A l’heure d’une première forme d’embellie des indicateurs économiques, 2 études distinctes, menées en 2016 par Intrum Justitia, spécialiste du recouvrement de créances, et Euler Hermès, mettent en évidence le laxisme de la France dans le domaine des délais des paiements. Une situation en passe d’évoluer sous la pression réglementaire mais aussi avec le retour au premier plan du métier d’affactureur grâce à des innovations numériques.

Les délais de paiement abusifs coûtent près de 16Md€ aux PME françaises chaque année. Concrètement, une défaillance d’entreprise (de moins de 5 ans) sur quatre est due à des difficultés de trésorerie notamment liées aux retards dans la perception des revenus. Une situation qui explique en partie le boom du marché de l’affacturage ces dernières années, ce métier encore souvent méconnu qui consiste pour une entreprise à céder ses factures clients à un acheteur qui avance donc de la trésorerie en contrepartie d’une prime sur la gestion des factures (et des inévitables impayés).

Un métier méconnu mais ceci appartient peut-être au passé. La vague « French-Fintech » a vu éclore une dizaine d’entités annonçant bouleverser les pratiques obsolètes de l’affacturage. Des factoring-tech, en quelque sorte, qui se poseraient en sauveur de la trésorerie des PME. Leurs atouts sont nombreux par comparaison aux acteurs classiques émanant des grands groupes bancaires qui détenait jusque-là le monopole du secteur avec 12 acteurs sur 14 issus de leur giron.

En premier lieu figure le délai de mise en place, oscillant entre 24 et 48h, là où le processus de décision pouvait prendre jusqu’à plusieurs semaines. Ceci est rendu possible par le recours à des algorithmes auto-apprenants qui scannent l’ensemble des informations disponibles sur chaque entreprise cédante (dont des factures dématérialisées), en lieu et place d’analyses manuelles sur des informations basiques ou de la documentation papier.

Vient ensuite une structure de coût nettement allégée qui se répercute directement sur les grilles forfaitaires appliquées à ses clients, pour une lisibilité et une transparence bienvenues dans un monde bancaire pas toujours modernisé.

Autre avantage de taille : ces nouveaux acteurs ne se positionnent pas directement sur un métier d’affactureur mais proposent un service de monétisation des factures, ce qui leur permet de conserver un statut moins contraignant que les banques concurrentes du point de vue réglementaire.

Autant d’atouts qui ont permis à ces factoring-tech de rapidement découvrir les joies de la rentabilité. Bien entendu, la riposte bancaire ne s’est pas faite attendre et plusieurs acteurs majeurs ont déployé de nouvelles offres digitales comblant une certaine partie du retard, notamment sur le volet dématérialisation des factures et la disponibilité du service (applications mobiles). Mais comme souvent, c’est un tort que de chercher à opposer ces deux typologies d’acteurs. Car là où les banques traditionnelles se positionnent dans une logique de coverage, c’est-à-dire en réponse à une large palette de besoins de leurs clients majeurs, les factoring-tech vont sur des marchés de TPE ou de PME où la souplesse et la rapidité priment. Ainsi, la combinaison de ces deux acteurs assure pleinement la vocation initiale de financement de l’économie réelle, souvent perdue de vue dans la recherche de la rentabilité.

Or, sur fond de lutte contre le chômage de masse par la nouvelle équipe gouvernementale, il est de bon ton de rappeler l’importance capitale de la santé des TPE et des PME pour l’économie du pays, qui demeure l’une des clefs pour la réduction de la défaillance des entreprises. Si l’attention politique s’est beaucoup focalisée sur le désendettement public et l’investissement, le cœur du problème d’une majorité de sociétés se situe sur une toute autre échelle de temps, à très court terme, dans une logique de trésorerie au jour le jour, et non sur une vision long terme de développement de l’activité. Ce qui reste une priorité nécessaire et indispensable avant de s’atteler à des projections plus stratégiques.

Par Adrien Aubert, Associate Partner du cabinet VERTUO conseil

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