Ces dernières années, le monde politique peine à convaincre les électeurs de tout bord. Cette crise de confiance se traduit par une montée de l’abstentionnisme et un vote contestataire. Paradoxalement, l’intérêt des citoyens pour la vie politique est en forte hausse. Le débat et l’action politique portés par les citoyens, se détournent des médias traditionnels et se déplacent sur Internet en s’y ancrant durablement. Les politiciens surfent sur cette tendance en investissant le web et changent ainsi les codes et les habitudes de communication. Face à ce constat, la classe politique est-elle prête à relever ce défi d’une politique digitale ?

Le web au service d’une modernisation du monde politique

Cette politique numérique passe par les réseaux sociaux et plus spécifiquement Facebook, Twitter ou encore Youtube qui permettent d’échanger, fédérer et diffuser ses idées rapidement à un grand nombre de citoyens. En plus d’être présents sur ces réseaux, les partis politiques ont tenté de lancer leurs propres réseaux sociaux mais sans succès. Le premier fut à l’initiative du parti « les Républicains » en 2010 avec « Les créateurs possibles » qui fut un échec retentissant, 1 million d’euros investit pour seulement 15.000 inscrits et une fermeture un an après son lancement. De même pour le réseau social du Front National « Les patriotes » ouvert discrètement en 2014 et fermé sans explications en avril 2016. Quant à « Coopol » pour le Parti Socialiste, il existe toujours mais peine à exister et ne rencontre par le succès escompté.

Le citoyen est au cœur de cette digitalisation politique. De nombreux sites web et applications smartphone ont vu le jour afin de prendre part localement à la vie politique. Prenons l’exemple du site « La transition », qui souhaite présenter un candidat de la société civile à l’élection présidentielle ou l’application Civic Tech « Stig » qui permet aux citoyens de soumettre puis de voter pour les idées proposées par les autres membres. Les élus ont un espace réservé sur l’application qui leur permet de voir les meilleures idées retenues afin de les mettre en place. Profitant de ce contexte, de nouveaux acteurs citoyens ont émergé en tissant leur réseau sur Internet comme l’éphémère « Nuit débout » en 2016 ou les mouvements « Nouvelle donne & Nous citoyens » qui rassemblent les citoyens afin d’élaborer des programmes différenciant, issus de la société civile.

Internet permet d’assouplir le fonctionnement très hiérarchisé des partis et ouvre la porte à une co-construction dans l’élaboration des programmes. Le lien se crée entre parti et électeurs et permet un nouvel engagement dans l’action politique. Citons la mairie de Paris qui a attribué 5% de son budget aux citoyens en ouvrant une plateforme d’échange d’idées permettant de voter pour le projet à mettre en place sur l’année à venir. Ainsi, l’aménagement de toits végétalisés dans la capitale a remporté le premier scrutin en 2015.

Ce lien digital entre partis et électeurs permet une collecte et une étude précise des informations sur ces derniers. Ces données servent à un meilleur ciblage des messages, une animation du réseau de bénévoles ou encore la collecte de fonds qui aboutissent à une meilleure efficacité des campagnes. C’est une nouvelle forme de marketing politique qui s’appuie sur une communication personnalisée. Une Start-up bordelaise, « Quorum », propose ses services aux partis politiques afin d’outiller les militants sur le terrain grâce à une application qui récupère de les données des électeurs et permet de coordonner géographiquement les actions mais également de constituer une base de données unique et pérenne. C’est donc un enjeu majeur pour l’avenir politique.

Lorsque la digitalisation politique rime avec « désinformation »

La présence des hommes politique sur Internet fait partie intégrante de leur stratégie de communication. Ils façonnent leur image afin d’intensifier leur notoriété, se moderniser et cibler au mieux leurs messages. Le réseau social le plus utilisé par les politiciens est Twitter qui permet de s’exprimer en seulement 140 caractères, les poussant ainsi à être concis. Cette interface leur permet de diffuser des messages directs et instantanés qui peuvent aboutir au partage d’analyses moins argumentées et parfois trop clivantes.

Les messages sont plus faciles à véhiculer et à relayer par des influenceurs ou des journalistes qui font le lien avec les médias classiques. Tout le monde peut prendre part au débat et cherche à se faire entendre à tout prix sur tous les sujets. Certains politiques en abusent et tombent dans une surexposition. Ils perdent en crédibilité en commentant à tort et à travers chaque fait politique. L’instantanéité qu’offre Internet devient alors un inconvénient.

En effet, les partis politiques n’encadrent pas la communication de leurs membres sur les réseaux. Certains propos aboutissent parfois à des polémiques entrainant un buzz négatif difficile à contenir sur Internet. Ces écarts peuvent laisser craindre un affaiblissement de la crédibilité institutionnelle auprès des citoyens lorsque les hauts dirigeants se prêtent à cet exercice du tweet mal maitrisé. Un autre risque lié à cette digitalisation est la propagation d’informations erronées ou non vérifiées de la part des politiciens qui se précipitent pour communiquer. Dans ces conditions, le digital peut contribuer à une déperdition de la qualité du débat politique.

Cette numérisation a entrainé une simplification de l’argumentation politique due à l’instantanéité et à la viralité de l’information. Les partis et les hommes politiques ont encore du mal à s’adapter au digital afin d’en tirer un réel avantage. Cette digitalisation peut être à double tranchant, pouvant les rapprocher de leurs électeurs par l’interaction mais pouvant également se retourner contre eux en ternissant leur image.

Si les partis et les politiciens ne prennent pas le virage de la digitalisation, l’avenir de la politique est en danger tant le fossé va se creuser entre les institutions et les citoyens notamment les jeunes électeurs. Cependant ils doivent être mieux accompagnés dans cette démarche afin d’éviter les écueils. Une politique collaborative et digitale est en marche mais son avenir est entre les mains de la classe politique. En intégrant mieux les citoyens dans ce processus, une modernisation de nos institutions est possible afin que l’appareil politique soit en phase avec notre société et ainsi renouer un dialogue de qualité.

Par Aurélien André consultant du cabinet ADWAY

 

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