Les stratégies de modernisation des domaines nationaux de Chambord et de Versailles pour attirer de nouveaux publics

Peut-on associer les noms de François 1e et Louis XIV avec modernité et nouvelles technologies ?
Faire cohabiter Google Street View, réseaux sociaux, smartphone avec patrimoine, histoire et rois de France, c’est le défi que se sont lancées les équipes des châteaux de Chambord et Versailles.
Si ces demeures royales font partie du rayonnement mondial de la France, il ne s’agit pas de compter que sur l’aura de nos rois pour susciter l’attractivité du public.

Le plus grand château de la Loire l’affiche sur son site internet « Chambord souhaite révolutionner ses outils de visite et accroitre sa visibilité grâce aux innovations. Le développement numérique est donc un enjeu majeur pour Chambord ».

Une plongée dans le 16ème siècle de François 1er grâce à l’HistoPad : une visite immersive

Victorieux à Marignan en 1515, le prince-architecte décide de la construction d’un palais à sa gloire. Longtemps perçu comme un « château vide », et même si ce grand roi (au moins par la taille ; environ 1,92m) n’y aurait passé que 72 nuits, cette demeure était bien meublée et richement décorée.
En 2015, HistoPad est lancé. Pour représenter visuellement la réalité des lieux du 16ème siècle, il suffit de scanner avec la tablette un code dans une des 8 salles dotées de ce système, et ainsi le décor change du tout au tout, le sol apparait alors sur l’écran recouvert de jonc, et les murs de tentures différentes : c’est le concept de la réalité augmentée (ou restitutions 3D). L’exploration digitale est possible dans 19 salles majeures du château, et propose un focus sur 150 pièces de mobilier, objets d’art et éléments de décor.

Cette tablette est le résultat d’une collaboration de deux ans entre un collège d’experts de Chambord (historiens et conservateurs) et la société Histovery pour l’aspect technique.
L’objectif d’HistoPad est triple : 1. Montrer les lieux à l’époque de François 1er (le mobilier Renaissance est particulièrement rare) ; 2. Se repérer plus facilement grâce au plan interactif ; 3. Un audioguide polyglotte (l’ensemble des œuvres peut être scanné en 12 langues).

Les projets se multiplient, comme le précise Monsieur Leboutet, webmestre à la direction de la communication de Chambord « nous envisageons d’étendre ce concept de réalité augmentée aux jardins à la française du 18ème siècle tels que les voyait le Maréchal de Saxe … mais pour l’instant c’est en discussion ».
D’ailleurs, La grande promenade numérique verra le jour en 2019, l’idée est d’offrir aux visiteurs « un regard inédit sur l’histoire et les paysages du domaine de Chambord en proposant une expérience de visite interactive et immersive en plein cœur du domaine forestier, grâce à des technologies légères et respectueuses de l’environnement » selon les éléments de communication officielle.

De plus, l’Institut culturel de Google, en tant que partenaire, a numérisé le château et ses environs, visible sur Google street view, et a gigapixelisé à ce jour 2 tableaux. Il est désormais possible de se promener dans le domaine de Chambord, sans quitter son salon. Mais le virtuel reste une invitation à la venue.

L’année 2017 sera faste pour le tourisme français. Chambord en est une illustration, avec une hausse de la fréquentation de 27 % (950 000 visiteurs), et 113000 locations d’HistoPad. Aussi, jardins à la française et expositions temporaires sont d’autres atouts de ce lieu d’exception en perpétuelle évolution.
Si Chambord est le joyau des 3000 châteaux de la vallée de la Loire, symbole d’une Renaissance bâtisseuse, Versailles incarne, au-delà de l’illustre roi héliocentrique, l’entrée dans un âge nouveau : mêlant absolutisme monarchique et puissance française. Chaque année, la célèbre demeure de Louis le Grand accueille plus de 7,5 millions de visiteurs du monde entier, soit le 2ème site historique le plus visité de France, après le musée du Louvre.

Versailles, la technologie au service du rayonnement de l’histoire

Merveille héritée du Grand Siècle, le domaine de Versailles (englobant le château, les jardins, le domaine de Trianon et les écuries royales) n’en oublie pas d’être connecté à la modernité.
En 2011, en partenariat avec Orange, son mécène historique, la première application smartphone du château est lancée. Les fonctions sont nombreuses : carte interactive, audioguide, informations pratiques. Aujourd’hui, Versailles peut se targuer de comptabiliser 5 applications gratuites, pour présenter l’intégralité des espaces de son domaine, avec une vision 3D (Versailles 3D), tout en ayant la volonté de rester accessible à tous les publics (Enigmes à Versailles destiné à de jeunes enquêteurs ; Jardins de Versailles et Château et jardins de Trianon proposent aussi un parcours adapté aux enfants). Le succès est au rendez-vous avec plus de 100 000 téléchargements par an !

Ces applications sont en permanence enrichies, revues, corrigées – celle destinée aux jardins était d’ailleurs à l’origine agrémentée de réalité augmentée. En effet, comme l’explique Monsieur Paul Chaine, chef de service des Développements Numériques « nous devons nous assurer que notre propos a une valeur ajoutée pour les publics, il y a déjà beaucoup à voir sans tablette ».
Avant Chambord, Google a numérisé les lieux et les œuvres : « si le virtuel est utile et intéressant, rien ne vaut une visite in situ » confirme Monsieur Chaine, et d’ajouter « Il s’agit de créer du contenu, en tant que qu’établissement public, il y a une mission de service public : au service du patrimoine dont Versailles a la charge et de sa valorisation ; et au service des publics ».
Ainsi il est possible de visualiser sur le site internet du château 18 000 œuvres sur les 60 000 présentes en ces lieux – on y trouve notamment le célèbre tableau de Rigaud de 1701 montrant le roi Soleil avec ses attributs de majesté et chaussé de talons rouges (symbole de la noblesse), ou encore Le serment du Jeu de paume de Jacques Louis David en 1789.

A l’image du roi visionnaire qui fit de ce modeste pavillon de chasse la plus emblématique des demeures royales, l’équipe de communication ne manque pas d’idées pour développer des programmes numériques novateurs et captivants, dont 2 en particulier qui devraient voir le jour en 2018. Les nouvelles possibilités qu’offrent la réalité virtuelle et la 3D sont au cœur de ces projets qui demeurent pour le moment confidentiels. Aussi, le recours à des drones pour réaliser des vidéos est à présent une formalité à Versailles.

Le domaine des Yvelines n’a en effet plus rien à voir avec ce que le maréchal de Bassompierre – contemporain de Louis XIII – appelait le « chestif chasteau »… Les nouvelles technologies sont au service de ce majestueux patrimoine, rendant la culture accessible au plus grand nombre sous des aspects ludiques.

Il est incontestable que les grands sites historiques de France ont compris ce que pouvait apporter la réalité virtuelle à leur mission culturelle, en l’intégrant et l’utilisant comme un outil de valorisation.
Après tout, François 1er n’était-il pas protecteur et mécène de Léonard de Vinci, inventeur de génie s’il en est, précurseur dans la technologie des automates en élaborant il y a plus de cinq siècles un lion pouvant faire dix pas, agiter sa tête en ouvrant et en fermant sa gueule, et secouer la queue. Ne manquait plus que le son !

Par Virginie Mainczyk consultante du cabinet ADWAY

 

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