Le succès industriel de l’Alliance Renault – Nissan – Mitsubishi, confirmé ces derniers jours premier constructeur automobile mondial devant les empires Toyota et Volkswagen, tend à faire oublier la contribution toute particulière de sa captive financière RCI Bank & Services dont le succès devrait inspirer certains acteurs bancaires européens.

Grande distribution, automobile, les captives financières se sont multipliées depuis le début des années 80. Pour accélérer leur développement commercial, les constructeurs se sont pour la plupart dotés de gammes de produits bancaires leur permettant d’un côté de faciliter le financement de leur réseau de distributeurs (financement de flotte, financement de trésorerie, etc.) et de l’autre côté de faciliter l’accession au produit automobile pour les ménages à travers le crédit à la consommation affecté ou non affecté. Le statut de ces entités leur a également permis de limiter les intermédiaires bancaires et donc les frais & commissions associés. Ces acteurs du financement spécialisé, nettement moins médiatisés que les établissements ayant pignon sur rue, ont été particulièrement confrontés, après la crise financière de 2007-2008, au renforcement des exigences réglementaires à partir de 2010 qui ont notamment pesé sur la liquidité.

Le succès des fondamentaux

Pour y faire face, certains acteurs dont RCI se sont totalement réinventés, et avec succès en ce qui concerne le lancement de nouveaux produits permettant de capter les dépôts (comptes, supports d’épargnes, etc.) et de fidéliser la clientèle dans l’établissement, et par extension chez le constructeur, RCI étant en Europe le partenaire des marques Renault, Dacia, Nissan et bientôt Mitsubishi & Alpine.

L’enrichissement de cette gamme, qui repose en partie sur le savoir-faire technique du Crédit Mutuel Arkéa, s’est déroulé de façon concertée avec le constructeur, afin d’être en mesure de proposer aux clients retail une plate-forme financière complète, une solution de banque au quotidien capable en plus d’apporter la gestion de son automobile et ses services associés de façon totalement intégrée.

L’entité est surtout parvenue à croître dans le sillage de l’Alliance et à mettre à niveau ses processus pourtant mis sous contrainte : complexification des offres, réduction des délais, moindre rentabilité bancaire, accroissement des volumes et maîtrise des risques. Ceci a été rendu possible par le développement d’une vraie culture bancaire et la mobilisation d’expertises métiers, là où la plupart des captives demeurent prisonnières de leur enseigne.

Des perspectives par l’innovation

Or, si la captive est parvenue à survivre grâce à des fondamentaux solides, elle n’en demeure pas moins vigilante sur la transformation profonde du paysage bancaire d’une part et surtout du rapport des sociétés occidentales à l’automobile et à la mobilité d’autre part. Auto-partage, co-voiturage, mobilité électrique, voiture autonome, taxis-robots : une mobilité qui rime de moins en moins avec propriété et qui sonne donc comme une menace sur les ventes du Groupe au sens large (automobiles & financements). Pour anticiper cette mutation et en être acteur, l’entité a multiplié les initiatives en renfort des initiatives déjà lancées par l’Alliance elle-même.

Difficile de parler mobilité sans évoquer le phénomène VTC. Plutôt que lancer une énième plate-forme, RCI Bank & Services a pris une voie plus transverse avec Karhoo, un agrégateur worldwide d’offres de flottes de taxis et de VTC destiné aux entreprises (pour leurs salariés, pour les compagnies aériennes ou ferroviaires, pour les clients des agences de voyages ou les conciergeries d’hôtels, etc.) plutôt qu’aux particuliers dont le marché semble saturé en offres… Offres qui incluent celle de l’Alliance, Marcel, avec ses 1200 chauffeurs titulaires de la licence VTC désormais obligatoire depuis l’entrée en vigueur de la loi Grandguillaume, et dont la spécificité repose sur sa capacité à optimiser les parcours grâce aux technologies de son autre partenaire Yuso. Cette offre de mobilité se complète de RCI Mobility (via la marque Glide), une solution d’autopartage en entreprise qui rejoint sur le marché son concurrent Free2Move issu du giron PSA.

Cette question de la mobilité est particulièrement prégnante dans un contexte urbain. Et c’est pour comprendre les enjeux de la ville de demain, la ville intelligente (smart city), que RCI Bank & Services participe à une étude trans-sectorielle qui tente de dessiner les contours du rôle de la donnée, captée par une multitude d’objets connectés foisonnant dans les rues. L’occasion pour la captive de clairement poser la question de la place de l’automobile et de la banque en ville, au moment où leur existence physique est remise en question par les nouveaux modèles économiques… et d’y apporter des bribes de réponse : maintien de l’agence bancaire dans un nouveau rôle de conciergerie financière et de conseil patrimonial, place prépondérante du service public, maintien de la mobilité individuelle avec le renforcement des offres d’auto-partage douce (à motorisation électrique). Ces orientations donnent à l’entité la possibilité d’anticiper les futurs grands mouvements de la transformation et donc de jouer un rôle majeur dans les prochaines décennies.

Telle une vitrine pour illustrer cette mutation et cette croissance, RCI Bank & Services a pris deux initiatives majeures en 2017. Pour soigner son aura sur le plan international, ses logos ornent désormais depuis quelques semaines les Formule 1 noir et jaune de Renault Sport dont l’ambition est de revenir dès 2018 au premier plan de ce sport de pointe à l’envergure mondiale. Pour soigner ses collaborateurs et partenaires, elle opère à contre-courant en rapatriant son siège dans Paris intra-muros, au sein d’un immeuble totalement rénové et repensé pour favoriser les nouvelles méthodes de travail. Des méthodes issues des start-ups qu’elle contribue à incuber ou avec qui elle noue des partenariats qui ont vocation à développer le positionnement de l’Alliance sur les services & solutions de mobilité. Des méthodes également issues d’une opération ambitieuse, le Global Startup Weekend Women que RCI co-sponsorise et qui libère la créativité des femmes à la fibre entrepreneuriale pour concevoir des business models innovants et des processus plus efficaces (donc moins coûteux) en utilisant mieux la force du collectif. Autant de perspectives juteuses que la captive n’a pas voulu laisser filer mais au contraire attirer dans ses futurs locaux.

Si les grandes banques traditionnelles françaises ont vigoureusement communiqué ces derniers mois sur leur résilience, leur rentabilité et leur modernisation, il n’en reste pas moins que le marché bancaire européen demeure fragile : poids des actifs non-performants, croissances atones. Dans ce paysage, la performance de RCI Bank & Services n’en apparaît que plus remarquable, surtout qu’il lui reste de nombreuses initiatives à déclencher (plate-forme de vente de véhicules d’occasion sur laquelle le Groupe PSA a pris de l’avance, robots-taxis, e-paiement, blockchain, intelligence artificielle, etc.). Les succès de l’internationalisation et de la modernisation de cette captive adossée à un fleuron industriel international devraient inspirer certaines têtes pensantes du marché bancaire européen sur les stratégies à mener pour saisir les dernières opportunités du virage digital et du financement de la lutte contre le réchauffement climatique.

Par Adrien Aubert, Associate Partner du cabinet VERTUO conseil

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