Renforcer le lobbying européen

Les Echos – 27 avril 2017 :

À l’heure du Brexit et du Trumpisme, l’Europe et ses banques doivent protéger leurs intérêts dans les discussions avec le Comité de Bâle.

Depuis presque 10 ans, après une des plus grosses crises financières mondiales, les réformes réglementaires se succèdent à un rythme effréné et semblent commencer à porter leurs fruits. D’un revers de main, Monsieur Trump pense tout balayer. À l’heure où le cadre réglementaire de demain s’écrit, l’Europe se trouve face à ses responsabilités et doit apprendre à défendre ses intérêts.

Depuis novembre 2011, le FSB, Financial Stability Board, livre chaque année la liste des grandes banques systémiques. Il s’agit des célèbres banques « too big to fail », trop grosses pour tomber. Autrement dit, la faillite d’une de ses banques mettrait à mal le système bancaire international, mais également l’économie mondiale. Suite à la chute de Lehman Brothers et preuve à l’appui que leur taille n’est pas un rempart contre la faillite, elles doivent en réalité être d’autant plus surveillées. Dans la dernière liste publiée en novembre 2016 par le FSB, sur les 30 banques systémiques, dix sont américaines, 13 européennes et 7 asiatiques. À eux deux, l’Europe et les États-Unis représentent trois quarts du risque systémique mondial.

Ce que mijote BNP Paribas avec Compte-Nickel, l’arme anti-Orange Bank

Les Echos – 25 avril 2017 :

En rachetant Compte-Nickel, BNP Paribas montre ses muscles quelques jours avant le lancement d’Orange Bank.

BNP Paribas et Compte-Nickel ont annoncé le 4 avril 2017 avoir signé un accord en vue du rachat par la Banque de la rue d’Antin de 95% de Financières des Paiements Électroniques, la société qui porte Compte-Nickel. Fintech très en vue, Compte-Nickel a su attirer plus d’un demi-million de clients depuis le lancement en février de son produit phare : le « compte sans banque ».

Si ce rachat est dans la continuité de l’intérêt des grandes banques pour de nouveaux entrants innovants – Fidor par BPCE ou encore Leetchi par Crédit Mutuel Arkea – il est surtout une amorce de la transformation de la banque de détail en France et le premier coup de canon dans la guerre que vont se livrer les grands acteurs d’aujourd’hui, mais surtout de demain, avec l’arrivée d’Orange Bank mi-mai.

On peut imaginer qu’avec cette acquisition, les dirigeants de « la banque d’un monde qui change » ont souhaité prendre de l’avance sur l’arrivée de l’opérateur télécom et font trois paris sur ce que sera la banque de demain : universelle, simple et innovante.

Un réseau de distribution élargi pour etoffer sa clientèle

En restant actionnaire aux côtés de la confédération des buralistes, BNP Paribas complète intelligemment son réseau de distribution et réinvente le réseau bancaire traditionnel.

Dans une période où les agences classiques connaissent une désaffection grandissante due à la poussée du digital et des « selfcare » qui permettent de réaliser des actions quotidiennes sans passer par son conseiller, les grandes institutions bancaires ont en tête de multiplier les points de contacts physiques tout en allégeant le coût de ces derniers.

Ce partenariat, potentiellement étendu à des segments de la clientèle BNP Paribas, pourrait permettre de rester présent dans des zones rurales, peu denses en population et en fréquentation d’agences, tout en continuant le plan de décroissance annoncée du réseau traditionnel.

En parallèle de cette évolution de la distribution, il est intéressant de constater qu’une banque rachète une fintech créée à l’origine pour des clients qui étaient hors du système bancaire de par leurs revenus ou leurs âges.

BNP Paribas, en complétant son offre et en captant des clients qu’elle ne pouvait adresser jusqu’alors, se positionne comme un acteur incontournable, universel par sa proposition d’être la banque de tous, pour tous les besoins, mais également pour tous les usages.

Des RIB vendus comme des « paquets de chewing-gum »

Car c’est bien le deuxième pilier de ce rachat. C’est la capacité d’une institution bancaire à intégrer en son sein de nouveaux usages plus en ligne avec les attentes de ses clients.

Basée à l’origine sur l’idée de « vendre des RIB comme des paquets de chewing-gum », Compte-Nickel apporte une rapidité dans l’ouverture d’un compte, une simplicité dans le processus et une continuité dans la relation client par le biais du digital et particulièrement du mobile.

