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Renforcer le lobbying européen

Les Echos – 27 avril 2017 :

À l’heure du Brexit et du Trumpisme, l’Europe et ses banques doivent protéger leurs intérêts dans les discussions avec le Comité de Bâle.

Depuis presque 10 ans, après une des plus grosses crises financières mondiales, les réformes réglementaires se succèdent à un rythme effréné et semblent commencer à porter leurs fruits. D’un revers de main, Monsieur Trump pense tout balayer. À l’heure où le cadre réglementaire de demain s’écrit, l’Europe se trouve face à ses responsabilités et doit apprendre à défendre ses intérêts.

Depuis novembre 2011, le FSB, Financial Stability Board, livre chaque année la liste des grandes banques systémiques. Il s’agit des célèbres banques « too big to fail », trop grosses pour tomber. Autrement dit, la faillite d’une de ses banques mettrait à mal le système bancaire international, mais également l’économie mondiale. Suite à la chute de Lehman Brothers et preuve à l’appui que leur taille n’est pas un rempart contre la faillite, elles doivent en réalité être d’autant plus surveillées. Dans la dernière liste publiée en novembre 2016 par le FSB, sur les 30 banques systémiques, dix sont américaines, 13 européennes et 7 asiatiques. À eux deux, l’Europe et les États-Unis représentent trois quarts du risque systémique mondial.

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Ce que mijote BNP Paribas avec Compte-Nickel, l’arme anti-Orange Bank

Les Echos – 25 avril 2017 :

En rachetant Compte-Nickel, BNP Paribas montre ses muscles quelques jours avant le lancement d’Orange Bank.

BNP Paribas et Compte-Nickel ont annoncé le 4 avril 2017 avoir signé un accord en vue du rachat par la Banque de la rue d’Antin de 95% de Financières des Paiements Électroniques, la société qui porte Compte-Nickel. Fintech très en vue, Compte-Nickel a su attirer plus d’un demi-million de clients depuis le lancement en février de son produit phare : le « compte sans banque ».

Si ce rachat est dans la continuité de l’intérêt des grandes banques pour de nouveaux entrants innovants – Fidor par BPCE ou encore Leetchi par Crédit Mutuel Arkea – il est surtout une amorce de la transformation de la banque de détail en France et le premier coup de canon dans la guerre que vont se livrer les grands acteurs d’aujourd’hui, mais surtout de demain, avec l’arrivée d’Orange Bank mi-mai.

On peut imaginer qu’avec cette acquisition, les dirigeants de « la banque d’un monde qui change » ont souhaité prendre de l’avance sur l’arrivée de l’opérateur télécom et font trois paris sur ce que sera la banque de demain : universelle, simple et innovante.

Un réseau de distribution élargi pour etoffer sa clientèle

En restant actionnaire aux côtés de la confédération des buralistes, BNP Paribas complète intelligemment son réseau de distribution et réinvente le réseau bancaire traditionnel.

Dans une période où les agences classiques connaissent une désaffection grandissante due à la poussée du digital et des « selfcare » qui permettent de réaliser des actions quotidiennes sans passer par son conseiller, les grandes institutions bancaires ont en tête de multiplier les points de contacts physiques tout en allégeant le coût de ces derniers.

Ce partenariat, potentiellement étendu à des segments de la clientèle BNP Paribas, pourrait permettre de rester présent dans des zones rurales, peu denses en population et en fréquentation d’agences, tout en continuant le plan de décroissance annoncée du réseau traditionnel.

En parallèle de cette évolution de la distribution, il est intéressant de constater qu’une banque rachète une fintech créée à l’origine pour des clients qui étaient hors du système bancaire de par leurs revenus ou leurs âges.

BNP Paribas, en complétant son offre et en captant des clients qu’elle ne pouvait adresser jusqu’alors, se positionne comme un acteur incontournable, universel par sa proposition d’être la banque de tous, pour tous les besoins, mais également pour tous les usages.

