De la sous-traitance à l’outsourcing : plus qu’une évolution sémantique

Sous-traitance, externalisation ou encore outsourcing, plusieurs termes sont communément utilisés afin de décrire le transfert d’une activité à une entreprise tierce pour les 61% des entreprises françaises y ayant recours (données Insee 2014). Or l’emploi de plus en plus fréquent au terme outsourcing n’est pas une simple évolution sémantique portée par les anglicismes de la novlangue managériale. Il représente au contraire une véritable évolution des pratiques de sous-traitance, et au-delà des bénéfices attendus de cette démarche.

DE NOMBREUX FACTEURS D’ÉCHEC

Jusqu’alors, les stratégies d’externalisation des grandes entreprises françaises ont le plus souvent ressemblé au flux et au reflux des marées, conditionnées par l’enthousiasme généré par les économies réalisées et les revers essuyés suite à une sous-traitance non-maîtrisée.

Car les écueils sont nombreux s’agissant de mener à bien une externalisation. Elle entraîne un changement dans les habitudes, la culture d’entreprise et la méthode de travail qui peuvent être difficiles à absorber par certaines organisations. Elle induit une perte des compétences sur l’activité sous-traitée, qui complique un éventuel retour en arrière en cas d’échec. Mais surtout, elle comporte une perte de visibilité et de maîtrise : la distance complexifie la logistique et allonge les délais, quand la langue et les différences culturelles peuvent générer des incompréhensions et complexifier les échanges.

En effet, les difficultés se multiplient d’autant lors d’une sous-traitance à l’étranger. À une période où la production locale est érigée en étendard de la responsabilité sociétale des entreprises (sauvegarde de l’emploi, production locale…), et où les coûts de transport notamment maritime, ont grandement augmenté, les entreprises font moins facilement le choix de la sous-traitance. On pense notamment à l’entreprise Nike qui a profondément modifié sa politique suite aux critiques éthiques dont elle a été l’objet après avoir laissé une grande latitude à ses sous-traitants sur les conditions de travail appliquées à leur personnel (Nike face à la controverse éthique relative à ses sous-traitants, par Nacer Gasmi et Gilles Grolleau, 2005). L’entreprise Apple aussi avait été vivement critiquée à la suite des révélations sur le travail des enfants dans les ateliers de son sous-traitant taïwanais Foxconn. La sous-traitance, principalement à l’étranger, a cela de particulier qu’elle touche à des problématiques sociétales plus large que les simples considérations organisationnelles.

Les difficultés liées à une sous-traitance sont souvent sous-estimées par le donneur d’ordre : distance, barrière de la langue, capacité à intégrer les concepts et les spécificités de chaque pays, mauvaise prévision de la réduction des coûts, délais allongé de transfert de compétences, limitations légales de transfert des informations… En 2011 déjà, la stratégie d’externalisation des activités informatiques de la SNCF auprès d’IBM avait été un échec. Le contrat liant les deux organisations avait été rompu suite à une surestimation de l’économie potentielle et de profondes divergences sur les méthodes de travail.

VERS UNE PRESTATION PLUS QUALITATIVE

Ainsi, la recherche d’économie et l’externalisation d’activités sans valeur ajoutée restent des motifs importants de sous-traitance. Mais parallèlement à l’essor des pratiques Agile, du télétravail ou du « flex office » pour modifier l’organisation interne, les environnements externes des entreprises suivent à leur tour la tendance de la flexibilité organisationnelle et du travail collaboratif, l’outsourcing passant d’une logique de fourniture de service à la rencontre de deux équipes aux spécialités complémentaires.

Il suffit de se pencher sur la nature des fonctions faisant l’objet d’une sous-traitance. Au-delà des fonctions non-créatrices de valeur, on observe désormais le recours à des prestations externes sur des postes clés de la chaîne de valeur du donneur d’ordre.

