« Transparence et bienveillance, nous y viendrons tous » semble nous dire chaque jour l’actualité. Pratiques politiques, relation client ou communication de crise ont leur nouvelle boussole… Mais est-ce vraiment la direction idéale pour le management ?

Elles semblent être partout, au cœur de toutes les intentions, sur toutes les bouches : transparence et bienveillance. Cet excès apparent vient contrebalancer des décennies de manque évident en la matière, quel que soit le secteur d’activité considéré.
Pourtant, concernant le management d’entreprise, si l’on prend un peu de recul n’y a-t-il pas de superbes paradoxes à utiliser la transparence pour masquer certains sujets, à être bienveillant en négligeant les attentes réelles de chacun ? En réaction, n’y a-t-il pas un chemin plus intéressant pour tous, managers et managés ?

TRANSPARENCE ET BIENVEILLANCE, LES NOUVEAUX ÉTENDARDS DU MANAGEMENT

Si le bien-être du collaborateur est devenu un sujet phare du management ça n’est ni sans raison ni sans difficulté. Pour autant ce progrès montre ses limites.

En 2014 une étude anglaise (université de Warwick) chiffrait le gain de productivité d’une équipe heureuse à 12%. Cette prise de conscience collective vient après le terrible coup de tocsin des démobilisations, burn-out et suicides malheureusement recensés au début de ce siècle dans toutes les sociétés confrontées à de brusques changements de modèle économique. Délocalisations, nouvelles concurrences, digitalisation à bride abattue ont fait oublier l’essentiel : la place de l’homme dans l’organisation, son ressenti, ses besoins.
Pour un humanisme sincère ou pour un cynique ressort de productivité, les entreprises ont fait évoluer leur relation au collaborateur, ont prôné de nouvelles valeurs de transparence et de bienveillance, ont tenté de mettre ces intentions en pratique. Rapprochement du management, multiplication des échanges collaboratifs, refonte des lieux de travail sont des évolutions positives et attendues pour remettre l’humain au cœur des préoccupations. L’avènement du Chief Happiness Officer vient alors achever cette image parfaite d’un monde feutré, performant mais non concurrent où les relations inter-personnelles sont aplanies pour le bien individuel et collectif.

Mais qui dit achever dit aussi tuer. Derrière cette image parfaite se cache un leurre parfait. Une transparence sélective n’empêche pas de masquer des sujets clefs. Cette transparence, gadgétisé sur le taux de turn-over, la moyenne des primes ou la marque de voiture du directeur ne peut faire office de vision. Confondre la vision des orientations futures et la transparence du quotidien, c’est accepter de monter sur une jolie barque sans s’intéresser aux rivières et torrents à venir. Dans ce contexte, la bienveillance devient une manipulation, volontaire ou non, qui infantilise le collaborateur et le laisse à l’écart, dans une bulle où le like est devenu la nouvelle mesure, mêlant la qualité de son travail à l’affection de son manager.

Face à un tableau si contrasté, gardons l’essentiel – le respect des hommes et des femmes qui portent l’entreprise – et demandons-nous comment aller plus loin pour satisfaire des attentes légitimes.

SINCÉRITÉ ET INTÉGRITÉ, UNE ATTITUDE MANAGÉRIALE PLUS AMBITIEUSE

Une entreprise, une société au sens étymologique du terme, est une superposition complexe d’objectifs personnels divergents, de concurrences pas toujours saines et de rapports humains parfois très hypocrites. Une entreprise est complexe comme un être vivant et comme tout être humain, elle a ses faces cachées qu’elle ne saurait révéler. Au vu des limites évoquées, osons dépasser la transparence et la bienveillance. Posons deux concepts, la sincérité et l’intégrité, et jugeons de leur portée supérieure pour le collaborateur comme pour l’entreprise.

Dépasser ne veut pas dire effacer. Politesse, empathie, disponibilité, esprit positif… ces principes de base de la bienveillance ne sont évidemment pas à jeter aux orties. Mais admettons qu’ils relèvent d’abord et avant tout d’une logique de simple « optimisation » de la relation interpersonnelle. La sincérité c’est l’expression de la responsabilité du management. « Oui, je cherche à te faire grandir au sein de l’organisation, et pour y parvenir, plus que de la bienveillance, je te promets la vérité sur ce que je pense de nos relations professionnelles ». Ce postulat oblige donc à expliquer et s’appuyer sur l’intelligence des situations de chacun. La sincérité combine bienveillance, franchise et devoir. Elle oblige à partager les tenants et aboutissants de chaque situation pour progresser. Maintenant, si la sincérité oblige à un partage, encore faut-il de la matière pour l’alimenter.