Des RIB vendus comme des « paquets de chewing-gum »

Car c’est bien le deuxième pilier de ce rachat. C’est la capacité d’une institution bancaire à intégrer en son sein de nouveaux usages plus en ligne avec les attentes de ses clients.

Basée à l’origine sur l’idée de « vendre des RIB comme des paquets de chewing-gum », Compte-Nickel apporte une rapidité dans l’ouverture d’un compte, une simplicité dans le processus et une continuité dans la relation client par le biais du digital et particulièrement du mobile.

En cela elle répond à la fois aux nouvelles attentes des clients existants, mais également à une « génération z » qui commence à se bancariser et approche les services financiers avec une vision consumériste et décomplexée.

À plus long terme, il est à parier qu’une utilisation fine de la data permettra à cette dernière d’avancer vers la vente de produits issus du réseau historique vers les clients de Compte-Nickel et qu’à l’inverse, elle deviendra capable de capter une partie des utilisateurs pour les rebasculer vers ses autres marques innovantes à l’instar d’Hello Bank en simplifiant toujours plus les usages associés.

Multiplier ses offres de services

Avec cette acquisition, plus que subissant un effet de mode, BNP Paribas réaffirme un alignement de sa communication et de sa stratégie en étant « la banque d’un monde qui change » et montre au marché sa conviction que l’innovation est au coeur du débat.

Trente ans après la création de l’Atelier BNP Paribas, outil de veille industriel, puis le lancement d’Hello Bank ou de Paylib, la mise en place du partenariat avec crédit.fr autour du crowdlending ou celui avec Carrefour dans le cadre du projet Wa !, la banque de la rue d’Antin multiplie les offensives innovantes lui permettant d’adresser tous les sujets financiers du marché.

En plaçant ses produits chez les buralistes, là où Orange sera dans ses boutiques, en s’adressant à toujours plus de segments de clientèle là où Orange a une base d’abonnés France de près de 25 millions de personnes, en simplifiant ses usages là où l’opérateur compte 20 millions d’utilisateurs africains d’Orange Money – sa solution de transfert d’argent – la banque de la rue d’Antin montre à celui qu’elle considère déjà comme un concurrent sérieux qu’elle saura faire évoluer son modèle et ses usages et rendre coup pour coup dans cette lutte dont peu de réseaux bancaires se remettront.

Par Julien Borderie directeur associé du cabinet VIATYS conseil

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Place à la formation 3.0 !

Les Echos – 24 avril 2017 :

Se transformer, se moderniser, pour mieux innover aujourd’hui et demain, dans un environnement toujours plus concurrentiel : les évolutions qui résultent de ces changements dans l’entreprise impliquent une nécessité constante de réadapter les modes de développement des compétences.

La formation est ainsi plus que jamais concernée à travers la digitalisation de ses méthodes d’apprentissage, qui mettent les collaborateurs au coeur de leur propre parcours apprenants et en font les acteurs de leur montée en compétences.

La formation, du collaborateur au « collabor-acteur »

85 % des entreprises accordent une grande importance à l’apprentissage et au développement des salariés, celui-ci étant de plus en plus perçu comme un levier pour favoriser leur engagement.

Ainsi, les firmes tendent à développer de nouvelles manières de responsabiliser leurs équipes pour qu’elles prennent en main leur plan de développement personnel. Le principal changement concerne le passage de programmes d’apprentissage interne vers des plateformes innovantes d’auto-formation : has been, les sessions descendantes, au cours desquelles les formateurs faisaient défiler d’innombrables slides à leurs formés. Aujourd’hui, les organisations cherchent à rendre le collaborateur autonome dans la gestion de son parcours pour atteindre ses objectifs professionnels.

Le « descendant » laisse place au collaboratif

La formation doit accompagner les profondes mutations digitales que vivent les entreprises : restructurations, nouveaux métiers, nouveaux modes de travail…

Elle n’est plus un événement isolé, les firmes doivent mettre en place une architecture multimodale, alliant présentiel et distanciel, avec l’intégration d’activités digitales et d’ateliers de co-construction.

