Economie Matin – 29 mars 2018 :

Comme certains Français accros à leur portable ou leur tablette, peut-être avez-vous pris en ce début d’année la résolution de vous détacher des écrans. « Se déconnecter pour mieux se reconnecter » avec soi-même, avec les autres ou avec la nature, la tendance fait de nombreux adeptes ainsi que des business florissants.

Quand l’hyperconnectivité devient pathologique

En janvier 2018, 88% des français utilisent internet au moins occasionnellement et l’on compte près de 64 millions d’abonnements mobile, soit 98% de la population. Le numérique est devenu le quotidien de toutes les catégories d’âge et de tous les milieux sociaux. La progression la plus frappante concerne l’utilisation du smartphone puisque 71% des français possédaient un accès mobile via leur smartphone en juin 2017 alors qu’un an auparavant ils ne représentaient que 60% de la population.

Cette « hyperconnectivité » peut provoquer des situations d’addiction. Si la plupart d’entre nous ont déjà ressenti une légère anxiété en s’apercevant de l’oubli de leur smartphone à la maison ou de la mauvaise qualité de la couverture réseau de leur lieu de vacances, pour certains ce sentiment peut devenir pathologique. Ne pas avoir son mobile à porter de main entraîne alors une véritable angoisse, on parle de « nomophobie », terme issu de la contraction de « no mobile phobia ». Les personnes dépendantes ont une utilisation incessante de leur téléphone. Le numérique devient alors une véritable addiction qui peut conduire à un repli sur soi et impacter négativement la vie sociale « réelle » de l’individu.

Les principaux responsables de ce fléau sont les réseaux sociaux. Leur usage intensif entraîne des formes d’anxiété sociale comme le syndrome FOMO, « fear of missing out ». Cette pathologie pousse ceux qui en souffrent à consulter les plateformes sociales en tout lieu et en toute situation, au détriment des relations sociales « non numériques ». Dirigées par la peur excessive de manquer un évènement ou une information, les personnes addictes ont tendance à s’isoler en portant toute leur attention sur les réseaux (anti)sociaux.

Les bienfaits de la déconnexion

Se déconnecter permet donc tout d’abord de se reconnecter avec les autres. Détachés de l’emprise du smartphone, nous apprécions davantage les moments passés avec nos proches et entrons plus volontiers en interaction avec les nouvelles personnes qui croisent notre chemin. Lever la tête de notre téléphone permet d’observer le monde qui nous entoure, de s’ouvrir aux autres, de développer des relations interpersonnelles réelles et d’améliorer l’aisance relationnelle. Nos sens sont en éveil et notre concentration accrue, nous mémorisons alors davantage de petits détails.

Affranchi du réflexe de la « recherche Google », nous sollicitons davantage notre créativité. Les discussions sont plus ouvertes, les débats plus animés, ce qui pousse à la réflexion et à l’argumentation. L’impact est également non négligeable sur la productivité au travail. Sans consulter constamment nos emails ou les réseaux sociaux nous devenons moins multitâches, plus concentrés et donc plus productifs.

Grâce à la télévision, aux réseaux sociaux et aux sites d’informations nous avons accès à un flux d’informations permanent qui ne permet pas une prise de recul et une véritable analyse du message entendu ou lu. Nous ne sommes que les consommateurs d’informations préalablement sélectionnées dont le discours bien souvent orienté influence nos jugements. Loin des écrans, les seules sources d’information sont les livres ou les magazines, en choisissant ceux que nous consultons nous devenons alors acteurs de notre information. Nous pouvons alors nous instruire plutôt que nous informer.

Enfin, limiter son exposition aux écrans a également des effets positifs sur l’organisme. La qualité du sommeil est améliorée, les yeux reposés car moins sollicités pour l’accommodation, la posture améliorée… En effet, nombreux sont ceux qui souffrent de douleurs musculaires liées à une utilisation prolongée d’écran ou de migraines causées par de l’inconfort visuel.

Si les raisons pour faire un break du numérique ne manquent pas, les moyens non plus

Nés dans la Silicon Valley, le berceau de la high-tech, des centres spécialisés proposent des stages de « digital detox ». Alors qu’habituellement nous payons un supplément pour obtenir la télévision ou le wifi, les clients s’inscrivent à ces séjours pour qu’on leur empêche l’accès à toute forme de technologie. Si le concept peut paraître paradoxal il fait pourtant de nombreux adeptes, parmi les particuliers mais aussi les entreprises qui organisent des sessions collectives de detox du numérique dans le cadre de séminaires. Ces « break digitaux » proposent des activités de bien-être comme la méditation ou le yoga, des randonnées en forêt ou en bord de mer… L’objectif est de se déconnecter du numérique pour se reconnecter avec soi-même et avec la nature.

Paradoxalement, notre smartphone lui-même peut s’avérer être le meilleur outil pour nous aider à avoir une relation plus saine au numérique. Les applications mobiles surfent elles aussi sur cette tendance à la détox. Il en existe en tout genre. Certaines nous informent sur le nombre de fois où nous consultons son smartphone, d’autres en bloquent l’accès sur des plages horaires définies par l’utilisateur… Une application permet même de « s’autopunir » en faisant payer de petites amendes aux utilisateurs qui passent trop de temps sur Facebook.

Enfin, plus radicale mais certainement plus efficace, la solution pour éviter de passer son temps à « scroller » sur Twitter, Instagram ou Facebook peut être de troquer son smartphone contre un « dumb phone ». Seulement capable d’envoyer des textos et passer des coups de fil, ce téléphone est un retour aux fondamentaux. Autre alternative, pour ceux qui ne peuvent se résoudre à abandonner leur smartphone, ils peuvent le coupler à un « light phone ». De la taille d’une carte de crédit, ce téléphone n’a comme uniques fonctionnalités que celles de recevoir et passer des appels et dispose d’une autonomie record pouvant aller jusqu’à 20 jours. L’utilisateur peut alors choisir de prendre l’un ou l’autre avec lui en fonction du besoin.

Se déconnecter ne signifie pas renoncer à toute forme de technologie mais plutôt à en limiter l’usage. C’est reprendre le contrôle sur ces outils. Les utiliser avec davantage de discernement : comme un moyen de communication, une source d’information ou de divertissement et non comme une fin en soi. Libéré du réflexe systématique de consulter son smartphone, vous pourrez vous concentrer sur l’essentiel et réapprendre à profiter du moment présent.

Par Julie Viard consultante senior du cabinet ADWAY

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