Eric Hunsader est un justicier des temps modernes : il passe son temps à traquer les cas de malversations sur les marchés financiers. Son ennemi préféré? Le trading haute fréquence (THF). En mars 2016, il s’est vu récompensé à auteur de 750 000$ par la SEC pour avoir mis en lumière un cas de fraude sur le New York Stock Exchange.

Comment en est-on arrivé à une situation où les autorités réglementaires ont besoins de lanceurs d’alerte comme Eric Hunsader ?

Depuis les années 2000, la multiplication des bourses et des plateformes de trading ainsi que le passage à un système de cotation décimalisée ont rendus les marchés financiers rapides et efficients. Revers de la médaille, les transactions sont devenues plus opaques et de nouveaux prédateurs attirés par l’appât du gain sont alors apparus: les firmes de trading haute fréquence.

Derrière ce terme se cache une technique où l’informatique et les algorithmes sont rois. Des serveurs surpuissants passent des milliers d’ordres en quelques millisecondes dans le but de profiter de la moindre anomalie de marché en un temps record. L’achat et la revente des titres se font en une fraction de seconde pour un gain réalisé souvent minime, mais qui, multiplié par le nombre d’opérations, devient très rentable.

L’arrivée de ces nouveaux acteurs a bouleversé les marchés. Lorsqu’un trader classique détient un portefeuille basé sur ses propres analyses; le THF lui, ne se préoccupe pas de savoir dans quoi il investit.

Le problème est, qu’aujourd’hui, cette technique se répand puisqu’elle représente plus de deux tiers du volume de transactions des marchés actions US et un tiers du volume de transactions échangées en France. Alors lorsqu’un de ces robots vient à dysfonctionner il peut vite semer la panique. L’exemple le plus marquant est celui du 6 mai 2010 où le Dow Jones plongea de 1 000 points – soit près de 10% – en moins de 20 minutes, avant de revenir à son cour normal. Un évènement qui pose la question de la gestion des risques engendrée par ces nouvelles technologies.

Sont-ils aujourd’hui bien encadrés par les autorités compétentes ?

Alors que les sociétés de THF parlent aujourd’hui de breveter des algorithmes, que d’autres estiment qu’un ordre d’achat/vente passé en 13 millisecondes n’est pas assez rapide (rappelons qu’un clignement d’œil dure 150 millisecondes), ou bien encore que l’on entreprenne déjà le passage de l’information par faisceaux lasers, les régulateurs eux restent passifs. On voit alors clairement deux mondes s’opposer : la lenteur législative face à des marchés financiers en constante évolution.

Il semblerait que les instances directives aient du mal à opérer une distinction entre régulation (fait de contrôler un système existant stable) et règlementation (fait d’encadrer un système par des lois), et ne souhaitent pas aller réellement à l’encontre du Trading Haute Fréquence.

L’exemple du projet du Loi de Finance 2017 rediscuté en chambre par les députés le 21 octobre dernier est un exemple flagrant : peut-on réellement penser qu’un régulateur souhaite réprimander le THF, alors que ce même régulateur élargit l’assiette de la Taxe sur les Transactions Financières aux opérations de trading haute fréquence et intra-journalières, afin d’affecter ces ressources nouvelles au budget 2017…

Et si les régulateurs ne prenaient pas le problème à sa source ?

La régulation de ces nouveaux acteurs de marché passe donc par une bonne compréhension de cet environnement complexe et peu accessible. Les instances régulatrices se doivent par conséquent de mettre en place de nouvelles méthodes afin de contrôler et réguler cette activité si sophistiquée.

D’autres solutions pourraient être envisagées par les régulateurs, comme:

– Un encadrement des sociétés de THF en imposant aux développeurs d’effectuer des tests sur leurs outils. En effet, eux seuls sont à même de comprendre et de détecter les potentielles anomalies du programme créé. A titre d’exemple, un rapport détaillé pourrait être demandé auprès de la société de THF mentionnant les risques et les corrections d’anomalies effectuées sur un algorithme durant une période donnée.

– Des contrôles périodiques sur la chaine de traitement de l’algorithme THF (création, évolution et surveillance) permettant ainsi d’éviter les situations d’autogestion, notamment dans les banques.

Dans cette volonté de trouver des solutions pour encadrer le THF, la directive européenne MIFID 2 et ses évolutions sont sur le point d’être mises en œuvre pour 2017. Le texte prévoit notamment des dispositions concrètes comme le gel instantané des marchés électroniques en cas d’emballement d’un algorithme de trading ou la divulgation systématique des informations liées aux codes source de celui-ci.

Malgré cela, les évolutions de cette directive demeurent lentes et complexes à implémenter. Dans le cas de MIFID 2, la France a élargi la définition du Trading à Haute Fréquence, qui repousse l’échéance de mise en application de ces nouvelles dispositions. De plus, MIFID 2 ne règle pas le problème du lobbying financier orchestré par les grands utilisateurs du THF tels que les banques, qui feront sans nul doute pression sur les instances régulatrices pour divulguer le moins d’informations possibles.

Entre projets de loi et conflits d’intérêts, le Trading Haute Fréquence est, et restera, un sujet sensible pour le monde de la finance et difficile à encadrer par les régulateurs. Apparaissent alors des solutions alternatives comme le ralentissement des ordres, déjà mis en place en août dernier lors de l’inauguration de la plateforme boursière IEX (Investors Exchange) qui bannit le THF ; ou encore des solutions palliatives comme le trading en temps discret, technique étudiée de près par les acteurs du marché…

Par Steven Cousin, Alexandre Gehin et Marie Guigout consultants du cabinet VERTUO conseil

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