Grâce à l’évolution des technologies et des équipements, la connaissance est maintenant disponible partout et à tout moment. À ce titre, les approches collaboratives et participatives se développent, notamment avec le partage de bonnes pratiques sur les réseaux sociaux d’entreprise. Les activités liées à la formation sont aujourd’hui tournées vers l’alimentation de plateformes d’apprentissage en ligne où les formés peuvent facilement trouver les supports nécessaires à leurs besoins : vidéos, tutoriels, modules e-learning, etc.

La connaissance ne descend plus, elle circule.

On retient…

20 %
de ce qu’on lit

30 %
de ce qu’on entend

40 %
de ce qu’on voit

50 %
de ce qu’on dit

60 %
de ce qu’on fait

90 %
de ce qu’on voit, entend, dit et fait

Des outils digitaux pour fluidifier le parcours des apprenants

Le formé est donc plus que jamais placé au coeur du dispositif de formation. Il acquiert des savoirs via les nouvelles technologies et dispose de contenus beaucoup plus adaptés à ses besoins.
Les grandes universités américaines (Harvard, Stanford…) ont été les premières à révolutionner le rôle de l’enseignant en intégrant des pratiques digitales, via les MOOC (Massive Open Online Courses). Mi-2016, l’organisme français Abilways s’en est inspiré et a lancé un MOOC conçu spécialement pour smartphones, avec des quizz ludiques, des vidéos courtes d’experts et des partages entre formateurs et apprenants.

Un prérequis à l’intégration de ces nouvelles technologies : l’apprenant doit savoir naviguer entre les différents modes d’apprentissage et maîtriser l’utilisation des nouveaux outils – ce qui implique d’être autonome au milieu d’une masse d’information. Les organisations doivent donc accompagner les salariés dans cette démarche.

L’Hexagone à la traine…

Selon l’université américaine MIT, uniquement 29 % des sociétés internationales utilisent les outils digitaux, 45 % sont en pleine transformation digitale et 26 % n’en seraient qu’à leurs débuts. Les organisations se doivent donc de faire évoluer leurs méthodes d’apprentissage à travers leur transformation digitale si elles ne veulent pas être dépassées.

En France, sur les 100 plus grands groupes français, uniquement 3 peuvent être considérés comme leaders digitaux…un faible résultat ! Selon le baromètre Cegos 2016, les modules e-learning sont utilisés par 37 % des entreprises françaises contre 52 % au niveau européen et les classes virtuelles pratiquées dans 33 % des entreprises françaises contre 43 % en Europe.

Si nous voulons créer de la valeur et assurer un accroissement de notre performance, il est urgent, pour nos organisations, d’intégrer le digital pas seulement au sein des processus de formation, mais également dans notre fonctionnement, notre culture, nos stratégies pour ainsi assurer notre développement. D’après une étude du Cabinet Accenture*, la performance digitale du secteur des télécommunications en France, identifié comme le plus avancé, détient un score de 2,4 (sur 4) contre 3,6 pour l’Espagne, 3,4 pour l’Allemagne et 3 pour l’Italie et la Grande-Bretagne.

Vers de nouvelles perspectives : la ludo-pédagogie

Tester et valider ses connaissances par le jeu : voilà une pratique qui se développe de plus en plus au sein des dispositifs de formation, dans l’optique d’allier apprentissage et plaisir pour les populations formées.

Cette nouvelle approche favorise une démarche ludique pour les apprenants (simple jeu de plateau ou jeu high tech, notamment à travers des quizz interactifs conçus via des outils comme Kahoot ! ou Socrative) pour mieux appréhender les nouvelles notions et valider les connaissances. Les avantages des enseignements gamifiés sont triples : favoriser la cohésion et la motivation des équipes, optimiser leur montée en compétences et développer leur créativité.