En cela elle répond à la fois aux nouvelles attentes des clients existants, mais également à une « génération z » qui commence à se bancariser et approche les services financiers avec une vision consumériste et décomplexée.

À plus long terme, il est à parier qu’une utilisation fine de la data permettra à cette dernière d’avancer vers la vente de produits issus du réseau historique vers les clients de Compte-Nickel et qu’à l’inverse, elle deviendra capable de capter une partie des utilisateurs pour les rebasculer vers ses autres marques innovantes à l’instar d’Hello Bank en simplifiant toujours plus les usages associés.

Multiplier ses offres de services

Avec cette acquisition, plus que subissant un effet de mode, BNP Paribas réaffirme un alignement de sa communication et de sa stratégie en étant « la banque d’un monde qui change » et montre au marché sa conviction que l’innovation est au coeur du débat.

Trente ans après la création de l’Atelier BNP Paribas, outil de veille industriel, puis le lancement d’Hello Bank ou de Paylib, la mise en place du partenariat avec crédit.fr autour du crowdlending ou celui avec Carrefour dans le cadre du projet Wa !, la banque de la rue d’Antin multiplie les offensives innovantes lui permettant d’adresser tous les sujets financiers du marché.

En plaçant ses produits chez les buralistes, là où Orange sera dans ses boutiques, en s’adressant à toujours plus de segments de clientèle là où Orange a une base d’abonnés France de près de 25 millions de personnes, en simplifiant ses usages là où l’opérateur compte 20 millions d’utilisateurs africains d’Orange Money – sa solution de transfert d’argent – la banque de la rue d’Antin montre à celui qu’elle considère déjà comme un concurrent sérieux qu’elle saura faire évoluer son modèle et ses usages et rendre coup pour coup dans cette lutte dont peu de réseaux bancaires se remettront.

Par Julien Borderie directeur associé du cabinet VIATYS conseil

Place à la formation 3.0 !

Les Echos – 24 avril 2017 :

Se transformer, se moderniser, pour mieux innover aujourd’hui et demain, dans un environnement toujours plus concurrentiel : les évolutions qui résultent de ces changements dans l’entreprise impliquent une nécessité constante de réadapter les modes de développement des compétences.

La formation est ainsi plus que jamais concernée à travers la digitalisation de ses méthodes d’apprentissage, qui mettent les collaborateurs au coeur de leur propre parcours apprenants et en font les acteurs de leur montée en compétences.

La formation, du collaborateur au « collabor-acteur »

85 % des entreprises accordent une grande importance à l’apprentissage et au développement des salariés, celui-ci étant de plus en plus perçu comme un levier pour favoriser leur engagement.

Ainsi, les firmes tendent à développer de nouvelles manières de responsabiliser leurs équipes pour qu’elles prennent en main leur plan de développement personnel. Le principal changement concerne le passage de programmes d’apprentissage interne vers des plateformes innovantes d’auto-formation : has been, les sessions descendantes, au cours desquelles les formateurs faisaient défiler d’innombrables slides à leurs formés. Aujourd’hui, les organisations cherchent à rendre le collaborateur autonome dans la gestion de son parcours pour atteindre ses objectifs professionnels.

Le « descendant » laisse place au collaboratif

La formation doit accompagner les profondes mutations digitales que vivent les entreprises : restructurations, nouveaux métiers, nouveaux modes de travail…

Elle n’est plus un événement isolé, les firmes doivent mettre en place une architecture multimodale, alliant présentiel et distanciel, avec l’intégration d’activités digitales et d’ateliers de co-construction.

Grâce à l’évolution des technologies et des équipements, la connaissance est maintenant disponible partout et à tout moment. À ce titre, les approches collaboratives et participatives se développent, notamment avec le partage de bonnes pratiques sur les réseaux sociaux d’entreprise. Les activités liées à la formation sont aujourd’hui tournées vers l’alimentation de plateformes d’apprentissage en ligne où les formés peuvent facilement trouver les supports nécessaires à leurs besoins : vidéos, tutoriels, modules e-learning, etc.

La connaissance ne descend plus, elle circule.

