Les élections législatives sont déjà terminées que nous avons à peines le temps de réaliser : le pays vient de complétement bouleverser son paysage politique. Pourtant, ce changement était prévisible. Depuis les 30 dernières années, le clivage des partis politiques introduits par l’alternance droite-gauche puis gauche-droite s’est intensifié. Une rupture naturelle vient de trancher au centre. Ainsi nous venons d’élire le plus jeune des présidents français dont le parti détient la majorité absolue au gouvernement.

Comment pouvons-nous expliquer ce phénomène qui se transforme désormais en macronmania ?

Parmi les nombreux facteurs, la stratégie de communication du nouveau président a principalement contribué à faire connaître ce personnage, inconnu au bataillon politique il y a plus de 3 ans. Car politique et communication vont de pair, et ce même avant le lancement d’une quelconque campagne. En effet, la communication a joué un rôle clef, d’autant plus qu’elle se modernise aujourd’hui par les biais numériques. Nous pouvons établir un constat similaire en analysant les campagnes présidentielles américaines et françaises.

Traditionnellement, les médias étaient le seul moyen de se présenter face à l’électorat. Mais une rupture a été marquée par le lancement de plateformes internet propres aux différents mouvements politiques. C’est aujourd’hui le cas par exemple de la « La France insoumise » et « En Marche ». Chaque candidat a d’ ailleurs accompagné sa plateforme de chaînes YouTube et de l’utilisation des différents réseaux sociaux (Twitter, Facebook..). L’objectif principal est de contourner le système médiatique officiel pour exprimer librement ses idées. Cela a eu comme effet de réduire l’influence des médias détenant jusqu’à maintenant le monopole et d’éviter un « brainwashing » médiatique de masse. La communication digitale leur aura même permis de distancer les partis traditionnels qui n’ont pas su suivre ou anticiper cette évolution digitale.

Précurseur de cette stratégie numérique, Jean-Luc Mélenchon, candidat initialement isolé par les médias, aura créé une grande dynamique autour de sa candidature. Sa chaîne YouTube détient aujourd’hui plus de 29 540 utilisateurs et 309 vidéos, soit une présence plus importante que celle du président en fonction. Sa côte de popularité actuelle est le fruit de cette stratégie de communication. On se souvient du buzz réalisé par son apparition en hologramme.

Par ailleurs, nous pouvons constater que l’utilisation des réseaux sociaux en matière politique aura pour effet papillon de déclencher des initiatives personnelles, au sein d’une société qui ressent le besoin de s’engager davantage pour ne plus dépendre du système politique traditionnel. En témoignent les différentes auto-organisations populaires telles que Les Indignés, Occupy Wall Street, Les Nuits Débout…dont les revendications inspirent par la suite les campagnes électorales des nouveaux partis politiques.

Autre instrument de communication entrant dans le script des présidentielles sont les «fake news», déboussolant l’essence même de l’électorat. Tandis que Donald Trump a conquis la première puissance mondiale en alimentant les médias d’aberrations, dont nous ne pouvons certifier leur véracité; François Fillon a mené son parti à la défaite malgré une fiabilité trompeuse. Les fake news sont pour la plupart des armes utilisées pour tromper l’opinion publique dans son jugement. Elles proviennent généralement des puissances extérieures, soupçonnées de vouloir contrôler le contexte géopolitique mondial. Des cyberattaques ont été identifiées contre la candidate Hillary Clinton puis Emmanuel Macron. Le tout est de savoir si le candidat visé a suffisamment de charisme et un entourage prêt à les décrédibiliser.

Désormais, les jeux sont faits, les élus au pouvoir ayant le mieux usé de cet outil doivent passer à l’action. La stratégie de communication vient d’être à nouveau basculée.

Le président restreint désormais les communiqués de son gouvernement et décide de sélectionner personnellement les journalistes l’entourant lors de ses déplacements. François Bayrou, anciennement dans le gouvernement, aurait même menacé les journalistes de ne pas dévoiler des informations compromettantes au sujet des nouveaux députés, dans le cadre du projet de loi sur la moralisation de la vie politique. Une censure des temps modernes, pas si loin de la dictature, s’applique. Quel sera le visage de ce nouveau quinquennat ? Sera-t-il celui dont l’image optimiste a été véhiculée durant la campagne ? Ou bien sera-t-il désormais transformé en tout autre chose ?

Par Carmen Gomez consultante Senior du cabinet ADWAY

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