Ces nouveaux types de supports permettent d’une part de mettre en pratique les enseignements de façon immédiate en amont de leur application au « terrain » et ainsi détecter les points de non-compétences afin d’agir avant que l’erreur ne se produise et d’autre part de générer de l’amélioration continue au sein des équipes.

À travers l’utilisation de ces mécanismes du jeu dans un objectif d’apprentissage, (se) former devient et deviendra un jeu d’enfant…

Par Sophie Bouskila consultante Senio du cabinet ADWAY

* Analyse de la performance digitale des 100 plus grandes entreprises françaises effectuée sur la base de 117 critères repartis en 4 principales dimensions : stratégie de transformation, expérience client, Développement & Production, Stratégie & Opérations.

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Réseaux sociaux d’entreprise et conduite du changement

LE RÉSEAU SOCIAL D’ENTREPRISE : L’OUTIL COLLABORATIF PAR EXCELLENCE DOIT ENCORE CONVAINCRE

Le travail en équipe et la collaboration apparaissent clairement de nos jours comme un facteur clé de succès dans des entreprises qui prônent désormais le « décloisonnement », le « désilotage » et la « transversalité ».
Les Réseaux Sociaux d’Entreprises (RSE) se présentent comme les nouveaux outils de cette collaboration en entreprise et tendent à se démocratiser depuis quelques années, que ce soit grâce à l’arrivée progressive sur le marché de la génération Y ou l’essor des réseaux sociaux dans la vie privée. Les trois quarts des entreprises du CAC 40 ont un RSE et 47 % des grandes entreprises en auraient déjà ou projetteraient d’en avoir un.
Toutefois, la France semble être en retard, puisque seulement 5% des salariés français auraient accès à un RSE dans leur entreprise. Et 11% utiliseraient des outils sociaux de collaboration (contre 18% en moyenne en Europe), avec l’intranet en fer de lance, loin d’un RSE abouti avec des fonctionnalités plus développées. Nous sommes donc encore loin de la généralisation massive de cet outil dans les entreprises et de l’adoption unanime par les salariés de ce nouvel outil qui, en même temps, peut faire peur pour plusieurs raisons.
Les principales craintes liées aux RSE sont du domaine de la sécurité, de la perte de contrôle et de temps des salariés. Effectivement, la mise en place d’un tel outil, pourtant en plein essor et porteur de nombreuses promesses, n’est pas sans risque.

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L’humain, clé de voûte de la digitalisation

Digitalisation, voici un mot dont on entend beaucoup parler. Les sentiments qu’elle suscite sont partagés ; Elle séduit d’un côté par la facilité et l’immédiateté qu’elle induit et elle effraie par la transformation qu’elle entraîne, du point de vue clients comme du point de vue des entreprises.

Entre inquiétude et possibilités, la digitalisation amène beaucoup de questions. Quelle place occupe l’humain dans un monde qui se digitalise ? Est-ce en opposition ? Réfléchissons sur deux notions qui sont perçues comme dissociées : l’humain et le digital.

La transformation digitale, parfois appelée transformation numérique, désigne le processus qui consiste, pour une organisation, à intégrer pleinement les technologies digitales dans l’ensemble de ses activités. Il ne s’agit pas uniquement d’une évolution des technologies et des processus, la transformation digitale doit aussi prendre en compte les hommes.

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BCBS 239, contraignant mais pas que…

Ces sept dernières années, les exigences des régulateurs ne font que s’accroitre (renforcement des exigences au niveau du capital et de la liquidité, évolution des normes comptables IFRS, exercices de stress test…) et les banques françaises n’ont pas d’autres choix que de s’adapter.

Les reportings, internes et à destination des régulateurs, sont également au cœur de nouveaux changements, leur nombre augmente ainsi que la granularité des informations demandées.