On retient…

20 %
de ce qu’on lit

30 %
de ce qu’on entend

40 %
de ce qu’on voit

50 %
de ce qu’on dit

60 %
de ce qu’on fait

90 %
de ce qu’on voit, entend, dit et fait

Des outils digitaux pour fluidifier le parcours des apprenants

Le formé est donc plus que jamais placé au coeur du dispositif de formation. Il acquiert des savoirs via les nouvelles technologies et dispose de contenus beaucoup plus adaptés à ses besoins.
Les grandes universités américaines (Harvard, Stanford…) ont été les premières à révolutionner le rôle de l’enseignant en intégrant des pratiques digitales, via les MOOC (Massive Open Online Courses). Mi-2016, l’organisme français Abilways s’en est inspiré et a lancé un MOOC conçu spécialement pour smartphones, avec des quizz ludiques, des vidéos courtes d’experts et des partages entre formateurs et apprenants.

Un prérequis à l’intégration de ces nouvelles technologies : l’apprenant doit savoir naviguer entre les différents modes d’apprentissage et maîtriser l’utilisation des nouveaux outils – ce qui implique d’être autonome au milieu d’une masse d’information. Les organisations doivent donc accompagner les salariés dans cette démarche.

L’Hexagone à la traine…

Selon l’université américaine MIT, uniquement 29 % des sociétés internationales utilisent les outils digitaux, 45 % sont en pleine transformation digitale et 26 % n’en seraient qu’à leurs débuts. Les organisations se doivent donc de faire évoluer leurs méthodes d’apprentissage à travers leur transformation digitale si elles ne veulent pas être dépassées.

En France, sur les 100 plus grands groupes français, uniquement 3 peuvent être considérés comme leaders digitaux…un faible résultat ! Selon le baromètre Cegos 2016, les modules e-learning sont utilisés par 37 % des entreprises françaises contre 52 % au niveau européen et les classes virtuelles pratiquées dans 33 % des entreprises françaises contre 43 % en Europe.

Si nous voulons créer de la valeur et assurer un accroissement de notre performance, il est urgent, pour nos organisations, d’intégrer le digital pas seulement au sein des processus de formation, mais également dans notre fonctionnement, notre culture, nos stratégies pour ainsi assurer notre développement. D’après une étude du Cabinet Accenture*, la performance digitale du secteur des télécommunications en France, identifié comme le plus avancé, détient un score de 2,4 (sur 4) contre 3,6 pour l’Espagne, 3,4 pour l’Allemagne et 3 pour l’Italie et la Grande-Bretagne.

Vers de nouvelles perspectives : la ludo-pédagogie

Tester et valider ses connaissances par le jeu : voilà une pratique qui se développe de plus en plus au sein des dispositifs de formation, dans l’optique d’allier apprentissage et plaisir pour les populations formées.

Cette nouvelle approche favorise une démarche ludique pour les apprenants (simple jeu de plateau ou jeu high tech, notamment à travers des quizz interactifs conçus via des outils comme Kahoot ! ou Socrative) pour mieux appréhender les nouvelles notions et valider les connaissances. Les avantages des enseignements gamifiés sont triples : favoriser la cohésion et la motivation des équipes, optimiser leur montée en compétences et développer leur créativité.

Ces nouveaux types de supports permettent d’une part de mettre en pratique les enseignements de façon immédiate en amont de leur application au « terrain » et ainsi détecter les points de non-compétences afin d’agir avant que l’erreur ne se produise et d’autre part de générer de l’amélioration continue au sein des équipes.

À travers l’utilisation de ces mécanismes du jeu dans un objectif d’apprentissage, (se) former devient et deviendra un jeu d’enfant…

Par Sophie Bouskila consultante Senio du cabinet ADWAY

* Analyse de la performance digitale des 100 plus grandes entreprises françaises effectuée sur la base de 117 critères repartis en 4 principales dimensions : stratégie de transformation, expérience client, Développement & Production, Stratégie & Opérations.

BCBS 239, contraignant mais pas que…

Ces sept dernières années, les exigences des régulateurs ne font que s’accroitre (renforcement des exigences au niveau du capital et de la liquidité, évolution des normes comptables IFRS, exercices de stress test…) et les banques françaises n’ont pas d’autres choix que de s’adapter.

Les reportings, internes et à destination des régulateurs, sont également au cœur de nouveaux changements, leur nombre augmente ainsi que la granularité des informations demandées.

En 2014, la Banque centrale européenne a soumis les banques européennes à un exercice réglementaire de revue de la qualité des actifs (communément appelé AQR) pour dresser un bilan de santé.
Cet exercice a mis en exergue certaines faiblesses, notamment la capacité de fournir des données plus granulaires ou la robustesse de l’architecture informatique…

Tesla innovant ? Bouleversant ? Oui, tout comme ses concurrents…

Qu’il est étonnant de tant lire sur Tesla et l’innovation totale, Elon Musk le disrupteur ou la révolution du Model 3 ! Batterie encore améliorée, vitesse maximale encore accrue… Allons au-delà des nouveaux progrès annoncés cet été, prenons un peu de recul. Peut-être verrons-nous que l’histoire n’est pas si hors-norme… et que les autres acteurs du marché ont encore quelques coups à jouer.