La sous-traitance permet de disposer de talents nécessaires aux environnements complexes de l’organisation, avec une flexibilité parfois indispensable. On pense ici notamment aux recours à des prestations externes par les établissements bancaires pour appliquer les règlementations imposées par les superviseurs nationaux (ACPR) et européens (EBA, BCE…). Les compétences liées à l’application de ces normes demandent une expertise poussée, et de nombreux établissements font le choix de ne pas la développer en interne, ce qui serait coûteux en temps et en ressources et non-pertinent sur le long terme. L’évolution rapide des réglementations nécessite de plus une mise à niveau régulière de ces compétences, plus facile à appliquer en ayant recours à l’externalisation qu’en les maintenant en interne par la formation continue des équipes.

UNE EVOLUTION DE LA RELATION

Le prestataire étant par nature davantage spécialisé dans l’activité sous-traitée que le donneur d’ordres, ce dernier attend de pouvoir se reposer sur cette expertise. Dans la relation contractuelle, des notions telles que le devoir de conseil, ou encore la veille technologique et concurrentielle sont aujourd’hui incontournables. Ces notions étaient jusqu’alors des domaines réservés à d’autres partenaires commerciaux comme les cabinets de conseil, mais aujourd’hui la compétitivité seule n’est plus un argument suffisant pour les sous-traitants, dans un secteur chaque année plus concurrentiel.

Loin d’être de simples bonus permettant de remporter un contrat, ils permettent de sécuriser l’activité autour d’une démarche vertueuse « gagnant-gagnant » qui sera le ciment de la pérennité de la relation. Le sous-traitant devient alors force de proposition pour faire perdre au terme « donneur d’ordre » une partie de sa signification.

Dans le cas de l’échec IBM-SNCF, les deux parties ont reconnu que le contrat initialement signé n’avait pas pu être appliqué en l’état et que le volume d’activité prévisionnel avait été surestimé. Une expertise désormais attendue d’un sous-traitant est sa capacité à accompagner efficacement le donneur d’ordre dans l’analyse de son activité à sous-traiter et ainsi coconstruire un contrat prenant en compte au mieux le contexte de l’activité afin de fluidifier la relation.

Le cadrage contractuel est en effet primordial, puisqu’il permet de mettre en place un esprit collaboratif, permettant de trouver des solutions innovantes en se détachant de la simple fourniture de service standardisée. Et c’est sans doute dans cette étape que se trouve la solution aux problématiques rencontrées : un cadrage précis de la relation, allant d’une sélection pertinente des partenaires à l’analyse précise des coûts et impacts.

Ainsi, on ne peut que conseiller aux entreprises souhaitant participer à cette évolution de la sous-traitance vers une recherche de plus de valeur ajoutée, de ne pas négliger la phase de préparation de cette externalisation. Ce qui leur permettra d’éviter la majorité des écueils si elle est menée avec efficacité.

Par Benjamin Lageat, consultant Senior du cabinet ADWAY

Quelle retraite pour les salariés français travaillant en Europe ?

Les Echos – 17 juillet 2017 :

La mobilité professionnelle participe à la dynamique du marché de l’emploi européen. Revue de détail de ce qu’il advient de la retraite d’un salarié français dans un contexte de mobilité européenne.

Aujourd’hui, l’Europe compte environ 4 personnes actives (16-62 ans) pour chaque personne âgée de plus de 63 ans . D’ici 2060, 2 employés actifs cotiseraient pour chaque personne retraitée. Ce changement démographique constitue un obstacle non négligeable pour les gouvernements de l’UE, concernant leur responsabilité ultime vis-à-vis des pensions publiques de sécurité sociale.

De plus, dans le contexte actuel de marchés financiers volatiles, de règles comptables complexes et de règlementations renforcées, les entreprises sont davantage conscientes des risques financiers associés à leurs régimes de retraite et sont en recherche active de nouveaux moyens d’en réduire les coûts et les risques.

