Les Echos – 30 août 2017 :

Transformation digitale, économie de plateforme, expérience client réinventée, il va sans dire que les organisations vivent actuellement de profondes mutations qui touchent tant leur modèle économique que leur modèle managérial.

En effet, l’émergence de pure players agiles et digitaux a poussé les entreprises à repenser la relation client et ainsi complètement rabattu les règles du jeu. Mais qu’en est-il du côté des collaborateurs ? Longtemps prédestinés à une carrière stable au sein d’une entreprise aux valeurs paternalistes et encadrées, les collaborateurs se voient désormais challengés avec l’arrivée entre autres de la Génération Y, 100 % nomade et digitale et des start-ups, aux modèles horizontaux venant casser les codes classiques managériaux fondés sur une organisation hiérarchique de type « mille-feuille », alourdissant les process et freinant la créativité individuelle.

Cette disruption managériale favorise l’émancipation de l’humain au sein des entreprises et voit apparaitre l’émergence d’un modèle nouveau, celui d’intrapreuneur. Mais qu’est-ce qu’un intrapreuneur et dans quelle mesure l’émergence de ce nouveau modèle vient-elle rompre les codes du management traditionnel d’entreprise ?

L’intrapreuneur est avant tout un facilitateur d’innovation interne

Un intrapreuneur se définit comme un collaborateur au fait des rouages et du fonctionnement de son entreprise, et qui souhaite développer une activité basée sur son savoir-faire, son expertise afin d’en faire une opportunité économique pour l’entreprise.

Afin de mettre en place cette activité, l’intrapreuneur doit évoluer dans un contexte favorable au développement de son activité, à savoir :

  • une méthodologie claire et structurée (gestion de projet agile, test and learn, design thinking, fab-lab ou encore incubateur interne).
  • un sponsorship fort du management permettant de débloquer le budget ainsi que le temps nécessaire à la mise en place de l’idée.
  • un environnement disruptif au sein duquel, l’intrapreuneur pourra évoluer, tester et avancer de façon bienveillante.

Expert du secteur d’activité dans l’entreprise dans lequel il évolue et au fait des évolutions de son métier, l’intrapreuneur représente la conjoncture idéale permettant aux grandes organisations d’innover à moindre coût.

Citons ainsi l’exemple de Rebecca Moore, intrapreuneur chez Google et à l’origine du Google Earth Outreach, permettant de repérer, grâce aux datas issues des cartes, les zones géographiques confrontées à des difficultés environnementales et ainsi de venir en aide aux populations sur place. Karine Gollnhofer, intrapreuneur au sein de la biscuiterie Poult, et à l’origine en charge du contrôle de gestion, a quant à elle créé un food truck solidaire, distribuant fruits et légumes écologiques, et intégré à part entière au sein du Groupe.

Des exemples forts qui traduisent d’un véritable engouement pour les collaborateurs pour ce type de projet ainsi qu’un aspect économique fort permettant le développement d’activités nouvelles pour les entreprises accueillant ces intrapreuneurs.

Aussi, les premiers chiffres confirment la tendance, puisque selon une étude récente, dans 41 % des cas, les innovations portées par des collaborateurs intrapreuneurs permettent la naissance d’un nouveau produit, et une fois sur 5, l’amélioration de la gamme déjà existante. Experts de l’intérieur bénéficiant d’un contexte disruptif, les intrapreuneurs représentent ainsi une véritable manne économique pour les entreprises.

L’intrapreuneur est leader de la culture start-up au sein des grandes entreprises

Inspirées de la culture Makers et Do It Yourself issue du monde des start-ups et de la Silicone Valley, ces hackers de l’entreprise viennent également diffuser une culture start-up adaptée aux grandes entreprises et créent ainsi la jonction entre deux mondes aux codes différents.

Car l’enjeu majeur est de permettre le développement de la prise d’initiative des collaborateurs encore trop peu invités à la créativité personnelle : de nombreux salariés ont du mal à imaginer des scénarios d’innovation disruptive, à créer des choses totalement nouvelles, alors que les grands patrons rêvent de voir des gens prendre des initiatives (…), mais beaucoup de gens ont tendance à s’autocensurer alors qu’il faut oser passer à l’action et pas seulement de rêver changer le monde. Dixit Alexandre de Lutzel, intrapreuneur social en charge du microcrédit au sein du Groupe BNP Paribas.

Mais quelle différence au final avec une start-up externe incubée par une entreprise ? C’est simple, l’intrapreuneur connait les rouages de l’entreprise et surtout il bénéficie davantage de moyens à sa disposition ainsi que d’une véritable expertise consolidée au fil des années passées au sein de l’organisation. En revanche, son périmètre restera limité tout comme sa marge de manoeuvre ainsi que capacité à casser les silos et à introduire plus d’agilité dans les process. Car l’intrapreuneur reste pour le moment assez isolé au sein des entreprises classiques, souvent incubé au sein de programmes d’intrapreunariats sélectifs et peu développés pour le moment.

Permettre au collaborateur de réinventer l’entreprise

Enfin, dans une période bousculée, enclin à de nombreux changements, l’intrapreuneur permet avant tout de démontrer qu’il est possible de réenchanter l’entreprise et ses valeurs.

À travers sa grande autonomie, la liberté et la créativité qui sont à sa disposition par l’entreprise, l’intrapreuneur incarne des valeurs nouvelles d’entreprise et représente ainsi un capital humain efficace permettant de renforcer l’image de marque et les valeurs d’un Groupe auprès de ses collaborateurs.

En encourageant les collaborateurs à créer et valoriser de nouvelles idées à partir de leur propre potentiel, les entreprises fidélisent les collaborateurs en renforçant le champ des possibles.

Phénomène encore récent et peu développé, les moyens mis en place restent cependant assez faibles et de nombreuses entreprises restent peu enclines à l’arrivée de tels profils. Reste donc à savoir, si ce mouvement restera pérenne à plus long terme.

Par Fatima Tamlilti, consultante Change & Digital du cabinet VIATYS conseil

https://www2.deloitte.com/fr/fr/pages/talents-et-ressources-humaines/articles/enquete-intrapreneuriat.html
https://www.opinion-internationale.com/2013/10/23/emmanuel-de-lutzel-intrapreneur-social-les-grands-patrons-revent-de-voir-les-salaries-prendre-des-initiatives_19590.html

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