Soyons honnêtes : oui, Tesla est innovant

L’image est belle, très belle. OVNI du paysage automobile, Tesla nous présente une vision fantasmée de la voiture : la science-fiction nous l’a montrée, Elon Musk nous l’apporte.

Une alternative aux sondages : les paris en ligne

La Tribune – 19 avril 2017 :

Plus une population connait la technique des sondages et se trouve exposée aux résultats, plus les résultats sont biaisés. Comment faire ?

Malgré leur robustesse historique, les sondages d’opinion pré-électoraux ont une grosse faille : les sondés ont leur libre arbitre, peuvent mentir, changer d’avis, tromper sur leurs votes passés. Les exemples récents au Royaume-Uni et aux États-Unis montrent qu’une proportion non négligeable de la population, soit n’est pas représentée dans les échantillons sondés et est donc difficile à redresser, soit change son intention vote au dernier moment en fonction de facteurs immédiats ou de façon volontaire (le fait même de baser les sondages sur des échantillons statistiques rend difficile de tracer les raisons d’un tel changement).

Quand football et Big Data font bon ménage

Les équipes de football disposent de plus en plus de données disponibles sur elles-mêmes et sur les équipes adverses. Les nouvelles technologies ont permis aux équipes de passer de quelques indicateurs par match à plusieurs centaines nécessitant l’intervention du Data Analyst pour l’exploitation des données à grande échelle.

Le football avant l’arrivée des nouvelles technologies mais ça c’était avant…

C’est au cours de la période d’entre-deux guerres que sont apparues les premières mesures de la performance dans le football. Au milieu des années 30, un anglais répondant au nom de Charles Reep est le premier à avoir récolté des statistiques pendant les matchs.

Pour se fournir en data, il s’équipe alors d’un carnet et d’un stylo, puis suit les matchs des tribunes. Il comptabilise le nombre de ballons touchés par joueur, le nombre de centres, de tirs, et la rumeur dit même qu’il comptait les foulées des joueurs pour estimer les distances parcourues.

Il lui faudra plusieurs années et l’analyse manuelle de 500 matchs pour mettre en lumière un nouveau système de jeu qui se diffusera dans le football britannique: le kick and rush.

En effet, Charles Reep constate lors de l’analyse de ces 500 matchs que 50% des buts marqués par une équipe proviennent de ballons récupérés dans la surface de réparation adverse, et que 90% des équipes perdent la balle après trois passes.

Jonathan Wilson, auteur d’une histoire de la tactique (Inverting the Pyramid) écrira au sujet de l’analyse de Charles Reep : « Son diagnostic, c’est que le football de possession est contre-productif. Il incite donc à sauter les phases de construction pour délivrer de longs ballons à destination des ailiers, restés positionnés très haut sur le terrain, collés à la ligne de touche. »

Mr Reep avait vu juste, l’analyse de la performance a toute sa place dans le football.

Plus récemment, au début des années 2000, l’entraineur du club de base-ball des Oakland Athletics avait lui aussi décidé de faire appels aux statistiques pour diriger son équipe qui souffrait d’un handicap financier important par rapport aux autres équipes du championnat. Grâce à un usage poussé des statistiques, le club a découvert des joueurs sous-évalués par le marché et a pu construire une équipe performante à moindre coût.

L’équipe réalisera une performance de haut niveau cette année-là, à tel que point que cette histoire fera l’objet du film Le Stratège (Moneyball en anglais) avec Brad Pitt dans le rôle du manager Billy Beane.
Heureusement, pour les amoureux du sport avides d’analyse, l’informatique et les nouvelles technologies ont décidé d’être de la partie.

De nouvelles analyses sont possibles aujourd’hui grâce au BIG DATA

Grâce aux avancées technologiques, les analystes et les sportifs ne disposent plus uniquement des nombres de ballons touchés ou des distances parcourues qui n’étaient pourtant pas simples à obtenir au siècle dernier. Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de récolter des données liées à la transpiration, aux rythmes cardiaque et respiratoire via des capteurs physiologiques miniaturisés. D’autres données, fournies par les capteurs intégrés aux protège-tibias des joueurs et les caméras, permettent de connaître les distances parcourues, les vitesses de course, et d’analyser les trajectoires ou encore la géométrie du jeu.

