Bébé arrive dans quelques mois ? Madame : réjouissez-vous, une bonne nouvelle pourrait en cacher une autre ! Si d’un point de vue personnel l’arrivé de bébé constitue bien souvent une nouvelle extraordinaire, il n’en est pas de même au niveau professionnel pour madame : Congé parental, temps partiel, inégalité de salaire viennent trop souvent contrebalancer l’enthousiasme accompagnant un tel événement.

De nombreuses inégalités entre hommes et femmes

Les chiffres sont implacables : dans plus de 95% des cas, c’est madame qui restera à la maison pour s’occuper de bébé. A cela des raisons biologiques et physiologiques, mais aussi des raisons structurelles et historiques : le monde du travail a été créé et façonné par et pour les hommes. Les femmes ont ainsi obtenu le droit de travailler sans l’autorisation de leur mari il y a seulement cinquante ans ! Une indépendance économique pas toujours synonyme d’égalité puisqu’en 2016, les femmes gagnent 18% de moins que les hommes à niveau identique. Depuis toujours, les femmes sont en retrait par rapport aux hommes dans les postes à responsabilités, n’étant ainsi que 10% dans les conseils d’administration. Alors, l’arrivée de bébé risque-t-elle d’accentuer encore un peu plus cette tendance ?

Des mentalités qui doivent évoluer

En France, il est tellement ancré dans les mœurs que madame s’occupera de la maisonnée, que d’autres formes d’inégalités existent en entreprise : par exemple, les hommes qui réclament un emploi du temps plus souple pour se consacrer d’avantage à leur famille se heurtent deux fois plus à un refus que les femmes ! Selon l’IFOP, 58% des français  jugent que les entreprises n’aident pas suffisamment les pères à s’investir dans leur rôle de père. Or, les hommes souhaitent consacrer plus de temps à la vie de famille : 30% seraient ainsi tentés par un temps partiel s’ils en avaient la possibilité, quand  46% plébiscitent la solution du télétravail et 63% des aménagements d’horaires. Le « risque parental » ne touche plus seulement les femmes, ce qui va progressivement réduire les inégalités à l’embauche, dans les opportunités de carrière et niveau des rémunérations.

Cependant, le frein culturel dans le partage des responsabilités familiales reste fort : 43% des pères affirment que prendre un temps partiel est mal perçu par l’entourage professionnel. En France, poste à responsabilités ne rime pas avec arrêt prolongé ou temps partiel. Or à l’étranger, il existe de nombreux contre-exemples : en 2011, deux ministres Norvégiens ont pris 12 et 16 semaines de congé paternité. En 2012, le premier ministre britannique David Cameron s’est accordé 15 jours de pause à la naissance de sa fille. L’année dernière, le patron de Facebook a pris 2 mois de congé paternité. En 2009, la garde des sceaux Rachida Dati était revenue au conseil des ministres cinq jours seulement après son accouchement.

Congés parental et paternité, pierres angulaires de la parité ?

Depuis, les politiques ont planché sur le sujet, et, la récente réforme du congé parental vise à favoriser le retour des femmes à l’emploi. L’ambition de cette réforme est de voir 100 000 hommes en congé parental d’ici fin 2017.

Le congé paternité représente également un levier important dans la question de la parité. S’il constitue un premier pas en avant pour l’implication des pères, il reste trop court (11 jours consécutifs maximum) et insuffisamment indemnisé  (82€  par jour) pour impliquer durablement les pères dans le partage des tâches ménagères et l’éducation de leurs enfants. Or, la question de l’égalité hommes-femmes dans la vie professionnelle reste étroitement liée à celle  de la vie familiale. Cela tombe bien : l’équilibre entre la vie privée et la vie professionnelle arrive systématiquement dans le top 3 des préoccupations des salariés aujourd’hui (études BVA, TNS). Les chiffres sont formels : le congé paternité est de plus en plus entré dans les mœurs (450000 pris en 2015, contre 324000 en 2002) malgré la perte financière occasionnée et le contexte de crise économique.

Et les entreprises alors ?

De plus en plus d’entreprises mettent en place des mesures pour favoriser l’implication des hommes dans leur rôle de père. Certaines comblent la perte financière qu’occasionne la prise du congé paternité, et ça marche : le nombre de congés paternité pris intégralement a augmenté de 10% dès la première année  de cette mesure chez Axa. Chez Danone Produits frais, les nouveaux pères peuvent échanger leur 13ème mois contre 22 jours de congés supplémentaires.

D’autres pays vont plus loin : le Portugal a instauré un congé paternité obligatoire de 10 jours plus 10 jours facultatifs, avec  maintien de salaire à 100%, marquant une véritable rupture avec l’histoire et un réel changement de mœurs. Nos voisins scandinaves sont une fois de plus précurseurs : 3 mois de congé paternité payé en Suède et  14 semaines sans perte de salaire en Norvège. Aux Etats Unis, Google offre 7 semaines de congé paternité payés, Facebook 17. Mais la palme revient sans conteste à Virgin, qui offre un an de congé paternité à 100% de salaire pour les 140 salariés de sa branche « investissements et licences » de Londres et de Genève.

Nul doute que de telles mesures favoriseraient grandement les desseins de la parité en France.

Malgré une motivation réelle pour s’adapter davantage à la vie familiale, l’arrivée de bébé continue d’impacter plus fortement les femmes, 40% d’entre elles modifiant leur parcours professionnel suite à une naissance contre 6% des hommes seulement. Pour inverser la tendance, Axa a développé un programme de sponsorship interne visant à identifier les femmes les plus talentueuses dans chaque ligne métier et à les préparer à des fonctions de direction en France et à l’étranger. Un exemple à généraliser ?

Par Christophe Nguyen, consultant senior du cabinet ADWAY

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