En 2014, la Banque centrale européenne a soumis les banques européennes à un exercice réglementaire de revue de la qualité des actifs (communément appelé AQR) pour dresser un bilan de santé.
Cet exercice a mis en exergue certaines faiblesses, notamment la capacité de fournir des données plus granulaires ou la robustesse de l’architecture informatique…

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Comment favoriser la prise d’initiative au sein des grands groupes ?

Le rôle des têtes dirigeantes est souvent dédié à l’établissement de grandes orientations. Ces entreprises, sont parfois soumises à beaucoup de règles et de directives sans trop pouvoir apporter de nouvelles idées dans leur fonctionnement.

Ces trajectoires tracées uniquement par la Direction n’obstruent-elles pas l’innovation et la prise d’initiative des employés ?

Alors comment les provoquer ? Ces prises d’initiatives ne doivent-elles d’ailleurs pas être prises au plus près du terrain, donc du client ?

Satisfaction du client est un terme pourtant au cœur du business de chaque entreprise.

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Le désaveu actuel des organisations envers le Lean Six Sigma est-il justifié ?

Aujourd’hui, le constat est fait que près de 70% des firmes françaises ayant utilisé la méthode Lean Six Sigma considèrent que les résultats escomptés n’avaient pas été atteints, remettant ainsi en cause l’efficience de la méthode. De plus, plusieurs études comme celles de l’ATECID ont révélé que près de 40% environ des initiatives Six Sigma dans les entreprises n’atteignaient pas les résultats attendus. Pourquoi autant d’implémentations LSS (Lean Six Sigma) échouent-elles? Pourquoi autant de scepticisme de la part des organisations envers ce qui a été l’une des méthodologies les plus vulgarisées et les plus utilisées ces dernières décennies ? Quels sont ainsi les principales causes d’échec des implémentations LSS de nos jours, et qui par conséquent attisent le scepticisme actuel des organisations envers cette méthodologie ?

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Trump, reculer pour mieux chuter ?

Les Echos – 21 avril 2017 :

La quête de la grandeur perdue (#MAGA). Annonce d’une politique de grands travaux, retour à un capitalisme fossile, dérégulation des activités financières…

Au vu des discours de Donald Trump, la grandeur américaine remonterait aux années 1950’s ou 1960’s. À cette époque, l’American Dream faisait toujours « rêver » et l’American way of life s’exportait plus que bien. À moins que Trump ne leur préfère les années 1980’s, période qui vit élire Reagan, figure admirée de l’actuel président américain, et où Wall Street semblait à son paroxysme.

En se concentrant sur le retour à cette grandeur soi-disant perdue (son ex-concurrente dans la course à la Maison-Blanche n’était pas de cet avis), Donald Trump semble avoir toutefois « oublié » quelques points non négligeables.

Au sein des États-Unis, c’est l’image même du self-made man – made in America – qui s’est ternie. Alors que l’American Dream vantait la réussite permise à n’importe quel citoyen déterminé et travailleur (non contraint par une quelconque loi fédérale, qui, par nature, serait nécessairement restrictive aux libertés individuelles), aujourd’hui, 90 % des Américains se partagent moins d’un quart des richesses de leur pays. Dans ses discours de campagne électorale, Donald Trump semblait ne pas oublier ces classes populaires qui n’avaient pas ou peu profité des périodes fastes pré-2008, mais qui avaient souffert du revirement de situation économique post-crise financière.

Aujourd’hui, les États-Unis sont ce pays développé où des milliers de personnes font la queue dans des gymnases, reconvertis à l’occasion, en vue de bénéficier de soins dentaires, ophtalmologiques… faute d’assurance santé. Pourtant, une des premières décisions de l’actuel président américain fut de signer un décret allant à l’encontre de l’Obamacare, mesure prise par le précédent gouvernement et visant à faciliter l’accès à une assurance maladie pour tout citoyen américain. Les enjeux sociaux des États-Unis ont d’autant plus changé que les inégalités de revenu et de richesse sont allées en s’accroissant depuis la fin des années 1970. Ce contexte social s’inscrit dans un nouvel environnement où les aspects économiques, géopolitiques, financiers et écologiques ont profondément changé.

