Les Echos – le 13 juin 2018 :

C’est un sommet du G7 qui s’achève donc aussi mal qu’il avait commencé. C’est dans un contexte de guerre commerciale que se sont réunis les leaders des principales économies de la planète, Chine et Inde exceptées. Cette « guerre » avait été déclarée au sujet de barrières douanières sur l’aluminium et l’acier. Le G7 se termine par une volte-face des Américains qui se désolidarisent de la déclaration commune.

De fait, le sommet du G7 avait tourné à un G6+1, mais finalement l’espoir d’une reprise du dialogue était permis puisqu’on avait abouti à un communiqué en 28 points qui comportait notamment ces deux phrases : « Nous nous engageons à moderniser l’OMC pour la rendre plus équitable dans les plus brefs délais. Nous nous efforçons de réduire les obstacles tarifaires, les obstacles non tarifaires et les subventions. » La guerre commerciale avait-elle trouvé une issue ? Tout semblait pouvoir emprunter la voie de l’apaisement jusqu’aux déclarations de Justin Trudeau et aux tweets de Donald Trump.

Des efforts qui n’ont pas été couronnés de succès

La « déclaration de Charlevoix » commence ainsi : « Ces dernières années, l’économie mondiale s’est renforcée dans le sillage de changements technologiques rapides, d’une intégration plus accentuée de l’économie mondiale et d’un accroissement de l’emploi. Parallèlement, un trop grand nombre de citoyennes et de citoyens n’ont pas profité de la croissance. »

On aurait cru entendre le secrétaire américain au commerce lorsque, la semaine précédente, il se lamentait sur le fait que la croissance mondiale avait aussi fait des victimes dans la classe moyenne. Pourtant, comme souvent avec Donald Trump, tout a changé à la suite d’un tweet rageur dans lequel le président américain désavoue le communiqué final du G7 à la suite d’une déclaration du Premier ministre canadien sur la situation de surenchère de barrière tarifaire que son pays connaît avec les États-Unis. Tout semble à reconstruire si l’on veut sortir de cette situation de guerre commerciale entre les grandes démocraties du monde.

Comment en est-on arrivé là ?

Les tendances économiques sont pourtant bonnes et en particulier pour les États-Unis où le taux de chômage n’a jamais été aussi bas depuis les années 60 (inférieur à 4 %). Pourquoi se sont-ils donc engagés sur le chemin de la hausse des barrières douanières ?

Le gouvernement américain estime être détenteur d’un mandat d’une classe moyenne qui se sent lésée. Ce point de vue peut passer pour populiste, mais il se fonde sur l’idée de la protection que tout pays doit à ses citoyens et à leurs moyens de subsistance, bref une approche protectionniste. Par ailleurs, les USA se sentent dans « une situation d’urgence » après des années où ils n’ont pas eu le sentiment que les mécanismes internationaux, et en particulier ceux de l’OMC, étaient efficaces. Ils ont le sentiment d’être les dindons d’une mauvaise farce. Wilbur Ross a pu ainsi rappeler récemment qu’il trouvait les mécanismes de règlements des conflits commerciaux trop longs et inutiles. La justice de règlement de ces conflits doit donc être beaucoup plus rapide pour faire sens.

Quels sont les risques de la situation actuelle

La plupart des expériences de surenchère de tarifs douaniers n’ont pas toujours eu les résultats escomptés et elles ont été surtout fortement aléatoires, car elles introduisent plus de politique que de logique de marché dans les rapports économiques. Si on peut en tirer certains bénéfices politiques et économiques à court terme, à long ou moyen terme, les choses sont en général moins positives… Aujourd’hui, les économies modernes sont fortement interdépendantes et « l’effet papillon » n’est pas rare dans nos économies globalisées. Aujourd’hui, beaucoup d’observateurs considèrent que la politique américaine actuelle se fonde sur la volonté de mettre de manière unilatérale leurs principaux partenaires sous pression (Chine et Union européenne) jusqu’à ce que leur balance commerciale redevienne équilibrée. Au risque de fragiliser les organismes de régulation et de coopération auxquels ils adhèrent…

Ainsi dès le lendemain de la décision américaine, l’Union européenne a porté plainte à l’OMC. C’était prévisible dans le sens où la situation actuelle ressemble au conflit tarifaire de 2002 qui s’était soldé, après 18 mois de procédure devant l’OMC, par une marche arrière des Américains. Mais 18 mois de procédures, n’est-ce pas trop long quand tant d’enjeux économiques et donc d’emplois sont en jeu ?

Des pistes de sortie de crise

La réforme de l’OMC a été donc été à l’ordre du jour du Sommet du G7 comme du Forum de l’OCDE la semaine précédente. Il semble y avoir un consensus sur le fait que les procédures y sont trop longues et deviennent par là même inefficaces. Le président français souhaite réformer l’institution en commençant d’abord par une négociation entre USA, Chine, Europe et Japon avant de l’étendre ensuite au G20 puis de manière plus large. Le Sommet du G7 semblait pouvoir être la première étape de cette stratégie. Une logique pas si éloignée de la méthode américaine qui préfère des négociations à un haut niveau plutôt que de lancer des cycles de négociations multilatérales incluant toutes les parties prenantes. Peut-être qu’une des pistes de sortie de crise est de prendre les Américains au mot et d’accélérer la réforme de l’OMC ?

En management, une des méthodes appréciées de conduite du changement est celle de John Kotter. Elle s’appuie sur huit étapes et passe d’abord par le fait de créer un sentiment d’urgence. À l’étape « deux », il faut s’appuyer sur une coalition puissante. L’étape suivante consiste à s’assurer d’avoir une vision clarifiée de l’objectif puis à communiquer sur cette vision.

Alors on peut écarter les obstacles (cinquième étape) et obtenir des gains à court terme (sixième étape, le court terme cher à l’administration Trump) pour enfin étayer le changement et l’ancrer dans les habitudes. Nous sommes dans le sentiment d’urgence de la première étape, il est souhaitable que l’on passe rapidement à la seconde étape plutôt que de se complaire dans une situation de guerre commerciale et de gâcher l’embellie économique que nous connaissons et l’occasion offerte par le Sommet du G7 semble bel et bien avoir été manquée. Peut-être est-il temps pour le président français d’aller au bout de son idée et de faire entrer la Chine dans le jeu, car miser sur une volonté américaine de passer par les instances classiques de coopération ne donne pour le moment aucun résultat.

Le moment de former « une coalition puissante » pour avancer est peut-être venu et cette coalition n’est pas nécessairement celle des instances classiques. Mais les pratiques de la conduite du changement en entreprise sont-elles transposables dans ce type de négociation ?

Par Habib Jafary, Project Manager du cabinet VIATYS

 

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