C’est avec la formidable invention de l’ordinateur et dans la foulée d’Internet que le XXe siècle a bouleversé les modes traditionnels de communication et d’échanges d’information. L’évolution appelle l’évolution, c’est pourquoi nous assistons aujourd’hui à celle de la monnaie qui tend à devenir immatérielle.

Ce phénomène ne nous est pas inconnu puisque nous pratiquons déjà le paiement instantané par le biais de nos appareils électroniques (téléphones portables, tablettes et/ou ordinateurs).

Mais la dématérialisation de la monnaie va plus loin que cela, notamment avec l’apparition de crypto-monnaies comme le Bitcoin en 2009 ou encore son principal concurrent Ethereum, basées sur le principe de la Blockchain, ces plateformes nous permettent d’effectuer des transactions avec une monnaie strictement numérique. Dès lors nous comptons de nombreux acteurs économiques utilisant ces systèmes, aussi bien les cabinets d’avocats que les sociétés de prestations de services comme Namecheap, WordPress ou encore Reddit (1) .

Dans la foulée de nombreuses sociétés se sont développées dans le but de marier la technologie et les activités financières. En France, il s’agit par exemple de Finekap, spécialisée dans l’affacturage, et LendingClub, pratiquant l’octroi de prêts sans intermédiaires (2) . Ces sociétés reprennent une grande partie des activités autrefois exercées par les banques.

Force est de constater que la monnaie sous sa forme électronique devient un concurrent direct des acteurs bancaires, phénomène ironique quand on sait que ce sont les banques qui sont à l’origine de la création de monnaie.

La monnaie dématérialisée s’inscrit dans une logique de simplification faisant apparaître de nombreux avantages.

L’argument peut paraître banal, toutefois, la dématérialisation aurait comme effet positif d’épargner le coût engendré par la création de monnaie métallique et fiduciaire. De plus, la gestion de monnaie (installation de systèmes de sécurité dans les commerces et les agences bancaires) ainsi que son transport physique (fourgons blindés) sont des coûts inévitables dès lors que celle-ci est créée. C’est l’apparition de la monnaie scripturale qui donne le ton dans les années 1960 en France. La facilité des échanges, la simplicité des traitements qui découlent de cette monnaie n’ont fait que tendre vers des innovations technologiques pour une monnaie électronique. Cette évolution de la monnaie s’apparente à une mutation, la monnaie change de peau en s’adaptant aux époques et aux modes de vie.

L’instantanéité des échanges d’information permet une simplification et une sûreté des transactions. Ainsi la traçabilité de la monnaie électronique a pour vocation de limiter le développement de « marché noir » et d’économies parallèles. Qui dit traçabilité dit transparence de l’information. Aussi, la transparence de cette monnaie entraîne une obligation des institutions financières de se rendre accessibles quant à la demande d’information. Ce trait de caractère de la monnaie peut contribuer au rétablissement de « l’honneur » des établissements bancaires cherchant perpétuellement à rétablir leurs réputations souvent entachées ces dix dernières années du fait de scandales financiers. Un des plus connu sans doute, le scandale autour de la banque HSBC reconnue coupable du blanchiment de l’argent de narcotrafiquants, pendant 7 années de 2003 à 2010 (3).

L’avènement de nouveaux moyens de paiement contribuent à la lente disparition de la monnaie physique comme instrument de paiement. Qui ne préfère pas une carte de crédit pesant quelques grammes aux pièces de monnaie encombrantes ? La dématérialisation est incontestablement un outil révolutionnaire pour simplifier la vie de tous les jours. Le développement du « sans contact » en est encore un, mis en place pour faciliter les achats de faibles montants, il est à l’origine de 235 millions de transactions en 2015 (le plafond de paiement de 20€ sera remonté à 30€ à l’automne 2017) (4).

Alors qu’au XVII siècle c’est en Suède que le premier billet de banque fait son apparition, aujourd’hui nous pouvons observer dans ce pays des personnes d’une soixante d’années sortir leurs téléphones portables afin d’effectuer un virement instantané pour l’achat de fruits/légumes sur des places de marchés. Nombreux sont les commerces qui n’acceptent plus de paiement en « liquide » (5). Dans cette même dynamique, nous constatons l’apparition de nouvelles start-up comme Tagcash et PayinTech spécialisées dans le « cashless » ou proposant des moyens de paiement « cashless ».

Actuellement, la tendance est au Bitcoin, affirmant sa présence sur le continent asiatique et plus particulièrement en Chine où la population tente de faire face à la baisse du yuan (6). Il n’est pas exclu de dire que la baisse d’une autre devise pourrait apparaître sur d’autres continents et ainsi de constater que le phénomène Bitcoin permet de pallier aux risques liés aux taux de change.

Il apparaît difficile d’imaginer que la monnaie électronique ne prenne pas le pas sur les autres formes de monnaies existantes, étant considérée comme un tournant technologique et historique. Toutefois, il ne faut pas en oublier les travers.

C’est la traçabilité des échanges qui apparaît comme « dangereuse » en premier lieu. Elle peut être perçue dans l’esprit des individus comme un pouvoir permettant de s’introduire dans la vie d’une personne instaurant ainsi dans les mentalités un effet « Big Brother », car la traçabilité peut rapidement se confondre avec le contrôle et engendrer une sensation de perte de vie privée.

