Les grands du secteur automobile nous l’annoncent, la voiture autonome arrive cette année. Quelles sont leurs promesses, et plus important encore : sommes-nous vraiment prêts ?

La majorité des constructeurs automobiles, mais aussi des géants du web travaillent aujourd’hui sur des programmes de voitures autonomes. Les premiers tests de circulation sur la voie publique ont d’ailleurs déjà été autorisés dans plusieurs Etats des Etats-Unis et en France. Les plus médiatisés, Google et Tesla, communiquent régulièrement sur leurs avancées en la matière. Parmi les projets les plus engagés, nous retrouvons aussi Apple, Audi, BMW, PSA, Renault, Honda, Microsoft… Selon Elon Musk, fondateur et PDG de Tesla, la voiture autonome sera prête cette année. A quoi doit-on s’attendre ? Quels sont les principaux enjeux de cette révolution automobile ?

Qu’est-ce qu’une voiture autonome ?

Il existe plusieurs niveaux d’autonomie. Le niveau de base, c’est par exemple l’assistance à la con-duite dont nous profitons déjà avec la plupart des véhicules actuels (technologie de direction assis-tée, régulateur de vitesse). Le niveau d’autonomie le plus élevé est celui qui permet à la voiture d’assurer pleinement toutes les fonctions principales de la conduite et de réaliser un trajet inoccupée, sans aucune supervision du conducteur. Aujourd’hui, nous parlons couramment de voiture autonome pour désigner un véhicule permettant au conducteur de céder le contrôle complet de toutes les fonctions primaires. Concrètement, pour ce niveau d’autonomie, la technologie est installée sur une voiture classique, avec possibilité de reprendre le contrôle à tout moment (par exemple, la Google Car).

Le système repose sur une intelligence artificielle (IA) en réseaux de neurones profonds, une technologie qui a connu des avancées significatives ces dernières années, notamment grâce au Big Data et à l’explosion des investissements privés, universitaires et publics, en particulier de la part du GAFA (1).

Inspiré du cerveau humain, les réseaux de neurones profonds sont des programmes informatiques composés de millions d’algorithmes mathématiques (les neurones) organisés en plusieurs couches logicielles successives. Tous ces neurones sont reliés entre eux : chaque neurone traite les informa-tions qu’il reçoit de la couche précédente et les diffuse vers la couche suivante. Ainsi plus l’on avance dans le réseau, plus le niveau d’information est sophistiqué. La puissance de ce cerveau informatique est telle qu’il est capable d’apprendre en se fondant sur la base de données d’images annotées qui lui est soumise. C’est ce qu’on appelle l’apprentissage automatique ou machine learning. En sortie, l’IA est non seulement capable de reconnaître ce qu’elle « voit » mais aussi de traiter l’information grâce aux critères qu’elle aura analysés et qui lui permettront alors de prendre des décisions.

Ainsi grâce à ses réseaux de neurones profonds, une voiture autonome est en mesure de repérer une perturbation et de rechercher par elle-même, avec la logique de décision interne qu’elle a développée, la meilleure solution à la situation donnée.

Des freins potentiels au développement de ce marché

Comment s’assurer que les choix effectués par la machine seront les meilleurs ? Peut-on lui faire confiance ? Des exemples, bien qu’isolés, montrent que l’expérience et la prise de décision de l’homme restent indispensables. L’accident mortel de 2016 en Floride avec une voiture Tesla en pilotage autonome en est une bonne illustration : le véhicule a percuté un camion car la caméra n’aurait pas su détecter ce camion blanc dans des conditions de forte luminosité. Ce type de véhicule n’est pas conçu pour être fiable dans tous les modes de collision et exige encore une attention totale du conducteur.

Malgré ce constat, l’arrivée des voitures autonomes sur le marché et bel et bien imminente. Tous les grands spécialistes du secteur automobile s’accordent à dire que la voiture autonome sera prête dès cette année, avec une mise en circulation généralisée partout dans le monde pour 2025. Le seul frein potentiel étant l’adaptation des réglementations à ces nouveaux véhicules.

La loi en vigueur (2) sur la circulation routière stipule que « Tout véhicule en mouvement ou tout en-semble de véhicules en mouvement doit avoir un conducteur » et que « Tout conducteur doit cons-tamment avoir le contrôle de son véhicule […] ». Pour autoriser la circulation des véhicules auto-nomes, la législation doit donc évoluer. A l’échelle européenne, le processus est déjà amorcé puisque depuis mars 2016, « les systèmes de conduite automatisée [sont] explicitement autorisés sur les routes, à condition qu’ils soient conformes aux règlements des Nations Unies sur les véhicules ou qu’ils puissent être contrôlés voir désactivés par le conducteur » (3). Ces avancées dans la réglementation européenne sont plutôt engageantes et favorables à la compétitivité des pays membres.

Des enjeux majeurs pour les assureurs

Au-delà des réglementations, c’est le marché des Assurances qui se trouve largement impacté par ces innovations. Avec les voitures autonomes, le nombre d’accidents pourrait baisser de 93 % d’ici à 2040, le prix des contrats d’assurance pourrait donc chuter pour s’adapter à la baisse drastique de la sinistralité. Ensuite, comment évaluer la responsabilité du conducteur lorsque c’est le véhicule qui prend potentiellement en charge la conduite ? Une remise en question du système actuel est inévitable. D’ici 2020, les assureurs doivent être prêts à proposer des contrats d’assurances auto qui prennent en compte les nouveaux usages et nouvelles fonctionnalités de la voiture autonome, quitte à devenir assureurs de mobilité plutôt qu’assureurs auto. Dans cette logique, les garanties seraient alors davantage liées au profil du véhicule qu’au profil du conducteur. Les futurs contrats d’assurance devront également intégrer les nouveaux risques engendrés par ces véhicules autonomes. En effet, si les voitures autonomes sont destinées à renforcer la sécurité routière en neutralisant les dangers liés à l’humain, des menaces d’un nouveau genre vont faire leur apparition. Plusieurs sociétés de sécurité informatique américaines ont par exemple confirmé que ces véhicules étaient vulnérables au piratage. La vie d’un conducteur-passager pourrait donc être en jeu si un hacker malintentionné prenait le contrôle du véhicule, et c’est une problématique alarmante qu’il est nécessaire d’anticiper. Plus globalement, les questions de cyber-sécurité et de protection des données seront des sujets de plus en plus critiques pour les assureurs. Des solutions doivent être à l’étude dès aujourd’hui.

Par Elise Ogier consultante senior du cabinet ADWAY

  1. GAFA : sigle qui désigne les géants du web Google, Apple, Facebook, Amazon
  2. Convention de Vienne de 1968
  3. Communiqué officiel La Commission Européenne des Nations Unies de mars 2016

Sources :

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