En Russie, jusqu’à la grande finale de la France ce 15 Juillet, la Coupe du monde de Football 2018 bat son plein. Un événement planétaire considéré par les spécialistes comme l’an 1 du football 2.0. A l’époque du foot business, Abdel Hamid Wael et Mathieu Alonso, consultants pour Tallis Consulting, décryptent pour L’Usine Nouvelle les pratiques et les enjeux de ce marché très prometteur.

Samedi 16 juin 2018. L’Équipe de France affronte l’Australie. Après 55 minutes de jeu, Antoine Griezmann est fauché dans la surface australienne. Pour la première fois dans l’histoire de la compétition, l’arbitre consulte la vidéo avant d’accorder un penalty. Il a été guidé par ses assistants. Ceux-ci, après visionnage du ralenti, lui indiquent que la faute est réelle.

Reprendre les principes des objets connectés

L’arbitrage vidéo n’est pas un coup d’essai technologique dans le football. Lors de l’Euro 2016, la Goal Line Technology avait été expérimentée. Son principe de fonctionnement exploite une logique bien connue du monde des objets connectés : des capteurs situés dans les buts reliés à la montre connectée de l’arbitre l’informent du fait que le ballon ait, ou non, franchi la ligne de but.

Comme d’autres sports bien avant lui (rugby et basket-ball notamment) le football semble enfin avoir pris les mesures pour avancer dans la voie de la préservation de l’équité sportive. Dans une époque marquée par le transfert de Neymar au PSG pour 222 millions d’euros ou l’achat des droits télévisés du championnat de football à 1,1 milliards d’euros, une injustice sportive peut coûter cher à l’équipe qui en est victime. Mais cet aspect du jeu ne représente que la partie visible de la digitalisation dans le football.

L’Analytics et le Big Data au service de la performance

Les professionnels du football eux-mêmes sont partis à la quête du nouvel or noir des entreprises : la data. Le recueil des données en temps réel sur la performance sportive des joueurs, en match ou à l’entrainement, permet aux entraineurs et à leurs préparateurs physiques d’optimiser le rendement athlétique et tactique de leurs joueurs.

La réussite de l’équipe allemande en 2014 en est d’ailleurs un parfait témoignage. Pour la Coupe du Monde au Brésil, le staff allemand fut le premier à équiper tous ses joueurs d’objets connectés, afin de récolter des données précieuses sur l’état de forme des joueurs pendant les entraînements (rythme cardiaque, vitesse de course, distance parcourue etc..). Ces données seront transmises en temps réel sur un moniteur suivi par l’entraineur et son équipe technique, et analysées à froid, permettront d’aligner la meilleure équipe avant chaque match. L’Allemagne remportera la compétition cette année-là.

La digitalisation des bancs de touche est aujourd’hui consacrée avec l’autorisation de l’UEFA (Union des associations européennes de football) le 6 juillet dernier donnée aux « officiels d’équipe » d’utiliser des systèmes de communication digitaux (montre connectée, tablette et ordinateurs portables) lorsque « cela implique directement le bien-être ou la sécurité des joueurs, ou pour des raisons tactiques ».

Exemple de l’utilisation pour le suivi de l’activité d’un joueur carte thermique (heatmap)

Et les professionnels de l’industrie du football ne sont pas les seuls à se ruer sur la donnée…

Les médias face au défi de satisfaire des consommateurs toujours plus exigeants

L’arrivée massive de ces statistiques a également bouleversé la manière de consommer le football. L’entreprise Opta Sports, spécialiste de diffusion de statistiques sportives, distribue ces données aussi bien aux clubs partenaires qu’aux médias. Les quotidiens sportifs européens comme l’Equipe, Marca ou Bild intègrent à leurs éditions des données brutes produites par la firme britannique ou des widgets permettant aux lecteurs de leurs éditions numériques d’accéder à des contenus toujours plus riches.

L’actuel diffuseur exclusif de l’intégralité de la Coupe du Monde russe, le groupe beIN sports, propose à ses abonnées un canal dédié au visionnage des matchs sous le format d’un « media center ». La retransmission du match en direct est accompagnée de statistiques en temps réel sur la performance des équipes.

Digital et football, un mariage en quête de nouveaux marchés

D’autres acteurs économiques gravitant autour du monde du football tirent profit des nouvelles tendances digitales. Les enseignes de paris sportifs ont saisi l’importance de la donnée pour envoyer de plus en plus de signaux en temps réel à leurs utilisateurs et ainsi les pousser à parier sur un évènement qui, quand il est anticipé par la data, peut paraître plus sûr.

L’analyse de ces données comportant faits de matches, statistiques individuelles des joueurs et forme du moment pourrait bientôt permettre à des intelligences artificielles de prédire le vainqueur d’un match ou même d’une compétition. Ce ne sera pas pour cette année où l’on sait déjà que les intelligences artificielles des banques UBS et Goldman Sachs se sont trompées (elles avaient respectivement favorisé l’Allemagne et le Brésil).

Les industriels du secteur n’en sont d’ailleurs qu’aux prémices de l’exploration d’un marché semblant offrir toujours plus d’opportunités. Avec les progrès de la robotique, et des enjeux financiers de plus en plus forts, ne peut encore imaginer à quoi ressemblera le football du futur.

Par Abdel Hamid Wael et Mathieu Alonso, consultants du cabinet Tallis Consulting

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