L’évolution de la monnaie doit donc entraîner un cadre réglementaire adapté. Elle doit être examinée vis-à-vis des libertés fondamentales auxquelles elle peut s’avérer contraire du fait de sa nature même (art.8 CEDH). De nombreuses interrogations viennent alors en tête : de quelle manière les paiements sont-ils tracés ? Par qui ? Comment être sûr que les données personnelles seront protégées ?

Ainsi, nous voyons l’apparition de règlements européens comme le GDPR (General Data Protection Regulation) rendant aux personnes physiques le contrôle de leurs données personnelles ainsi que la possibilité de connaître le cheminement de celles-ci au travers des entités dans lesquelles elles transitent afin de s’assurer qu’elles ne sont pas employées à d’autres fins que celles connues au moment de leur enregistrement.
Les institutions bancaires se voient déjà pointées du doigt comme « responsables » des données personnelles et commencent à prendre des mesures en interne afin de rester le plus transparent possible vis-à-vis de leurs clients. Ces démarches s’avèrent coûteuses en terme de contrôle et de protection de la donnée (mise en place de contrôles de data quality, de data lineage, définir des règles de sécurité d’accès et de conservation de la donnée).

Il serait légitime de penser que la dématérialisation de la monnaie constitue une force afin de lutter contre les actes de délinquance tels que les vols à main armée ou encore les attaques de fourgons blindés. Cependant, il ne serait pas tout à fait correct de dire qu’elle y joue un rôle majeur. En effet, la tendance est déjà à la baisse, en France de 2008 à 2014 les vols à main armée ont diminué de 75% et les hold-up contre les commerces de détail ont reculé de 37% (7) .

Toutefois, il nous est possible de constater que la délinquance a évolué en même temps que les technologies. En effet, le développement de financements participatifs permet la création de projets prometteurs et de nouvelles start-up innovantes. Seulement, comme nous le montre l’affaire d’Eric Chevalier (créateur de jeu semblable au Monopoly) avec la plateforme Kickstarter il est également possible de récolter 123 000 dollars et de disparaître dans la nature simplement avec un message « le projet est terminé, le jeu est annulé ».
Plus spectaculaire encore, 7 millions de dollars d’Ether (l’unité de monnaie de la plateforme Ethereum) ont été hackés en l’espace de trois minutes lors d’un transfert de fonds en modifiant « simplement » l’adresse de réception des fonds (8) .

Il est impossible de freiner l’évolution de la technologie puisqu’elle émane de l’énergie créatrice de l’Homme. Ainsi, l’adaptation est la meilleure des réactions face à ces innovations. Les banques l’ont compris et bien qu’elles aient eu pour habitudes de ne pas se fier aux start-up et autres entreprises innovantes par le passé, elles semblent s’être entendues pour les intégrer dans leur mode de fonctionnement. C’est ainsi que l’on voit la BNP rachetée Compte-Nickel, société de service de compte bancaire alternatif, en avril 2017 à hauteur de 95% de son capital pour 200 millions d’euros, ou encore Pumpkin rachetée par le Crédit Mutuel Arkéa (9) . Ces associations entre Banques et Fintech, démontrent une volonté des acteurs bancaires de vouloir rester compétitifs face aux changements technologiques qu’ils ne maîtrisent pas forcément.

Mais qui dit adaptation dit changement de business model et par la même on voit s’accélérer la fermeture des agences bancaires physiques entraînant un bouleversement au niveau de la masse salariale, comme l’annonce du LCL sur la fermeture de 240 agences à fin 2019 ou encore la Société Générale qui envisage de fermer 400 agences d’ici 2020.

Outre le bouleversement économique qu’engendre la digitalisation de la monnaie il ne faut pas oublier que les ressources naturelles et leur rareté future sont mises à l’honneur depuis quelques années. Ainsi, est-il cohérent de se tourner vers des plateformes de monnaies virtuelles comme le réseau Ethereum qui consomment actuellement l’équivalent de la consommation électrique d’un pays comme Chypre (10) ?

Par Morgan Dejou consultante senior du cabinet VERTUO conseil

Sources :

  1. https://bitcoin.org/fr/faq#qu-est-ce-que-bitcoin
  2. https://www.challenges.fr/start-up/start-up-ces-fintech-qui-bouleversent-les-banques-et-assurances_40067
  3. http://www.lemonde.fr/evasion-fiscale/article/2015/02/08/swissleaks-hsbc-la-banque-de-tous-les-scandales_4572333_4862750.html
  4. http://www.lefigaro.fr/conso/2017/01/30/20010-20170130ARTFIG00089-le-plafond-du-paiement-sans-contact-va-passer-a-30-euros.php
  5. https://www.theguardian.com/business/2016/jun/04/sweden-cashless-society-cards-phone-apps-leading-europe
  6. https://www.lesechos.fr/02/01/2017/lesechos.fr/0211652174962_comment-la-chine-fait-flamber-le-bitcoin.htm
  7. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/10/08/01016-20151008ARTFIG00100-le-nombre-de-braquages-de-commerces-diminue.php
  8. http://mashable.france24.com/tech-business/20170718-hackers-7-millions-dollars-ether
    http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/bnp-rachete-la-success-story-compte-nickel-678661.html
  9. http://www.lepoint.fr/economie/fintech-chaque-banque-cherche-sa-start-up-05-08-2017-2148261_28.php
  10. http://mashable.france24.com/tech-business/20170627-monnaie-virtuelle-ethereum-consommation-electricite
  11. http://www.huffingtonpost.fr/pascal-ordonneau/monnaies-virtuelles-cryptees_b_7031100.html?utm_hp_ref=fr-monnaie-virtuelle

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