Le choix d’une politique isolationniste ayant pour but de redonner aux États-Unis leur grandeur d’antan, sans s’inscrire dans un schéma global, semble aujourd’hui peu réaliste. Même aux temps affectionnés par Donald Trump, les gouvernements des États-Unis affichaient leur volonté d’être influents, et donc présents dans le reste du monde tant sur le plan économique que politique, comme peuvent en témoigner Coca-Cola et McDonald’s. Depuis 1971, la balance commerciale des États-Unis n’est plus excédentaire. M. Trump peut défier la Chine et le Mexique (classés respectivement premier et troisième des pays fournisseurs des États-Unis), que ce soit en critiquant la politique militaire et des changes pour l’un, en promettant la construction d’un mur et en dénonçant l’ALENA pour l’autre.

Le fait est que les États-Unis n’ont pas la capacité de vivre en autarcie. Qui plus est, en défendant une politique protectionniste et en se séparant de ses principaux partenaires, il est fort probable que les exportations américaines se retrouvent, elles-mêmes, mises à mal. Sur le plan militaire, Donald Trump peut bien critiquer l’OTAN. Cette organisation a clairement participé à faire des États-Unis un « ami » incontournable du monde occidental. En déclarant vouloir surpasser tous les pays détenteurs de l’arme nucléaire, M. Trump craignait-il de devoir se préparer à un nouvel ordre mondial ?

Les États-Unis furent le pays symbole d’un secteur financier en plein délire. Le réveil fut douloureux après chaque crise – surtout après la dernière -, qu’à cela ne tienne, l’expérience était trop bonne (pour les initiés uniquement). Remettre ça en cassant la régulation, telle serait la solution. En affichant sa volonté de démanteler le Dodd-Frank Act, présenté comme un frein à la croissance américaine, Donald Trump chercherait à défendre les intérêts de sa nation. Peu importe que la réglementation ait pour objectif de promouvoir la stabilité financière, de protéger le consommateur ou encore d’éviter le recours au contribuable pour renflouer le secteur financier.

Sur le plan écologique, Donald Trump peut bien faire fi des enjeux décriés par la communauté scientifique. Du temps où les États-Unis étaient au sommet de leur grandeur, les questions environnementales ne préoccupaient pas l’opinion publique. Feindre d’en ignorer les conséquences, être climatosceptique pour ne pas reconnaitre qu’une partie des actifs immobiliers détenus par l’Empire Trump, en Floride particulièrement, risquerait de se trouver noyée (au sens propre comme au sens figuré) par une probable montée des eaux, semble judicieux : une partie de sa fortune pourrait voler en éclat. L’apparition d’une bulle relative à des actifs financiers liés à des biens immobiliers survalorisés résonne comme un refrain trop connu.

Depuis la seconde moitié du 19e siècle, la globalisation s’est accentuée : les échanges commerciaux, mais aussi les enjeux économiques sont devenus internationaux. Les problèmes écologiques ne s’arrêtent pas aux frontières, de même que les crises financières et conséquences des conflits géopolitiques. Si le but des politiques de Donald Trump est de rendre aux États-Unis leur grandeur, cet objectif fait référence à une période passée (à supposer que cet Eldorado ait un jour existé). De ce fait, comment appliquer des politiques tirées d’un schéma obsolète ?

Sur certains aspects, les choix de Donald Trump semblent toutefois rompre avec l’ambition d’un retour dans le passé. En effet, pour ce qui est d’entretenir un nouveau climat de relation avec la Russie (ancien pays ennemi des États-Unis), de critiquer les médias, de choquer et inquiéter ses pays voisins et alliés, Trump qui, en voyant sa cote d’opinion négative devenir majoritaire au bout de 8 jours seulement passés en tant que président a réussi à battre un nouveau record (Le Monde 14/02/2017) – semble bien décider à aller de l’avant.