Chine-USA : Fin de 30 ans d’histoire entre coopération et compétition ?

Les dernières élections américaines ont vu la montée au pouvoir d’un champion de la classe ouvrière américaine. Bien qu’étant issu du monde des affaires, Donald Trump a promis à ses électeurs populistes une Amérique plus forte et plus riche, au travers d’actions contre la mondialisation et l’immigration. Les Etats-Unis, première puissance économique depuis des décennies, ont depuis été détrônés par la Chine. Le nouveau président américain dénonce cette situation comme provenant de l’incompétence des précédentes administrations à freiner l’avancée rouge sur le monde économique. Les hostilités sont lancées…

De grandes ambitions

Depuis sa campagne présidentielle, Donald Trump n’a cessé de clamer que l’Amérique est abusée de toute part par ses partenaires commerciaux internationaux. Il dénonce en particulier la Chine et le Mexique, à qui il attribue la balance commerciale déficitaire américaine. Pour l’une à cause de ses produits inondant le marché américain et l’autre, pour les délocalisations d’industrie vers un coût du travail plus faible. Il propose, pour y palier, de revoir tous les accords internationaux signés par les anciennes administrations, ainsi que la politique douanière et de réduire l’immigration pour sauvegarder les emplois américains.
Vers une autarcie à l’américaine ?

Tour de France : un spectacle économique

Le Journal du Net – 6 juillet 2017 :

La grande boucle rapporte gros sportivement et financièrement aux coureurs. Mais les principaux gagnants sont surement les marques et les villes d’étapes qui touchent une manne financière considérable.

Assurément, le but de chaque équipe cycliste est de pouvoir participer à cette course. Il en est de même pour les marques sponsorisant l’épreuve ou une équipe car le tour de France est une vitrine qui a un impact marketing considérable pour la visibilité de la marque. Malgré cet attrait continu, le spectacle n’est-il pas de moins en moins présent sur les routes ?

Les marchés actions américains sont-ils toujours rentables ?

Les Echos – 5 juillet 2017 :

Le 1er mars 2017, les deux indices de référence américains ont atteint des niveaux historiques. Le Dow Jones a franchi pour la première fois la barre des 21,000 points et le S&P500 celle des 2400. Ces records sont d’autant plus surprenants que le Dow Jones avait dépassé le seuil symbolique des 20,000 le 27 janvier 2017 soit 5 semaines plus tôt.

Un cycle de 8 ans de hausse des marchés américains

Après avoir atteint son plus haut à l’été 2000 et en septembre 2007 à plus de 1500 points, le S&P a été le premier indice mondial à connaitre un fléchissement suite aux interrogations des investisseurs sur la qualité des crédits subprimes. En mars 2009, l’indice touche un plus bas à 683 points encaissant une baisse de plus de 50 % en un an et demi.

L’IA et la révolution du travail

Le Journal du Net – 3 juillet 2017 :

Avec le développement des technologies d’intelligence artificielle, la révolution du travail a déjà commencé.

Si vous appréciez le cinéma, vous avez peut-être vu le dernier film de Hugh Jackman, Logan. Le film se passe en 2029 et l’on peut y découvrir une vision du futur proche imaginée par le réalisateur James Mangold et la présence de machines agricoles autonomes et de camions sans chauffeurs.

Une semaine à peine après la sortie du film, Fedex, le géant américain du fret, demanda au gouvernement américain la création d’un organisme de régulation, à l’instar de l’aviation, pour les camions autonomes [1]. En effet, cette technologie avance à grands pas et les conducteurs parcourant des millions de kilomètres pourraient voir leur métier remplacé par des machines… La fiction devient désormais réalité.

