Les Echos – 5 juillet 2017 :

Le 1er mars 2017, les deux indices de référence américains ont atteint des niveaux historiques. Le Dow Jones a franchi pour la première fois la barre des 21,000 points et le S&P500 celle des 2400. Ces records sont d’autant plus surprenants que le Dow Jones avait dépassé le seuil symbolique des 20,000 le 27 janvier 2017 soit 5 semaines plus tôt.

Un cycle de 8 ans de hausse des marchés américains

Après avoir atteint son plus haut à l’été 2000 et en septembre 2007 à plus de 1500 points, le S&P a été le premier indice mondial à connaitre un fléchissement suite aux interrogations des investisseurs sur la qualité des crédits subprimes. En mars 2009, l’indice touche un plus bas à 683 points encaissant une baisse de plus de 50 % en un an et demi.

Afin de sortir de la crise, la FED a rapidement agi ; sur ses taux directeurs, d’abord, les faisant passer de 5 à 0 % entre fin 2007 et début 2009, mais également en réinjectant des liquidités dans l’économie. Cette stratégie visait à renvoyer les investisseurs vers les marchés actions en les rassurant sur d’éventuelles faillites. Le trend haussier insufflé par la FED s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui, permettant aux principaux indices américains de dépasser leurs précédents records.

L’élection présidentielle américaine qui s’est tenue le 7 novembre 2016 et qui a vu Trump l’emporter a permis d’accentuer ce trend avec son programme « pro-business ».

L’accélération depuis l’élection de Trump est-elle justifiée ?

Avec l’arrivée de Trump, l’accélération qu’a connue le S&P a été fulgurante. En effet, ce dernier est passé de 2100 à 2400 points (+ 14 %) du 7 novembre 2016 au 1er mars 2017 dépassant pour la première fois des niveaux jamais atteints.

Le caractère imprévisible du président américain

Trump était le candidat qui devait rendre sa grandeur aux États-Unis (« America First ») en plaçant les intérêts américains avant tout. Cette vision plait aux marchés, mais la concrétisation de l’ensemble des réformes annoncées reste floue. L’abrogation de l’Obamacare montre que les instances de décision américaines ne sont pas prêtes à le suivre aveuglément et la réforme concernant la dérégulation financière et la baisse des taxes sur les entreprises est toujours dans l’attente d’une validation du Congrès.

De plus, le Président est changeant ; lui qui disait que l’OTAN était obsolète et ne pas vouloir agir dans le conflit syrien a retourné sa veste. L’OTAN est désormais « un rempart pour la paix internationale et la sécurité » et le bombardement du régime de Bachar Al Assad en avril contredit sa version initiale.

Relation entre la valorisation des marchés actions et les taux d’intérêt

La FED a, depuis décembre 2016, amorcé une remontée de ses taux directeurs, les comprenant entre 1 et 1,25 % en juin 2017. Une hausse supplémentaire est attendue cette année et deux en 2018.
Ces hausses des taux permettront une meilleure rentabilité des obligations. Ces instruments entrent directement en concurrence avec les actions dans les décisions d’investissement via la notion de prime de risque. Cette dernière permet de comparer la performance d’un investissement risqué (actions) par rapport à un investissement non risqué (obligataire). Si la rentabilité est similaire, l’investisseur choisira logiquement le produit le moins risqué.

Le niveau historiquement haut des marchés actions, combiné à la montée progressive des taux par la FED devrait engranger une baisse de cette prime et pousser les investisseurs vers les obligations aux dépens des actions.

Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel

Le 13 juin 2017, le S&P atteignait un nouveau record à 2440 points la veille de la hausse des taux FED. Cela montre qu’il existe encore un potentiel de hausse malgré une prudence des investisseurs. En effet, alors que le S&P avait gagné 14 % entre le 7 novembre 2016 et le 1er mars 2017, sa rentabilité depuis ce jour n’a été que de 1.7 %. Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel et l’euphorie des marchés qui a suivi l’élection de Trump a déjà laissé place à la prudence et aux incertitudes.

Une opportunité pour les marchés européens

A contrario, les marchés européens n’ont pas connu cette euphorie. Comparativement, le CAC40 avait atteint son plus haut le 4 septembre 2000 à 6944 points, loin de sa valorisation actuelle aux alentours des 5200. Depuis le 1er mars, le CAC est passé de 4960 à 5275 points le 13 juin (+6.3 %) et est donc plus rentable que l’indice américain sur cette période.

L’autre point favorable vient du fait que la BCE n’a toujours pas annoncé sa volonté de remonter les taux malgré un contexte économique accommodant. La prime de risque restera donc favorable aux actions européennes dans les mois et années à venir. De plus, les doutes concernant les élections dans les grands pays européens s’amenuisent avec la défaite de l’extrême droite aux Pays-Bas et la victoire de Macron en France. Les élections allemandes qui se tiendront en septembre donneront le ton aux marchés pour la fin d’année.

Enfin, la reprise économique européenne couplée à un potentiel de hausse supérieur aux marchés américains pourrait inciter les investisseurs à transférer leurs capitaux des États-Unis vers l’Europe. La valorisation des marchés actions étant basée sur la loi de l’offre et la demande, un tel mécanisme pourrait voir celle des marchés européens s’accroitre aux dépens des marchés américains.

Après un début d’année euphorique, les marchés américains semblent désormais marquer le pas malgré des prévisions de croissance mondiale révisées à la hausse. La période actuelle présente toutes les caractéristiques de la fin d’un cycle financier et le « mini-krach » survenu vendredi 9 juin sur le NASDAQ (-2,44 %) ainsi que la baisse des prix à la consommation en mai confirme l’incertitude des investisseurs. Comment interpréter ces évènements ? Sont-ils des phénomènes isolés ou le signe avant-coureur d’une correction importante de l’ensemble des indices américains ?

Par Vincent Mandato, consultant du cabinet ADWAY

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