Par Juliette Guerin consultante en risque management du cabinet VERTUO Conseil 

Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2017/02/14/les-debuts-difficiles-de-donald-trump-dans-l-opinion-publique_5079618_3210.html

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La course au digital dans le secteur associatif

Les Echos – 21 avril 2017 :

De nombreuses associations ont été créées après la 1re Guerre mondiale et seront donc l’année prochaine centenaires : ce vieillissement est une alerte au renouvellement. Le secteur associatif est en constante évolution, notamment grâce aux outils digitaux qui s’imposent petit à petit dans les habitudes de fonctionnement des associations.

On reçoit encore de nombreux courriers d’associations, mais les sollicitations commencent à être innovantes : publications sur les réseaux sociaux, emails, newsletters, bannières web, et maintenant même la possibilité d’obtenir un dossard en ligne, pour participer à une course comme le Marathon de Paris ! Comprenons pourquoi les associations s’inscrivent dans cette transformation à travers cette enquête sur la course au digital dans le secteur associatif.

Effervescence autour des courses telles que le marathon de Paris, le principe des courses challenge

En France, de nombreuses personnes ont déjà obtenu leur dossard à des courses mythiques telles que le Marathon de Paris grâce à une association. Le « charity running » se démocratise en France grâce à la technique du « peer-to-peer » qui consiste à collecter auprès de son entourage un montant précis de dons pour obtenir un dossard. Le futur coureur s’inscrit en ligne, crée une page de collecte et partage le lien auprès de son entourage : une validation virtuelle lui permet de décrocher son dossard une fois l’objectif atteint.

Deux leaders sur le marché proposent aux internautes de décrocher des dossards solidaires : Alvarum et iRaiser. Partenaires des plus grandes associations comme la Croix Rouge, Médecins du Monde ou encore la Ligue contre le cancer, mais également de plus petites associations, elles constituent une véritable opportunité pour toutes les associations de se démarquer, d’exister dans cette sphère digitale et de pouvoir communiquer différemment. Les associations ont quelque chose à apporter « en échange » des dons des internautes. Le côté ludique est complètement présent : il devient amusant et plaisant de faire un don. Ce sont en général la famille et les amis du coureur qui effectuent les dons sur sa page, ils peuvent ainsi l’encourager, le soutenir en lui montrant leur engagement sincère.

Un véritable lien se crée alors sur une page Internet entre le coureur, son entourage et surtout l’association choisie. C’est également l’occasion pour une entreprise de fédérer ses employés autour d’une cause : en créant des groupes de coureurs, l’entreprise favorise la cohésion d’équipe, la notion de partage et met en avant les valeurs qu’elle véhicule. En parallèle, c’est un moyen pour l’association d’obtenir davantage de soutien.

En Angleterre, la collecte de fonds évènementielle séduit depuis 1981 : plus de 600 M de livres ont été collectés à l’occasion du Marathon de Londres. Nous sommes loin de ce résultat en France, mais l’espoir est bon : plus de 20 M d’euros ont notamment été collectés sur Alvarum depuis 2008. Ce concept novateur séduit les internautes, en recherche de transparence de la part des associations et fondations.

Se digitaliser pour se moderniser et séduire de nouvelles cibles

Même si le courrier reste l’une des principales ressources des associations, grâce aux « bons de soutiens » renvoyés, il est devenu nécessaire pour celles-ci de se « digitaliser » pour continuer à séduire les nouvelles générations, beaucoup moins sensibles au courrier et à l’envoi postal d’un chèque.

Aujourd’hui, le site Internet d’une association ne suffit plus : l’internaute veut que l’on vienne à lui, qu’on le sollicite, qu’on lui apporte les informations avant même qu’il ne les ait demandées. Les associations sont en train de comprendre qu’elles doivent multiplier les points de rencontre sur Internet : bannières web, abonnement à des newsletters, retargeting, pop-up et autre publicité ciblée (SEM : Search Engine Marketing), mais le processus est compliqué : pour publier du contenu digital et sensibiliser une cible différente il faut être armé et bien entouré.

