Les Echos – 12 mai 2017 :

Depuis la crise de 2009, pour faire face à leur coût du risque qui a fortement augmenté, les banques recherchent de nouveaux leviers et rationalisent au maximum leur activité.

Avec 2 desseins, diminuer les charges et répondre aux exigences réglementaires. Ainsi, ces dernières années, les programmes d’efficacité opérationnelle se sont succédé, et les coupes budgétaires aussi. Mais est-ce vraiment la trajectoire qui permettra aux banques de trouver ce nouveau relai de croissance ? Il semble que tout au plus (et ce n’est pas rien), cela renforce le sentiment de fiabilité de ces colosses au pied d’argile.

Mais les bouleversements de cet équilibre « mou » viennent aujourd’hui de chocs politiques. La sortie du Royaume-Uni de l’UE ainsi que le rejet de la classe politique traditionnelle américaine, matérialisée par l’élection de président Trump, sont des événements qui relancent la donne. Ce new deal imposé par les votes britanniques et américains, malgré les désastres sociaux et économiques annoncés par les chroniqueurs, vont impulser de nouveaux équilibres et de nouvelles opportunités.

Malgré la grogne populaire qui a suivi ces événements, les marchés restent dans l’expectative et suivent pas à pas les évolutions et les négociations du Royaume-Uni et de l’UE tout comme les désignations et amendements proposés aux USA. Si les bourses US et britanniques ne se sont pas effondrées, c’est que les enjeux sont énormes et que les investisseurs attendent la matérialisation des risques anticipés. En espérant que le populisme ne contamine pas la sphère économique, où les actuels dirigeants anglais et les institutions américaines (FED ou congrès) sont connus pour leur pragmatisme.

Il y a un objectif commun derrière ces mouvements électoraux, créer un environnement compétitif favorable aux entreprises et employés de ces pays. Aux oubliettes le modèle globalisant anglo-saxon, fini le dogme du marché unique et du « ensemble, on sera plus fort ». Les espaces de libres échanges se réduisent. Retour de l’interventionnisme et des barrières fiscales… Voici pêle-mêle les messages reçus et les sources d’angoisses identifiées.

Les ruptures annoncées par le nouveau président américain et madame le Premier ministre anglais sonnaient assurément comme un défi à la raison. Mais paradoxalement, mêlées à du pragmatisme, cela représente surtout une opportunité de changement de cadre concurrentiel. Car qui peut croire que les USA et la Grande-Bretagne vont d’un coup s’isoler du monde ?

La redéfinition des règles de protectionnisme de ces 2 intervenants majeurs des économies occidentales sera une source d’asymétries supplémentaires et par voie de conséquences d’arbitrages de places.

Pour exemple, les anticipations de reflux des activités financières sur Londres et leur report vers d’autres places majeures. Cette perspective permet de redistribuer des cartes : changement de fiscalités et règles de circulation des capitaux, lieu de domiciliation, politique de distribution de dividendes…

Les réformes potentielles peuvent redynamiser le rendement des BFI. Car sans augmenter le volume des transactions la concurrence qui pourra s’exercer entre les différentes places boursières devrait permettre aux établissements de dégager, à minima, des marges plus significatives.

En outre, la remise en cause de certaines réglementations (par exemple : Dodd Frank, voire MIFID) va peut-être permettre d’assouplir le cadre réglementaire global. Pour un principe de concurrence équitable, il ne serait pas acceptable que le cadre réglementaire des établissements de l’UE soit plus rigide que pour leurs concurrents américains et britanniques. Un assouplissement qui pourrait être appuyé par les états européens, car si les capitaux ne circulent pas sur les places européennes, la croissance de la zone sera en danger.

Dans cet espace en déséquilibre, le pragmatisme reste le principal rempart au chaos. Au-delà des incertitudes citées plus tôt, d’autres menaces s’annoncent. Après le rejet des élites américaines et anglaises arrive la crainte du réflexe nationaliste. En effet, les mouvements euro-sceptiques, remettant en cause la capacité de la zone euro notamment à relancer la croissance, à mener une politique de sécurité commune, à respecter le sentiment d’autonomie des états membres, sont de plus en plus forts à l’aube des scrutins en France et en Allemagne. Un point sépare toutefois ces démarches des logiques anglo-saxonnes, un manque de pragmatisme lié à une doctrine du repli sur soi.

Si les investisseurs demeurent aujourd’hui dans une certaine expectative concernant l’Angleterre et les USA, il y a fort à parier qu’en cas de votes majoritairement contestataires lors des présidentielles française et allemande, un mouvement de panique et de rejet verra le jour. Le Royaume-Uni est sorti d’une zone d’intérêts économiques, mais il a conservé son autonomie monétaire. De même, les États-Unis, avec leurs institutions fortes pourront certainement conserver un cap économique cohérent.

Mais qu’en serait-il d’une zone euro qui devrait composer sans ses leaders français et allemands ? Et que deviendrait la France, avec son franc non adossé sur une zone d’intérêts commune ? Comment serait perçue cette situation inédite depuis la Seconde Guerre mondiale ? Quoi qu’il en soit, il s’agirait d’une entrée violente dans une nouvelle ère.

Par Lionel Lafontaine consultant senior du cabinet VERTUO conseil

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