Les Echos – 25 janvier 2017 :

La crise des subprimes a plongé les économies développées dans une profonde récession. Les niveaux de croissance et d’inflation étaient au plus bas. Alarmées, les banques centrales procédèrent à une baisse des taux directeurs dans l’espoir de relancer l’activité économique.

Face à des niveaux de taux d’intérêt approchant les zéros et une croissance au ralenti, les politiques monétaires conventionnelles devenaient inefficaces. Les banques centrales avaient alors initié la mise en place de mesures extrêmes visant toujours à relancer l’économie. Ainsi elles intervenaient directement sur les marchés à travers l’achat de titres obligataires, injectant de la liquidité dans l’économie, qui espéraient-elles, serviraient à financer la croissance : il s’agit du « quantitative easing » ou assouplissement quantitatif.

Une autre tentative des banques centrales consistait à introduire des politiques de taux d’intérêt négatifs. Elle a été pratiquée pour la première fois par la banque centrale suédoise en 2009. Cinq ans plus tard, plusieurs autres banques centrales européennes adoptèrent cette pratique. En 2016, c’est au tour de la banque centrale japonaise (BoJ) de baisser ses taux directeurs en dessous de zéro.

À l’origine, les politiques de taux d’intérêt négatifs avaient pour objectif d’encourager les banques traditionnelles à assurer leur rôle de financement de l’économie. Mais dans un contexte de prix en chute libre (faible inflation voire déflation dans certains cas) et de taux de croissance faibles, les agents économiques peinent à trouver des projets rentables.

Ainsi, l’argent à faible coût, loin de relancer la croissance, pousse les agents à investir sur des actifs risqués. En effet, l’immobilier est l’un des marchés cibles des agents qui empruntent à faibles taux ; l’hypothèse étant que les prix continueront de monter sur ce marché. Cela aura pour conséquence la création d’une bulle vouée à éclater à un moment donné.

De plus, les grandes entreprises qui ont un rôle central dans le soutien de la croissance ne répondirent guère présentes. La productivité et l’innovation ne semblent plus être leur priorité. On peut citer, ici, le cas de certaines entreprises cotées en bourse qui empruntent, non pas pour investir dans de projets innovants, mais pour faire des acquisitions ou pour soutenir le cours de leurs actions. Ainsi, avec les montants empruntés à faible coût, elles procèdent à des versements de dividendes, ou encore au rachat de leurs propres actions pour faire grimper les cours de bourse. Les dernières en date, sont le manufacturier allemand Henkel AG et le laboratoire français Sanofi SA.

Rappelons que les taux négatifs ont été introduits par les banques centrales pour soutenir la croissance économique et maitriser l’inflation. Mais ces dernières semblent jusqu’ici plonger les économies dans un véritable sable mouvant. La banque centrale japonaise qui détient plus de 60 % des ETFs japonais a annoncé lors de son meeting le 20 décembre dernier qu’elle poursuivrait ses rachats de titres et aussi longtemps que nécessaire pour atteindre les 2 % d’inflation initialement fixés.

La BCE, quant à elle, exclut toute éventualité d’arrêt brutal de son programme de rachat de titres. Elle a annoncé en décembre le maintien de son programme jusqu’en fin 2017 et qu’elle l’étendrait si besoin. Aussi, il convient de noter que les politiques de taux négatifs peuvent être un stimulus supplémentaire à la croissance lorsqu’elles sont pratiquées sur une courte période et que les taux restent proches de zéro. Autrement elles risquent de perturber la stabilité financière.

En effet, elles incitent les investisseurs à une prise démesurée de risque favorisant à terme la création de bulles. De plus, lorsqu’elles perdurent, elles fragilisent le secteur bancaire, car elles impactent fortement la rentabilité des banques. Enfin, pour un effet optimal de ces pratiques sur la croissance, les banques centrales doivent veiller à contrôler les différents canaux de transmission et gérer les risques inhérents. Or, cela ne semble pas être le cas.

En zone euro, la situation n’est plus soutenable, les banques sont au bord du gouffre, le moindre problème peut entrainer un séisme. À l’instar de la Deutsche Bank et de la Monte dei Paschi di Siena en Italie, leur survie repose en partie sur les actions des gouvernements des pays respectifs.

Même si la BCE, quant à elle, préfère laisser ces derniers contenir la situation autant que faire se peut, elle apportera son soutien à un moment ou à un autre ; car au-delà du défaut d’une banque, le vrai risque est celui de l’effet domino qui pourrait en découler et marquer la fin de l’euro.

Par Lamine Traoré consultant du cabinet ADWAY

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