Alors que 77 % des français affirment que les propositions des candidats sur le système de santé seront un critère déterminant de leur vote à l’élection présidentielle de 2017 [1], les candidats ont tous des propositions spécifiques sur le sujet. Parmi celles-ci, on retrouve le recours à la télémédecine.

La télémédecine est en effet perçu comme un outil permettant de compenser les restrictions budgétaires prévues par la loi de financement de la sécurité sociale de 2017 tout en offrant aux patients une meilleure prise en charge, grâce à l’usage d’outils performants et automatisés. Mais que faire d’une technologie qui permettrait de diagnostiquer seule des pathologies multiples, complexes et variées si personne n’est présent pour communiquer au patient ? Une vidéo-conférence peut-elle remplacer un échange qui doit se baser sur la confiance réciproque et mutuelle ? Un diagnostic photo peut-il être suffisant ? Que faire du dossier numérique patient, à priori consultable en permanence par tous les médecins si au contraire, aucun médecin ne suit plus le patient au quotidien, alors devenu un simple numéro dont il faut analyser les constantes sans voir le visage ni apaiser les angoisses ?

En décorrélant la relation du soin, le « tout numérique » semble écarter la télémédecine du champ de la médecine. Or, pour que la télémédecine se pérennise, il faut au contraire renforcer le lien entre savoir-faire technologique et approche métier, et mieux y associer les patients.

La télémédecine doit demeurer dans le champ de la médecine

La télémédecine doit s’institutionnaliser en tant que spécialité médicale à part entière. Il est indispensable que les projets s’accompagnent d’une implication forte des organismes de tutelle et un pilotage national pour centraliser et coordonner l’action des acteurs autour d’une cible commune.

De récents travaux de chercheurs du laboratoire d’éthique médicale de l’université Paris Descartes appuient sur les profondes mutations de la médecine moderne et apportent une première forme de réponse au besoin d’institutionnalisation de la télémédecine – et elle est organisationnelle : « La téléconsultation demande une excellente communication entre les acteurs, cela commence par la qualité de l’information délivrée au patient et le recueil de son consentement. [2] ».

Réhumaniser la télémédecine et mieux associer les patients

Les chercheurs poursuivent en réaffirmant la nécessité pour la télémédecine de permettre la confiance des patients et veiller avant tout au respect de l’éthique : il ne faut pas confondre évolutions scientifiques et progrès, mais au contraire, penser la technique dans une perspective ontologique. Ainsi, l’usage de la télémédecine au sein d’un parcours de soin repensé nécessite la transition d’un modèle de médecine traditionnelle plutôt isolée au cabinet, à un modèle mutualisé qui décloisonne les praticiens. Ce décloisonnement doit cependant ne pas se faire au détriment du patient, et l’acte médical doit demeurer centré sur le patient en tant que patient et non en tant qu’usager, et en plaçant la technologie en support.
Il est également impératif de construire un parcours de soin validé par les établissements, les professionnels médicaux et les patients. Il est alors nécessaire d’intégrer la télémédecine dans les services hospitaliers, notamment en étant enseignée dans les facultés pour associer un savoir-faire technologique et une approche métier propres aux professionnels de santé.

Déployer la télémédecine avec une ambition nationale

Enfin, pour permettre un déploiement territorial à la fois plus large et plus significatif de la télémédecine celle-ci doit s’inscrire dans la tarification à l’acte et devenir auto-suffisante avec un financement direct par l’assurance maladie – et non plus via des subventions. Cette institutionnalisation financière permettra à la télémédecine de sortir des EHPAD ou des prisons où la cantonnent bons nombres de projets.

Pour fonctionner et perdurer la télémédecine doit donc être reconnue par tous comme une spécialité médicale et paramédicale à part entière avec des perspectives qui dépassent le simple cloisonnement des territoires et s’adressent à des patients et non à des consommateurs. Pour cela, c’est aussi aux professionnels de santé d’anticiper les mutations à venir pour décider des innovations nécessaires et bénéfiques pour respecter les principes de bienfaisance et de non-malfaisance de la bioéthique.

Il faut alors espérer que les futurs candidats à l’élection présidentielle de 2017 ne fassent pas passer les perspectives financières et technologiques avant le patient qui doit demeurer au centre de tout dispositif médical et ne pas devenir un usager. Les politiques ont alors un rôle de pivot : c’est à eux de favoriser le caractère de discipline médicale de la télémédecine.

Par Johanna Lerfel, manager du cabinet Tallis Consulting

  1. Selon un sondage Louis Harris, La Chaîne parlementaire (LCP)
  2. Allouche, M., Pirnay, P., & Hervé, C. (2016). Questions, enjeux et défis éthiques de la téléconsultation bucco-dentaire en EHPAD. Paris: Laboratoire d’éthique médicale et de médecine légale de l’Université Paris Descartes.

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