Les associations doivent aujourd’hui recruter de nouveaux profils dans leurs équipes afin de les accompagner dans cette transformation. Un « digital native » par exemple, pour gérer leur compte Facebook et construire une stratégie digitale adaptée, tout en prenant soin de respecter les chartes associatives et les politiques internes.
En choisissant d’opter pour des approches différenciantes du digital, les associations choisissent la voie de la modernité, elles se rapprochent d’un public à qui elles ont peu l’habitude de s’adresser.

Il peut être difficile de sensibiliser un jeune individu : celui-ci peut penser qu’il n’a pas assez de moyens, mais c’est là que le digital entre en jeu : en envoyant une newsletter, on peut déjà faire passer un message : le fait qu’aider une association ce n’est pas seulement donner de l’argent, cela peut être aussi donner de son temps par exemple. Un emailing peut effectivement l’expliquer en proposant à l’internaute de participer à l’organisation d’un vide-grenier solidaire. Cette technique permet à l’association de ne pas le brusquer, de ne pas entrer dans son espace privé, mais de le toucher par le biais d’un canal qu’il utilise, qu’il consulte. Le côté « association demandeuse d’argent » s’estompe alors, au profit d’une image plus moderne, plus concrète même : en venant donner un coup de main un week-end, on a véritablement la sensation d’aider. Et tout cela, grâce à un email.

Se moderniser pour fidéliser

En utilisant ces techniques plus modernes, les associations créent un lien avec leur cible. Elles se positionnent comme un élément incontournable de leur univers en créant des rendez-vous via une newsletter mensuelle par exemple. Ce point de contact peut être essentiel s’il est utilisé à bon escient : communiquer sur les missions qu’on réalise au quotidien, informer les internautes de l’utilisation de leurs dons, proposer une rencontre dans les locaux de l’association pour échanger sur les projets sont tout autant de techniques qui permettent de fidéliser un internaute, intéressé par la cause.

Pour revenir au concept des courses solidaires, si le collecteur est à nouveau sollicité sur des sujets concrets et pertinents pour lui, nul doute qu’il aura envie de s’investir davantage au profit de cette association par différents biais : soit en courant à nouveau, soit en faisant un don, soit en devenant bénévole… La digitalisation aura amené une forme de ludisme à ces nouveaux engagements, entrainant alors une fidélisation naturelle, ce qui ne peut que satisfaire les associations et notamment leurs objectifs.

Les outils de communication digitaux permettent donc aux associations d’augmenter leur présence et de sensibiliser de nouveaux donateurs, tout en les fidélisant. Cet écosystème digital qui crépite autour des associations est un moyen efficace pour lutter frontalement contre la maladie, la pauvreté, l’isolement ou encore l’injustice. Qu’en sera-t-il d’ici les prochaines années ? Peut-être pourrons-nous directement agir dans une école en Afrique via une application reliée à un centre ? L’usage de la réalité augmentée permettra-t-il bientôt de comprendre comment s’impose une cellule cancéreuse dans notre corps ?

Quel est l’écho d’un point de vue entreprise ? Les associations, en tant que nouvel acteur du digital, sont en voie d’apporter un nouveau souffle au dynamisme entrepreneurial : pour vendre, il est nécessaire aujourd’hui d’afficher ses valeurs. Le lien entre association et entreprise va donc devenir évident : nouvelles formes de soutiens, nouveaux types de paiements, création de nouveaux modèles également. Ce nouvel état d’esprit va sans doute permettre la création d’un lien inéluctable qui, en plus de soutenir la cause associative, nous en sommes convaincus, apportera un vent de fraicheur au service de l’innovation digitale.

Par Julie Maillard consultante senior du cabinet ADWAY