C’est l’intégrité qui donne la matière attendue. Mieux qu’une communication dite transparente, il s’agit ici d’actes authentiques, reflets de convictions et d’engagements. L’entreprise agit avec loyauté, franchise, droiture et ouverture d’esprit pour nourrir, comme promis, la croissance de chaque collaborateur. Si l’intégrité est une obligation bien plus forte pour l’entreprise, elle appelle également une réciprocité de chaque collaborateur. Impossible d’imaginer des attitudes qui ne soient pas miroir l’une de l’autre. L’intégrité nous amène donc devant une obligation partagée. Bien plus qu’avec la transparence, descendante et partielle, l’intégrité induit une responsabilisation forte de tous les acteurs de l’entreprise. On pourra même imaginer une évolution des valeurs de l’entreprise en fonction de ses principaux managers afin que leurs ressentis personnels aient prises sur l’entreprise et non l’inverse.

Nous avons noté combien les deux nouvelles valeurs incluaient et transcendaient les précédentes. Remarquons aussi le saut, flagrant, d’une posture transparence/bienveillance quasi statique où l’entreprise choisit ce qu’elle distribue vers une posture sincérité/intégrité bien plus dynamique, obligeant toutes les parties à une adaptation permanente entre attentes collectives et attentes individuelles. Derrière ce mouvement nous retrouvons, sans mensonge ni fausse pudeur, les notions d’efforts, d’amélioration et logiquement de performance. A l’ère de la « cool company » ces trois mots peuvent effrayer. Pourtant, sincérité et intégrité obligent à franchir ce pas.

OUBLIONS LE BABY-FOOT, RESSUSCITONS LE DIALOGUE SOCIAL

Sincérité et intégrité obligent bien sûr, mais avant tout elles permettent, elles libèrent, elles ouvrent. Nous voilà revenu à l’essence même du management : faire grandir plutôt que surveiller ou cajoler. Agir ainsi c’est répondre à des besoins bien plus forts et larges qu’auparavant.

Les besoins individuels de chaque collaborateur sont évidemment les premiers servis. Bien plus qu’un baby-foot à la cafétéria c’est un management qui écoute, qui explique, et surtout qui décide, que réclament les collaborateurs dans les études les plus objectives sur le bien-vivre au travail. Sincérité et intégrité viennent donc à temps pour redonner de la valeur et de la portée aux dialogues individuels, aux parcours de progression et in fine permettre de traiter efficacement les attentes et les potentiels réels de chacun.

Les besoins d’adaptation du groupe à des facteurs externes gagnent également à ce nouveau contrat de confiance rétabli au sein de l’organisation. En effet sincérité et intégrité ne signifient pas « situation immuable » mais plutôt « accompagnement permanent ». Entreprise comme collaborateurs font partie de multiples environnements mouvants et s’assurent l’un envers l’autre de partager leurs perspectives respectives puis d’agir en combinant respect individuel et intérêt collectif.

Enfin, parlons du futur et des besoins d’innovation. Derrière la seule bienveillance il y avait une tendance à simplement réguler, normer, affadir. Avec une nouvelle vision des rapport managériaux, les propos sont plus vrais, les idées sont plus crues. Dans ce contexte il est quasi naturel, pour qui veut, de proposer de nouvelles pistes. « Comment sortir du cadre » n’est plus une question, on en sort sans même s’en rendre compte. En favorisant l’expression des intuitions individuelles, le management détecte et accompagne bien plus efficacement les nouveaux talents, au bénéfice de la personne comme du collectif.

Il est clair que les rôles de chacun sont transformés, surtout pour les managers. Il n’est plus question de gérer un mouvement paisible mais de susciter une ébullition maîtrisée. Cette ambition est bien plus exigeante, certes. Mais veut-on réellement oublier la dimension essentiellement humaine d’une entreprise ? Veut-on éternellement louper son objectif managérial avec de maigres efforts, sources de lourdes incompréhensions ? Veut-on négliger tout un nouveau flux d’idées neuves de peur de ne savoir les traiter ?

D’évidence tout est question d’intention.
La bienveillance sans la sincérité c’est de l’indifférence maquillée. La transparence sans l’intégrité c’est du détournement d’attention.

Il n’y a rien de honteux à prendre conscience que les mots à la mode sont à oublier ou à surpasser. Les entreprises comme les individus peuvent changer d’avis, d’envie et d’ambition. Replacer sincérité et intégrité au cœur de chaque relation dans l’entreprise pose des repères clairs et mobilisateurs pour tous. Collaborateurs, actionnaires, clients, fournisseurs, candidats et partenaires savent à la fois sur qui et quoi compter mais aussi comment agir eux-mêmes avec la liberté et l’optimisme de créateurs.

Finalement sincérité et intégrité donnent ainsi un nouveau sens à l’autorité, une autorité apaisée, respectée et bénéfique. Après des décennies de modèles managériaux enchaînant autoritarisme, rébellion, déconstruction et désillusion, visons un nouvel équilibre ! Il est temps pour chaque entreprise de réfléchir à son évolution intérieure pour mieux aborder les révolutions extérieures.

Par Julien Borderie Directeur Associé et David Satta Project Manager du cabinet VIATYS

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