Les Echos – 17 décembre 2017 :

Certains parlent de barrière, d’autres de frein ou encore de bataille lorsque le sujet de la règlementation au sein des banques est abordé. Face à l’avènement des nouvelles technologies qui occupent déjà leur quotidien, les banques évoquent aujourd’hui leur inquiétude devant l’augmentation permanente des règlements.

Comment le système bancaire est-il arrivé au point de rupture, et quelles sont les solutions pour apaiser cette tension ?

Un système « Action – Réaction »

Années 70-80, le système bancaire mondial émerge, apporte avec lui son lot d’évènements (krach boursier d’octobre 1987, crise obligataire anglaise de 1974…) et met en évidence un paysage bancaire non régulé, parsemé de multiples acteurs. On commence alors à comprendre la nécessité d’apporter une stabilité à un système universel et international : c’est la naissance des accords Bâle I en 1988.

Années 90-2000, la mondialisation du système bancaire, l’explosion des dérivés et l’épisode de la bulle internet font ressortir un principe fondamental : l’existence de trois risques majeurs au sein du système (crédit/marché/opérationnel). Les accords Bâle II sont alors mis en place en 2004, et ce afin d’assurer la gestion de ces risques.

Automne 2008, la crise bancaire et financière met en exergue le caractère systémique du risque qui existe entre les différentes banques de la place. Il devient alors nécessaire de garantir la solidité financière des banques : le pilier Bâle III est alors créé en 2010. Le point commun entre ces piliers ? Les crises ont façonné une règlementation bancaire à réaction, devenue trop oppressante pour les banques.

De l’inflation à la pression réglementaire

« Mieux vaut prévenir que guérir » : c’est sur ce dicton que les régulateurs imposent désormais leurs règles du jeu au sein du système. Les erreurs du passé ont montré que les divers évènements n’ont pas été suffisamment anticipés, et pour ne pas reproduire ce schéma, ceux-ci optent dorénavant pour une solution préventive plutôt qu’une solution curative. Le résultat est éloquent : en moyenne, l’Union Européenne approuve plus de 1 200 règlements par an.

En théorie, plus de règlementation rime avec confort et assurance du système bancaire ; mais en pratique, cette surenchère impacte le secteur et tendrait même à faire évoluer le coeur d’activité des banques vers le réglementaire, un comble… Les conséquences sont multiples : entre l’évolution des business model, la forte mobilisation opérationnelle et l’augmentation des coûts liés aux développements informatiques, force est de constater que si les régulateurs continuent sur cette lancée, les banques ne pourront pas suivre le rythme, ou bien au dépens de leurs activités principales et de surcroît, à des coûts pharaoniques. Qu’il s’agisse de MIFID 2 (2018) AnaCrédit (2018), IFRS9 (début 2018), FRTB (2019) ou encore MRL (2020), la question de la donnée devient un enjeu majeur pour le futur cadre réglementaire en banque.

La gouvernance de la donnée : un enjeu majeur pour la suite

En janvier 2013, le comité de Bâle publie la recommandation BCBS 239 ayant pour objectif l’amélioration des pratiques de reporting, et par conséquent, l’amélioration de la qualité des données. Aujourd’hui, bien qu’étant une simple recommandation, il est fort probable que BCBS 239 prenne un caractère obligatoire ; de ce fait, les établissements bancaires sont contraints d’intégrer cette gestion de la donnée dans leur projet.

L’enjeu de cette recommandation est d’autant plus important qu’elle constitue pour les banques les fondations d’un Système d’Information (SI) efficient. Et la performance de la banque de demain réside bel et bien dans sa capacité à ingérer, stocker, et restituer les données de son SI dans un temps « record ». En effet, les reportings imposés par le régulateur sont toujours plus exigeants sur les délais de mise à disposition des données, mais également sur la granularité des informations demandées. Dans une même logique, un SI de meilleure qualité aura pour conséquence de réduire les potentiels impacts opérationnels liés aux demandes fréquentes des régulateurs.

La bonne gouvernance des données apparaît alors comme une base de travail pour une banque souhaitant pouvoir répondre à ces exigences réglementaires sans pour autant les subir sur le plan opérationnel ou économique. Connaître les délais de production, la qualité de ses données, leur historique, présence, exhaustivité, sont autant de points essentiels permettant de répondre plus aisément aux exigences des régulateurs, tout en modernisant la banque. Mais cette modernisation pose également la question de l’administration d’un volume de données considérables. Et si le « Big Data » qui symbolise aujourd’hui cette nouvelle ère de la donnée était finalement au service de la règlementation bancaire ?

Par Marie Guigout consultante du cabinet VERTUO Conseil

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