Le problème aujourd’hui n’est plus de savoir comment récolter ces données. C’est le cas de certains entraineurs comme Christian Gourcuff : « Aujourd’hui, on a trop de données, le tout est de savoir comment on les classe pour en tirer une signification. Sinon on fait n’importe quoi. »

Les équipes de football se sont retrouvées noyées dans cette masse d’informations et certaines d’entre elles comme l’équipe d’Allemagne qui a gagné la coupe du monde 2014, ou l’équipe anglaise de Leicester qui contre toute attente a remporté le dernier championnat d’Angleterre, ont été les précurseurs dans l’utilisation d’outils d’analyse de la performance dans le football.

Cette équipe de Leicester City exploite les données récoltées afin de faire de la modélisation prédictive. Ces modèles lui permettent d’obtenir de précieux indicateurs tels que le niveau de fatigue des joueurs ou le risque de blessure qui sont très importants dans la gestion de l’effectif.

En plus de pouvoir analyser d’importantes quantités d’informations, les logiciels Big Data permettent aux équipes d’obtenir ces analyses en temps réel, c’est-à-dire pendant que le match se joue.

Pour mieux comprendre la vitesse d’analyse de ces outils, nous pouvons regarder l’utilisation qui en est faite dans un sport demandant une très grande réactivité, la Formule 1.

Aujourd’hui, ces analyses donnent la possibilité aux pilotes d’effectuer une centaine d’ajustements subtils pendant la course leur permettant de gagner quelques importantes dixièmes de secondes à chaque tour.

Le data analyst, entraîneur de demain?

Du fait des bons résultats des équipes pratiquant l’analyse de la performance, de plus en plus d’équipes de football cherchent aujourd’hui à s’attacher les services d’un Data Analyst, voir de créer une cellule d’analystes.
En effet, comme nous l’avons vu avec l’exemple de la Formule 1, la puissance de calcul des outils Big Data permet à l’analyste de faire des suggestions à l’entraîneur pendant le match. De véritables outils d’aide à la décision.

Tous les clubs de football seront bientôt envahis par les data analyst qui devront se contenter d’assister l’entraineur dans sa prise de décision. Le football ne connaîtra jamais d’entraîneur « électronique » pour la simple raison que le sport est pratiqué par l’humain, et que celui-ci a une part d’imprévisible.

Le duo entraîneur / data analyst doit être le juste équilibre entre subjectivité et objectivité, entre l’intuition d’un entraîneur expert en football et un data analyst qui saura faire parler les statistiques pour optimiser le jeu de l’équipe.

Par Saïd El Ghouizy consultant Senior du cabinet ADWAY

Le trigger marketing est-il en perte de vitesse ?

« Bienvenue », « Qu’avez-vous pensé de votre dernier achat ? » ou encore « Une surprise pour votre anniversaire ! » : une impression de déjà vu ?

Le trigger marketing, le concept ne vous est peut-être pas familier, pourtant il est devenu incontournable pour les entreprises depuis une dizaine d’années. En tant que client, nous y faisons face au quotidien. Le trigger désigne la mise en place d’actions marketing automatisées (mailing, emailing, SMS) à la suite d’une action spécifique déclenchée par un client ou un prospect.

Depuis l’adoption du digital, on voit s’imposer la notion d’inbound marketing. Cette dernière mise sur un contenu de qualité adressé à différents publics par le biais de différents canaux de communication (mails, mobiles, réseaux sociaux). Dans cette logique, le trigger marketing permet d’orchestrer les messages, de les planifier, mais aussi de les personnaliser en fonction des spécificités des clients. Une pratique bien intégrée par les entreprises et devenue essentielle dans leur stratégie marketing.

Quels intérêts pour les entreprises ? L’avantage premier est de maintenir une relation étroite et régulière avec sa base clients. D’autre part, il permet de renforcer la pertinence de ses communications. Et d’un point de vue plus opérationnel, il assure un gain de temps considérable dans la gestion quotidienne des actions marketing. Enfin, autre intérêt et non des moindres, qui résulte de ceux précédemment cités, est indéniablement l’accroissement du chiffre d’affaires. Une étude du cabinet Focus Research estime ainsi que 75% des entreprises le pratiquant obtiennent un retour sur investissement en 12 mois.

