Les Echos – 22 septembre 2017

Que se passerait-il, pour la Catalogne, l’Espagne et l’Europe, si la région ibérique devenait autonome ?

La volonté de la Catalogne de devenir indépendante ne date pas d’hier. Cette région espagnole, qui jouit du statut de communauté autonome, avait déjà revendiqué son indépendance vis-à-vis de l’Espagne après une consultation publique en 2014. Près de 80,7 % des deux millions de votants souhaitaient quitter le royaume espagnol. Bien sûr, Madrid jugea ce référendum illégal et engagea des poursuites contre Arthus Mas, à l’époque président de la Generalitat.

A nouveau, les Catalans sont invités à s’exprimer le 1er octobre 2017 sur l’indépendance de leur région, lors d’un référendum d’autodétermination convoqué par le gouvernement indépendantiste de Catalogne. En supposant que le scrutin soit favorable à l’indépendance et que rien ne s’oppose à une scission (ni sur le plan politique ni sur le plan juridique), les conséquences de ce « Catexit » seraient extrêmement importantes tant en Catalogne qu’en Espagne et bien sûr en Europe.

Nouvel Etat, nouvelle monnaie

Au lendemain de cette consultation, les instances du gouvernement régional catalan seront confrontées à différents problèmes politico-économiques dont le principal semble être monétaire. En effet, la séparation avec l’Espagne impliquerait, de facto, la création d’un nouvel Etat et donc la sortie de la zone euro.

Cela entraînerait notamment la rupture des liens avec la Banque centrale européenne, la création d’une nouvelle monnaie, le refinancement de la très importante dette publique (75 milliards d’euros) et vraisemblablement une limitation des retraits bancaires pour éviter la fuite massive des capitaux.

Ce nouvel Etat aurait à négocier son rattachement à l’Europe en tant que nouveau membre, ce qui pourrait durer de nombreuses années sans aucune garantie de succès, surtout si l’Espagne s’y oppose.

Possible coup dur pour l’économie catalane

La Catalogne dispose de sérieux atouts pour s’affirmer en tant que puissance économique autonome. Elle est, en effet, la plus riche région espagnole. Elle dispose d’une économie bien structurée et représente la part la plus forte du PIB espagnol (20 %).

Son taux de chômage est moindre que celui de l’Espagne grâce à son tissu industriel diversifié, mais en majorité constitué de PME de moins de 200 salariés. De plus, elle bénéficie d’infrastructures solides (aéroports, autoroutes, ports etc.) et d’un attrait touristique indéniable.

Toutefois, cette situation actuelle pourrait être minorée selon l’attitude des acteurs sociaux et des partenaires économiques. En effet, outre la dette publique détenue à 66 % par l’Espagne (50 milliards environ) qui pourrait être renégociée avec plus ou moins de difficultés, l’accès des banques catalanes aux fonds européens serait entièrement à revoir.

D’ailleurs, certaines d’entre elles envisagent de transférer leurs sièges sociaux hors Catalogne. Les financements des pensions de la Sécurité sociale, les indemnités chômage, les traitements des fonctionnaires, la création de nouveaux postes (diplomatie, commerce extérieur, douanes, banque centrale etc.) viendront augmenter les dépenses actuellement prises en charge par l’Etat espagnol. De même, les exportations vers l’Espagne pourraient faire l’objet de taxes et de boycott.

Devenant non européens, L’Europe devrait taxer les produits catalans et la Catalogne de réagir en taxant ses importations pour protéger ses propres entreprises.

Si la stabilité monétaire de la Catalogne n’était pas assurée, ce sont aussi les investissements étrangers qui se trouveront remis en cause, ou différés, tout comme certains flux de marchandises qui pourront se rediriger vers des sites hors Catalogne. Il demeure donc un certain nombre d’incertitudes dont les marchés et acteurs internationaux ne sont guère friands, sauf pour les spéculateurs.

Des réactions en chaîne en Espagne

L’Espagne en tant que nation n’aurait aucun intérêt à voir la Catalogne devenir un pays indépendant. Outre la remise en cause de l’unité du pays, une telle séparation pourrait inciter d’autres régions comme le Pays basque, la Galice, la communauté valencienne à vouloir faire de même.

De plus, la perte d’une partie importante du PIB global risquerait d’entraîner une aggravation du déficit public, des besoins de refinancement supplémentaires, une augmentation du chômage, un tassement des perspectives globales de croissance, quelque peu améliorées récemment.

Reste à savoir quelle sera la réaction exacte des pouvoirs publics vis-à-vis de cette sécession éventuelle. Seule la possibilité d’interdire la consultation en la déclarant illégale par le tribunal constitutionnel paraît possible, le blocage de l’impression des bulletins de vote ou des sanctions contre les fonctionnaires impliqués dans la consultation semblent illusoires.

Une autre possibilité serait la suspension de l’autonomie catalane (article 155 de la Constitution), tandis que certains maires refusent d’organiser les bureaux de vote. Toutefois l’empêchement du déroulement du scrutin pourrait inciter à un coup de force et à une déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne.

Émiettement de l’Europe

L’Europe pour sa part, n’est que le spectateur impuissant de la situation actuelle. Les règles de l’Union européenne veulent que seul un pays puisse adhérer à l’Union et que toute scission d’un Etat entraîne la sortie de l’Union et l’arrêt des aides et avantages qui étaient accordés au séparatiste.

« L’Etat espagnol sera amené à revoir ses perspectives. »

Des ajustements seront automatiquement faits, compte tenu des nouvelles données liées à la représentativité espagnole (nombre de députés, subventions et aides), mais l’Etat espagnol sera amené à revoir ses perspectives et vraisemblablement à demander une aide circonstancielle de Bruxelles.

Par ailleurs la recrudescence des nationalismes ou régionalismes ne ferait qu’accroître les dissensions et compliquer les décisions entre les membres de la Communauté européenne.

La Catalogne sera-t-elle le début d’un émiettement de l’Espagne et pourquoi pas de l’Europe, ou bien la prise de conscience du besoin d’unité espagnole après le traumatisme des récents attentats prévaudra-t-elle ? Telle est la question que l’on peut se poser, tout en sachant que le sentiment d’être exploité par Madrid reste bien ancré dans la mentalité catalane. Si Barcelone n’entend plus supporter la faiblesse économique des autres régions comme l’Andalousie, Madrid ne veut pas d’un éclatement du pays qui pourrait conduire à une crise majeure.

Par Christophe Gautier-Garcia consultant du cabinet ADWAY

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