Journal AXA Thema – septembre 2017 :

La blockchain est la technologie en vogue du moment. Et pour cause, elle a des applications dans bien des domaines comme l’Assurance, l’Energie, la Santé et bien entendu la Finance et pourrait même devenir l’innovation qui va « uberiser » Über.. Mais derrière cette révolution annoncée, le potentiel de la blockchain peut-il aujourd’hui bouleverser le métier de conseiller patrimonial ?

En 2008, dans le contexte de crise de confiance dans la monnaie, les banques, le système financier et les états, se formalise un monnaie électronique qui a pour ambition de devenir l’équivalent de l’argent liquide numérique. Cette monnaie électronique doit pouvoir répondre aux problématiques liées à la confiance : assurer des échanges directs d’utilisateur à utilisateur, empêcher d’échanger la même pièce et garantir la monnaie sans autorité centrale.

La technologie blockchain sur laquelle se base cette monnaie électronique, « le bitcoin », permet de répondre à ces problématiques de confiance en s’appuyant sur trois piliers : permettre les échanges d’utilisateur à utilisateur (P2P / Pair-à-Pair), tracer les transactions dans un registre unique et conserver et vérifier les transactions.

Le passage d’un monde vertical et centralisé à un monde horizontal et distribué

Depuis le succès du bitcoin, la technologie blockchain a été transposée dans d’autres industries bien au-delà de la monnaie et du bitcoin. Les Etats sur la monnaie, les banques sur le taux interbancaire Libor, les notaires sur les cessions immobilières, les bourses sur les transactions financières et même Uber sur sa « flotte » de véhicules et de chauffeurs : tous ces domaines d’applications ont tous la même caractéristique définie par un pouvoir vertical et la centralisation par un acteur unique..

Pour la première fois dans l’histoire, une technologie a la capacité d’agir directement sur le modèle historique du pouvoir vertical et centralisé en proposant un protocole de gestion numérique ouvert, décentralisée, infalsifiable et basé sur les échanges réalisés entre les utilisateurs d’un réseau. Dans ce nouveau paradigme la verticalité s’horizontalise et le pouvoir centralisé se distribue.

Un réseau qui remet en cause l’existence même des tiers de confiance

Par définition, la blockchain permet de réaliser l’authentification, la fiabilité et l’audit pour rendre tout processus sécurisé et transparent. En effet, tous les membres peuvent accéder aux transactions du réseau et s’assurer de leur authenticité sans forcément en connaitre tous les détails. Dans la blockchain, certains membres du réseau détiennent une copie identique du registre dans lequel sont enregistrées toutes les transactions là où dans un modèle traditionnel, un unique tiers de confiance détient le registre et peut modifier les transactions.

Si la technologie blockchain ne remplace pas le tiers de confiance, elle va cependant bouleverser leur rôle ainsi que celui des intermédiaires dans des domaines très variés allant de l’audit des entreprises, aux systèmes de votes, à la gestion du cadastre ou aux transactions financières.

Le conseiller patrimonial, un tiers de confiance « blockchainisable » comme les autres ?

Dans la chaîne de valeur du conseil patrimonial, le conseiller patrimonial est un tiers de confiance comme un autre. La technologie blockchain pourrait être applicable à ce domaine. Cependant la faiblesse de la technologie, à la différence d’une intelligence artificielle apprenant son environnement de manière autonome, est qu’elle ne maitrise pas le domaine d’application où elle est implantée.

En cela dans la gestion de patrimoine, la blockchain sera plutôt utilisée pour sécuriser la gestion des fonds, vérifier les documents réglementaires et le KYC, contrôler la gestion du risque ou bien pour assurer certaines transactions financières.

Le conseiller patrimonial restera un utilisateur de la blockchain tout comme le chauffeur Uber restera un chauffeur Uber si la blockchain était implantée chez Uber. Il maitrise l’univers des véhicules financiers comme le chauffeur Uber maitrise la conduite de son véhicule.

Demain le conseiller patrimonial devrait plutôt craindre le mélange des technologies digitales comme le Big Data, l’Intelligence Artificielle, le Machine Learning ou les robots qui ensemble peuvent attaquer directement ses savoirs faire et sa connaissance du marché de la gestion patrimoniale tout comme le chauffeur Uber peut craindre de voiture autonome. Pour autant les applications de la blockchain sont à suivre de près dans le monde de la finance où l’intérêt autour de cette technologie s’intensifie, dernier exemple en date : le lancement par IBM et sept banques européennes d’un consortium autour de cette technologie.

Par François-Xavier Autric, Manager du cabinet Tallis Consulting

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