ou les pro-Brexit pour des hérétiques, qui foulent au pied cette croyance.

Qui sont les gourous de cette nouvelle religion ? Un oligopole politique et de magnats de la finance qui entretiennent leurs marges financières et statut social ? En tout cas, c’est ce que semblent croire les populations britannique et américaine, qui l’ont exprimé à travers leurs votes. Ces populations choisissent de rompre avec ces administrations et l’immobilisme proposé par ses élites.

Tout le monde voit que M. Trump est anticonformiste (pour ne pas dire un OVNI), que le Royaume uni hors de l’Union européenne se met en danger. Mais le ralentissement des économies les plus « fortes » au profit de quelques-uns et de l’émergence d’autres pays n’est pas satisfaisant pour des populations qui souffrent. Ces « souffrants » comme touchés par une infection préfèrent prendre le risque d’être amputés d’une jambe et de guérir que de mourir à petit feu.

La perspective est similaire. Mieux vaut une décision radicale qui rompt avec tous les modèles existants qu’un statu quo avec des mesures faibles qui n’auront qu’un effet placébo. Cette tendance qui se dessine est un message fort pour ces élites qui ne doivent pas mépriser l’électeur moyen qui n’est pas nécessairement antisémite ou misogyne, mais surtout exaspéré du marasme économique et social auquel il est confronté.

Par Lionel Lafontaine, consutant Senior du cabinet VERTUO conseil

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