Les Echos – 21 avril 2017 :

La quête de la grandeur perdue (#MAGA). Annonce d’une politique de grands travaux, retour à un capitalisme fossile, dérégulation des activités financières…

Au vu des discours de Donald Trump, la grandeur américaine remonterait aux années 1950’s ou 1960’s. À cette époque, l’American Dream faisait toujours « rêver » et l’American way of life s’exportait plus que bien. À moins que Trump ne leur préfère les années 1980’s, période qui vit élire Reagan, figure admirée de l’actuel président américain, et où Wall Street semblait à son paroxysme.

En se concentrant sur le retour à cette grandeur soi-disant perdue (son ex-concurrente dans la course à la Maison-Blanche n’était pas de cet avis), Donald Trump semble avoir toutefois « oublié » quelques points non négligeables.

Au sein des États-Unis, c’est l’image même du self-made man – made in America – qui s’est ternie. Alors que l’American Dream vantait la réussite permise à n’importe quel citoyen déterminé et travailleur (non contraint par une quelconque loi fédérale, qui, par nature, serait nécessairement restrictive aux libertés individuelles), aujourd’hui, 90 % des Américains se partagent moins d’un quart des richesses de leur pays. Dans ses discours de campagne électorale, Donald Trump semblait ne pas oublier ces classes populaires qui n’avaient pas ou peu profité des périodes fastes pré-2008, mais qui avaient souffert du revirement de situation économique post-crise financière.

Aujourd’hui, les États-Unis sont ce pays développé où des milliers de personnes font la queue dans des gymnases, reconvertis à l’occasion, en vue de bénéficier de soins dentaires, ophtalmologiques… faute d’assurance santé. Pourtant, une des premières décisions de l’actuel président américain fut de signer un décret allant à l’encontre de l’Obamacare, mesure prise par le précédent gouvernement et visant à faciliter l’accès à une assurance maladie pour tout citoyen américain. Les enjeux sociaux des États-Unis ont d’autant plus changé que les inégalités de revenu et de richesse sont allées en s’accroissant depuis la fin des années 1970. Ce contexte social s’inscrit dans un nouvel environnement où les aspects économiques, géopolitiques, financiers et écologiques ont profondément changé.

Le choix d’une politique isolationniste ayant pour but de redonner aux États-Unis leur grandeur d’antan, sans s’inscrire dans un schéma global, semble aujourd’hui peu réaliste. Même aux temps affectionnés par Donald Trump, les gouvernements des États-Unis affichaient leur volonté d’être influents, et donc présents dans le reste du monde tant sur le plan économique que politique, comme peuvent en témoigner Coca-Cola et McDonald’s. Depuis 1971, la balance commerciale des États-Unis n’est plus excédentaire. M. Trump peut défier la Chine et le Mexique (classés respectivement premier et troisième des pays fournisseurs des États-Unis), que ce soit en critiquant la politique militaire et des changes pour l’un, en promettant la construction d’un mur et en dénonçant l’ALENA pour l’autre.

Le fait est que les États-Unis n’ont pas la capacité de vivre en autarcie. Qui plus est, en défendant une politique protectionniste et en se séparant de ses principaux partenaires, il est fort probable que les exportations américaines se retrouvent, elles-mêmes, mises à mal. Sur le plan militaire, Donald Trump peut bien critiquer l’OTAN. Cette organisation a clairement participé à faire des États-Unis un « ami » incontournable du monde occidental. En déclarant vouloir surpasser tous les pays détenteurs de l’arme nucléaire, M. Trump craignait-il de devoir se préparer à un nouvel ordre mondial ?

Les États-Unis furent le pays symbole d’un secteur financier en plein délire. Le réveil fut douloureux après chaque crise – surtout après la dernière -, qu’à cela ne tienne, l’expérience était trop bonne (pour les initiés uniquement). Remettre ça en cassant la régulation, telle serait la solution. En affichant sa volonté de démanteler le Dodd-Frank Act, présenté comme un frein à la croissance américaine, Donald Trump chercherait à défendre les intérêts de sa nation. Peu importe que la réglementation ait pour objectif de promouvoir la stabilité financière, de protéger le consommateur ou encore d’éviter le recours au contribuable pour renflouer le secteur financier.

Sur le plan écologique, Donald Trump peut bien faire fi des enjeux décriés par la communauté scientifique. Du temps où les États-Unis étaient au sommet de leur grandeur, les questions environnementales ne préoccupaient pas l’opinion publique. Feindre d’en ignorer les conséquences, être climatosceptique pour ne pas reconnaitre qu’une partie des actifs immobiliers détenus par l’Empire Trump, en Floride particulièrement, risquerait de se trouver noyée (au sens propre comme au sens figuré) par une probable montée des eaux, semble judicieux : une partie de sa fortune pourrait voler en éclat. L’apparition d’une bulle relative à des actifs financiers liés à des biens immobiliers survalorisés résonne comme un refrain trop connu.

Depuis la seconde moitié du 19e siècle, la globalisation s’est accentuée : les échanges commerciaux, mais aussi les enjeux économiques sont devenus internationaux. Les problèmes écologiques ne s’arrêtent pas aux frontières, de même que les crises financières et conséquences des conflits géopolitiques. Si le but des politiques de Donald Trump est de rendre aux États-Unis leur grandeur, cet objectif fait référence à une période passée (à supposer que cet Eldorado ait un jour existé). De ce fait, comment appliquer des politiques tirées d’un schéma obsolète ?

Sur certains aspects, les choix de Donald Trump semblent toutefois rompre avec l’ambition d’un retour dans le passé. En effet, pour ce qui est d’entretenir un nouveau climat de relation avec la Russie (ancien pays ennemi des États-Unis), de critiquer les médias, de choquer et inquiéter ses pays voisins et alliés, Trump qui, en voyant sa cote d’opinion négative devenir majoritaire au bout de 8 jours seulement passés en tant que président a réussi à battre un nouveau record (Le Monde 14/02/2017) – semble bien décider à aller de l’avant.

Par Juliette Guerin consultante en risque management du cabinet VERTUO Conseil 

Source : http://www.lemonde.fr/international/article/2017/02/14/les-debuts-difficiles-de-donald-trump-dans-l-opinion-publique_5079618_3210.html

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