L’innovation n’est pas toujours celle que l’on croit. Alors qu’Elon Musk, la superstar mégalo qui prétend révolutionner le secteur automobile, peine à masquer sous une communication extravagante les déconvenues (au premier rang desquelles figurent la sécurité et la qualité) que rencontre tout constructeur cherchant à grossir vite, des innovations majeures et à moindre coût en provenance de la vieille Europe pourraient faire taire les cassandres du bon vieux moteur thermique.

Innovant, Tesla l’est sûrement, et dans plusieurs domaines, depuis la conception des châssis et des habitacles jusqu’à ses techniques de commercialisation ou encore sa contribution sur le développement du réseau de bornes de recharges. Mais ses concurrents ne se tournent pas les pouces. En particulier l’industrie du vieux continent qui ne souhaite pas rater le prochain virage énergétique.

Parmi eux, des constructeurs, des équipementiers et des chercheurs. Volkswagen, en quête de vertu depuis un an, finance un projet d’électrification de ses gammes à hauteur de 3,5Md€ et emboîte ainsi le pas à l’Alliance Renault-Nissan qui se veut être le leader du marché du véhicule électrique à l’aube de la prochaine décennie, notamment en le rendant plus accessible avec un projet de véhicule low-cost destinés aux marchés asiatiques.

Sous ce déluge d’annonces vertes, les esprits cyniques ne manqueront pas, à raison, de s’interroger sur la viabilité économique et environnementale de l’électricité. A l’heure où l’extraction de lithium interpelle sur les coûts écologiques et amène à relativiser le génie de la gigafactory Tesla, censé devenir en 2017 le plus grand centre de production de batteries au monde et ainsi un levier de réduction des coûts, il semblerait que le moteur à combustion ait encore de beaux jours devant lui.

Car ses progrès en termes de rendement ne sont pas encore terminés, comme en témoigne la dernière innovation de la société FreeValve AB issue d’un partenariat international porté par Koenigsegg. L’idée : supprimer les arbres à came séculaires par un système pneumatique bien plus flexible et efficace. Avec à la clef des gains estimés jusqu’à 10% en poids et 40% en rendement, donc en performance, en sobriété et en maîtrise des émissions polluantes.

D’ailleurs Christian von Koenigsegg n’en était à pas son coup d’essai côté progrès technique : il avait démontré sur ses voitures ultra-élitistes qu’utiliser le carburant E85 permettait d’optimiser le fonctionnement de ses moteurs pour encore plus de rendement. Problème : l’E85 actuel est souvent « mal » produit. Alors que ce carburant aurait pu permettre de relancer certaines filières agricoles et entrer dans un cercle vertueux de diversification, il est en général extrapolé à partir de produits issus de l’agriculture alimentaire (maïs), entraînant avec lui une spéculation sur les cours et un renchérissement de ressources vitales pour les pays émergents.

D’où l’idée de plancher sur la nouvelle génération de biocarburants. Et cette fois c’est de France que pourrait venir la solution, plus que jamais fidèle à sa culture du « on n’a pas de pétrole mais on a des idées ». Plusieurs équipes de chercheurs sont parvenues à exploiter les propriétés de certaines algues pour en extrapoler des carburants au rendement énergétique bien supérieur à celui du traditionnel sans-plomb. Non fossile, disponible en quantité quasi-infinie, aisé à synthétiser, plus calorifique que les standards actuels, directement utilisable dans les moteurs actuels, cette solution semblerait ne proposer que des avantages sur le papier. Au point que plusieurs PME se sont lancées dans sa culture : elles seraient aujourd’hui près d’une centaine en France à tenter leur chance dans cette filière. Il ne reste plus qu’à espérer qu’un grand groupe de la filière pétrolière intègre cette solution pour lever la barrière du réseau de distribution, qui demeure aujourd’hui le principal frein à l’expansion des nouveaux modes de propulsion (électrique, hydrogène, etc.). D’autant plus que le timing politique semble parfait : Bruxelles vient d’annoncer une réflexion sur la composition de l’E10 qui viserait à limiter la part du bioéthanol issus de cultures céréalières ou de betteraves.

Car tant que l’électricité ne sera pas massivement issue d’une source renouvelable et bridée en termes d’infrastructures, elle restera une forme de mirage écologique qui ne doit pas faire oublier les solutions de bon sens qui s’offrent sous nos yeux. Encore faut-il que les bonnes personnes en saisissent l’enjeu et se portent sponsor de ce projet. Un vrai sujet écolo pour la campagne 2017 ?

Par Adrien Aubert, Senior Manager du cabinet VERTUO conseil

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