La même semaine, un autre article donne de quoi rester pensif : au Japon, le deuxième pays le plus robotisé au monde (300 robots pour 10 000 employés) le taux de chômage est tombé à 2,8%, sous le seuil du plein emploi [2]. Les entreprises de manufacture et de service qui tournaient auparavant 24h sur 24 en sont réduites à diminuer leurs horaires, faute d’employés disponibles pour assurer l’activité. L’explication de ce phénomène est démographique : la population en âge de travailler (15-64 ans) diminue de 500 000 par an.

Enfin, depuis quelques années, IBM progresse dans l’évolution de son programme Watson. Lancé dans les années 2000, il développe la puissance de l’intelligence artificielle sous la forme d’un logiciel permettant de corréler instantanément des millions d’éléments sur Internet comme des articles Wikipédia, des unes de journaux, des tendances social media et plus encore. Ce qui rend Watson unique, c’est l’apprentissage des réactions humaines face à tout type de stimulant sur un environnement connecté (ordinateur, terminal de carte bancaire, smartphone,…). Watson est présent dans les secteurs de la médecine, de l’industrie, de la cuisine, et même de la musique [3].

En France, l’avenir de l’intelligence artificielle est très prometteur puisqu’on y compte aujourd’hui pas moins de 340 start-ups et 5 500 chercheurs [4] dans ce domaine. Selon un communiqué d’Accenture, cette technique devrait permettre d’augmenter de 20% la productivité en France d’ici 2035[5]. Certaines entreprises se sont déjà lancées, comme le Crédit Mutuel qui a mis en place un outil de tri automatique d’emails à destination de ses conseillers.

Il est indéniable qu’avec des machines capables d’améliorer les conditions de travail, voire de remplacer les humains dans certaines tâches, cette révolution va changer notre quotidien au travail.

Ce qui va changer exactement

Pour comprendre ce qui va changer dans le monde de l’entreprise, il faut d’abord se demander de quelle façon l’intelligence artificielle permettra de réduire les coûts.[6] Si la révolution industrielle a brisé la barrière de la production de masse, et que la révolution numérique a supprimé les contraintes des calculs arithmétiques, cette nouvelle révolution de l’intelligence artificielle apportera la puissance de la prédiction.

Auparavant, les ordinateurs, les calculs arithmétiques, les plaquettes de présentation, les designs techniques et le traitement de texte étaient réalisés par des individus. La technologie a écrasé le coût de ces activités. Que va donc changer l’intelligence artificielle ? La prédiction. Autrement dit, la possibilité d’utiliser l’information dont vous disposez afin de générer de l’information que vous ignorez encore.

Le principe de l’intelligence artificielle consiste à prédire des actions à l’aide de la donnée à disposition, pour ensuite en tirer des résultats et les intégrer à celle-ci. Cela constitue un cycle d’apprentissage parfait, pour enseigner par exemple à un camion à quel moment il est nécessaire de freiner et de quelle façon. De ce fait, les tâches jusqu’à aujourd’hui réalisées par des hommes, comme approvisionner le stock des grandes surfaces, prédire la probabilité qu’un individu demandant un emprunt bancaire fasse faillite, conduire une voiture ou même détecter une maladie, pourront être réalisées par des machines.

Par Félix Reyes consultant senior du cabinet ADWAY

  • [1] Financial Times. Leslie Hook. FedEx Freight calls for US self-driving truck regulations, 11/04/2017, accédez ici
  • [2] Quand le Japon manque de chômeurs. YANN ROUSSEAU, Les Echos, 06/04/2017, accédez ici
  • [3] Dans les coulisses de « Not Easy ». IBM France, 18/01/2017, accédez ici
  • [4] Chausson, Cyrille, « Salon AI Paris : des usages qui se dessinent, des chercheurs et des start-up », 07/06/2017, accédez ici.
  • [5] COMMUNIQUÉ DE PRESSE, Accenture, 12/12/2016, accédez ici
  • [6] What to Expect From Artificial Intelligence, MIT Sloan Management Review, Ajay Agrawal, Joshua S. Gans, and Avi Goldfarb, 02/2017. accédez ici