Le trigger marketing affine et enrichit la connaissance client durant tout son cycle de vie. Il intervient principalement par le biais d’emailing, les adresses email étant plus faciles à recueillir et la solution moins coûteuse. Les marques ne perdent pas une occasion de « chouchouter » leurs contacts pour s’imposer dans la course à la transformation des prospects et garantir la fidélisation des clients :

– L’échauffement : l’email de bienvenue
Premier point de contact établi avec le prospect et de loin le plus important. Véritable moment clé de l’engagement du dialogue avec le nouvel abonné qui effectue sa première inscription à une newsletter ou un webinar (conférences en ligne), il convient de capitaliser sur cette première relation, qui plus est, à son initiative.

– Le coup d’envoi : l’email de prospection
L’objectif est de l’inciter à passer à l’action. Rien de tel qu’une offre promotionnelle pour l’attirer et bâtir ensuite une relation durable.

– Le maintien de vitesse : l’email de fidélisation
L’analyse de son comportement et les informations personnalisées recueillies au préalable : intérêts produits, pages web consultées, date d’anniversaire, … sont des données riches, à réutiliser à bon escient pour renforcer le lien avec le client.

– L’abandon : l’email souvenir
On a tendance à les oublier, pourtant les inactifs gardent toute leur importance. Il est primordial de les faire réagir de nouveau, à l’occasion des soldes, d’un événement particulier ou par le biais d’une promotion unique. Tous les moyens sont bons pour les reconquérir.

Une bonne connaissance client, une stratégie bien définie, de l’imagination et une juste dose d’automatisation, telle est la recette du succès du trigger marketing. Mais cela suffit-il pour se démarquer ? Victime de son succès auprès des marques, a-t-il un avenir auprès des consommateurs, sur-sollicités par des concurrents proposant les mêmes offres ?

Longtemps le marketing s’est contenté d’analyser les comportements de consommateurs a posteriori. Avec l’essor du big data, nous faisons face à un flux de données quotidien toujours plus volumineux. Ces données brutes issues essentiellement de l’on-line (navigation, cookies, sites, réseaux sociaux…), alimentées en continu et en temps réel, sont une véritable mine d’or.

Avec cette vision à 360° du consommateur, une dimension nouvelle est née : le marketing prédicitif. Anticiper les désirs des consommateurs, une aubaine enfin à la portée des marketeurs, qui bouleverse les façons de faire. On ne se base plus sur de l’intuition mais bel et bien sur de la prévision. Une de ces retombées consiste à passer d’un marketing ultra réactif à un marketing en temps réel puis à un marketing prédictif.

Mais comment cela se matérialise ? En faisant parler la donnée, qui en dit long sur nos désirs. Une fois collectée, l’enjeu est de l’enrichir en modélisant des algorithmes pour en définir des profils clients type, qui viendront nourrir les campagnes marketing avec des ciblages beaucoup plus fins.

Certaines entreprises comme SFR ont déjà tenté l’expérience. En effet, l’opérateur a mis au point un modèle prédictif lui permettant de suivre ses abonnés en voie de résiliation. Il étudie leur activité sur les pages web consultées ou encore les mots clés utilisés dans les moteurs de recherche. Par cette démarche, SFR arrive à identifier 81% des clients qui envisagent de partir. Le service client se charge ensuite de les contacter pour les convaincre de rester, ce qu’il arrive à faire dans 75% des cas.

D’autres démarches d’analyses prédictives se généralisent pour certaines enseignes. L’étude des comportements d’achat sur un segment donné peut apporter des éléments intéressants pour prévoir des comportements sur un segment parfois totalement différent. Une offre pour une télévision ne sera plus uniquement adressée à ceux ayant manifesté un intérêt sur le segment mais aussi à ceux pour lesquels on aura décelé une intention de déménagement (achat d’un canapé, d’une table ou même d’une perceuse).

Alors que le trigger semblait en perte de vitesse, le prédictif vient l’alimenter et lui donner un second souffle, lui prédisant de belles années encore.

Selon Infogroup, 62 % des marketeurs investissent déjà dans des solutions de marketing de données, et 26 % comptent le faire dans les deux prochaines années.

Mais encore faut-il avoir les compétences nécessaires pour maîtriser le marketing prédictif. Data Scientist et Chief Data Officer, de nouveaux métiers naissants, spécialistes de la donnée qui ont bien des obstacles à surmonter pour tenir leurs promesses : complexification continue des algorithmes induit par toujours plus de données, il est primordial de conserver l’assentiment des clients pour ne pas être perçu comme intrusifs…

Par Léa Pereira Consultante Senior du cabinet ADWAY