Les Echos – 1 juin 2018 :

Le Forum de l’OCDE s’est tenu les 28 et 29 mai. Quels sont les enseignements à tirer de ces deux jours de conférences et de débats ?

C’est donc en présence de trois présidents de la République (Colombie, France et Lituanie) que des échanges publics ont eu lieu sur l’avenir du multilatéralisme lors du Forum de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), ouvert le 29 mai; placé sous le signe de la refonte du multilatéralisme. Que faut-il, alors, retenir de ce Forum 2018 ?

La croissance mondiale en pleine forme

Selon les dernières prévisions de l’OCDE, la croissance mondiale devrait s’élever à 4 % cette année. On peut estimer que l’on a mis 10 ans à gommer les effets de la dernière crise financière, mais que la pente est maintenant définitivement remontée. L’OCDE table sur une croissance de 1,9 % pour la France en 2018 et 2019 alors qu’elle était de 2 % en 2017, selon l’Insee. Pour le G20, elle devrait être 4 %, selon l’OCDE.

Pas de surprise au sujet des locomotives de la croissance mondiale, c’est en Chine et en Inde que se trouvent les turbos du moteur de la croissance. En effet, ces deux pays représentent près de la moitié de la croissance mondiale en 2018. Il est d’ailleurs curieux de remarquer que les deux principaux acteurs n’étaient pas présents lors de ce Forum. L’OCDE va-t-elle devenir un club d’acteurs de second plan de la croissance ?

Risque inflationniste

Si le contexte de l’économie mondiale est donc bon, il y a tout de même quelques éléments d’inquiétudes. Ainsi, la hausse du prix du pétrole peut poser des problèmes et freiner certaines économies. Ceci dit, à l’échelle d’une économie mondialisée, le malheur des uns peut faire le bonheur des autres et certains pays (moins nombreux) vont bénéficier de cette hausse. Aussi, la hausse des taux d’intérêt dans la situation actuelle est considérée comme un danger pour la croissance. Le risque inflationniste existe dans un contexte de croissance et une hausse déraisonnable des taux pourrait l’accentuer.

Si, pour l’OCDE, l’expansion économique devrait se poursuivre pendant les deux années à venir, le poids de la fiscalité et des prélèvements obligatoires sur les bas salaires peut être un facteur négatif pour le maintien de la croissance. C’est le cas pour la France qui n’est pas non plus un bon élève dans ce domaine d’après les données de l’OCDE.

La principale ombre au tableau se situe au niveau des velléités croissantes de mise en oeuvre de restrictions commerciales qui auraient nécessairement des conséquences négatives sur l’investissement et l’emploi d’après les experts de l’OCDE. Et c’est bien cela qui a été au coeur des sujets des échanges publics entre représentants des gouvernements des états membres.

Le multilatéralisme, sans les Etats-Unis

Le ministre américain du Commerce, Wilbur Ross, a été très clair sur les positions de son pays. Pour lui, le multilatéralisme peut mener à des cycles de réunions inefficaces et interminables. Les États-Unis sont donc en faveur de démarches conduisant à des résultats concrets à court terme. Ils estiment que si la croissance est de retour, la classe moyenne de nombreux pays a particulièrement souffert ces dernières années et doit être protégée par des décisions rapides et effectives qui peuvent relever d’une volonté bilatérale, voire unilatérale. Ils se défient du fonctionnement de l’OMC et désirent qu’elle se réforme.

Bref, une vision qui n’est pas partagée par la France et la plupart des pays membres de l’OCDE. Bruno Lemaire et Emmanuel Macron ont, pour leur part, exprimé leur soutien à une approche multilatérale tout en souhaitant sa refondation. Le président de la République a souhaité «retrouver le chemin d’un multilatéralisme fort». Cela passe par une nécessaire réforme de l’OMC en commençant par une négociation entre les Etats-Unis, la Chine, l’Europe et le Japon avant de l’étendre ensuite au G20 puis de manière plus large.

La fiscalité et notamment celle des nouveaux acteurs numériques a aussi été une préoccupation, mais sans réelle solution proposée si ce n’est l’affirmation que l’on ne peut pas continuer dans le cadre actuel et que l’Europe doit montrer la voie en la matière comme elle l’a fait avec le RGPD. En matière d’environnement, le président français a rappelé qu’il veut dépasser les accords de Paris pour parvenir à une solution multilatérale dans le cadre d’un pacte mondial pour l’environnement.

Par Habib Jafary Project Manager du cabinet VIATYS

 

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