Depuis quelques années, on observe un étrange phénomène dans l’univers bancaire, une dualité entre une règlementation structurante (IFRS, normes liquidités, EMIR, ….) qui vise à orienter le business model bancaire et un marché des moyens de paiement digitaux en pleine expansion, qui commence à lorgner sur le monde de la finance.

Au cœur de ce combat de David contre Goliath, la gestion des risques, devant composer avec une approche cartésienne de la régulation et innovante de la part de nouveaux acteurs comme les Fintech ou les GAFA qui révolutionnent le secteur par une approche « client-driven ».

David, l’outsider aux grandes ambitions ?

Que dire des fintech ?

Si l’on en croit la définition de Wikipédia, les Fintech, ou technologie financière sont généralement « des startups qui maitrisent bien les technologies de l’information et de la communication, qui tentent de voler des parts de marché à des grosses entreprises en place qui sont souvent peu innovantes et qui sont en retard sans l’adoption des nouvelles technologies ».

Cette définition colle finalement bien avec celle d’une banque : pour ceux qui ont l’opportunité de travailler dans une institution financière, on se retrouve souvent étonné du niveau d’obsolescence des systèmes d’informations, peinant à traiter une dizaine de millions de flux par jour dans un monde dicté par le big-data et l’afflux de données. A l’heure des tablettes et des casques de réalité virtuelle, nous exploitons encore l’information de manière sédentaire, vissés sur une chaise de bureau, dépassant difficilement les 20 giga de stockage sur notre poste de travail !

L’avènement des GAFA est également un grand chamboulement sur l’échiquier bancaire. Google ou Apple proposent des outils permettant de concurrencer les banques sur un des aspects dont elles sont les garantes depuis la nuit des temps : le financement et la gestion dépositaire.

Et quelles sont les caractéristiques de ces structures ? Des capitaux énormes pour commencer : les 4 acteurs américains totalisent 123 milliards de dollars de réserves financières, de quoi racheter la quasi-totalité des fintechs du marché ! Elles disposent d’une hégémonie sur tous les secteurs clefs de la transformation numérique, ce qui leur permet d’adresser tout type de clientèle.

Difficile pour les banques de rivaliser : qu’est ce qui empêche Google de se mettre au financement structuré et de proposer des prêts via un financement participatif à disposition de ses clients en matière d’énergie ou de télécom ?

Plus important encore, ces acteurs connaissent leur clientèle via une énorme base de données contenant les habitudes de leurs utilisateurs, ciblant de manière chirurgicale les produits proposés. Les banques, elles, disposent d’informations très fragmentaires sur leurs clients et ne vont mettre à disposition que des produits « standards» faisant partie de leur business plan.

Or, l’information sur la clientèle est cruciale pour la gestion des risques afin d’adresser de grands chantiers réglementaires comme le respect des ratios financiers (liquidité, solvabilité), dont les indicateurs de performance au passif s’attachent à la relation que peut avoir le client avec la banque pour catégoriser les dépôts.

Les GAFA partent avec un train d’avance : elles définissent les besoins de leurs utilisateurs grâce à des profils très personnalisés, alors que nous cherchons encore une source de données « Golden » sur les contreparties et les titres dans les banques avec le chantier BCBS239.

Pour les GAFA comme pour les banques avec l’octroi grandissant de services en ligne, le centre de création de valeur s’est déplacé de l’institution vers le consommateur et transforme les clients en autoentrepreneurs, pour le meilleur et le pire :

  • Le meilleur c’est la possibilité de proposer des services à distance et sur mesure, 24h/24h, avec des frais de gestion limités ou inexistants.
  • Le pire, c’est le transfert du risque vers le consommateur et une externalisation du métier bancaire

Et c’est cette notion de transfert de risque qui sera l’un des grands challenges des institutions financières pour les prochaines années.

Goliath, le mastodonte règlementaire financier

L’avènement de ces acteurs pose donc des questions d’ordre sociétal, avec la place du consommateur dans le rouage financier, mais également sur la gestion des risques.

Le transfert d’argent par paiement sur mobile ainsi que le financement participatif accentuent la désintermédiation bancaire. Or, les banques ont besoin de ce système pour survivre : le passif de bilan est déjà suffisamment mis à mal par la nécessité de conserver un certain nombre d’actifs liquides en fonds propres.

Cette logique de passif long devrait s’accentuer dans les prochaines années avec la venue du NSFR et son modèle de stabilité du profil de financement des banques, allant à l’encontre du modèle bancaire actuel qui consiste à collecter des dépôts clientèles à court-terme afin de proposer des financements à long-terme aux entreprises.

D’autres réglementations, comme IFRS 9, sont également impactantes pour une institution financière, avec la revue de tous les états financiers présents au bilan bancaire et la comptabilisation des éléments en juste valeur de marché. Cette revue du système de provisionnement, jugée trop tardive et trop faible, augmentera encore le passif des banques, obligeant celles-ci à garder plus de ressources au bilan et de réduire d’autant plus leurs marges malmenées par un contexte prolongé de taux bas permis la politique de « Quantitative Easing » de la BCE (programme massif d’émission de dettes). Cette pression sur le passif bancaire, les banques y font pour l’instant face grâce à la présence encore forte des dépôts clientèle au passif et l’activité de prêt et de financement à l’actif.

On entend souvent parler dans les institutions financières de business model « drivé » par le régulateur, car le cadre réglementaire dicte dernièrement les produits qui entrent ou non dans un bilan bancaire mais nous nous trompons peut-être de débat : et si au final c’était le consommateur qui avait le dernier mot dans cette histoire ? Cela serait une belle revanche sur certaines dérives spéculatives et règlementaires du monde bancaire qui ont jalonné ces dernières années pour lesquelles il n’a été qu’un spectateur impuissant.

Par Julien Delrieu, Consultant Senior du cabinet VERTUO Conseil

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