L’Usine Nouvel – 9 septembre 2018 :

Quelques jours après la démission du ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot, Arnaud Baloche, consultant pour Tallis Consulting, évoque l’avenir de l’agriculture française et plus précisément les enjeux d’intégrer le digital à l’agriculture.

24 juillet 2018, la seizième étape du Tour de France est brusquement interrompue par un barrage d’agriculteurs locaux. Cette énième manifestation montre bien la grande détresse des agriculteurs français dans un marché toujours plus compétitif avec des coûts d’exploitation élevés, des aides financières à la baisse, des contraintes réglementaires renforcées, et des conditions de travail toujours plus difficiles.

Le gouvernement Macron a prévu un plan à horizon 2020 pour sauver le secteur et l’ensemble de la biodiversité française. Après le déblocage de 1.1 milliard d’euros sur 5 ans voté en avril dernier pour financer le développement du bio en France, le gouvernement prévoit dans son plan de continuer dès la rentrée à activer d’ultimes mesures comme la gestion de l’artificialisation des sols pour réduire l’impact sur les terres agricoles, l’interdiction du glyphosate, des nouvelles négociations commerciales pour mettre fin à la guerre des prix entre tous les acteurs de la filière ou encore la transparence sur les prix. Le récent départ surprise de Nicolas Hulot, ex-Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, montre bien la difficulté de réformer à la fois le secteur agricole et le secteur écologique sans impacté l’un ou l’autre.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement met en oeuvre un plan stratégique basé sur des diagnostics similaires avec une efficacité discutable. N’y a-t-il pas d’autres vecteurs pour relancer la dynamique agricole française ? La transformation digitale commence à porter ses fruits dans d’autres secteurs d’activité, pourquoi pas au tour de l’agriculture ?

Le digital est dans le pré

Le dernier salon de l’agriculture a été témoin de l’accélération des nouvelles technologies pour des applications agricoles bien précises. Illustrations :

  • Désherber naturellement sans bouger le petit doigt, telle est la promesse de « Dino » . Créé par Naio Technologies, ce robot peut désherber vos cultures en enjambant les rangs sans utiliser de produits chimiques.
  • Les drones font eux aussi leur apparition dans le secteur avec par exemple Airinov qui a la capacité de donner en temps réel des données agronomiques précises sur les cultures afin de permettre aux cultivateurs d’agir localement avec un traitement dédié.
  • Les objets connectés ont également trouvé leurs usages agricoles. Sigfox, rare licorne française, propose différentes solutions à destination des exploitations agricoles, comme la clôture connectée pour prévenir des coupures électriques, le silo connecté pour manager le niveau et les conditions de stockage ou encore un collier connecté pour localiser les troupeaux et suivre leur santé.

L’écosystème entrepreneurial français apporte de nombreuses opportunités via les nouvelles technologies couvrant de nombreux enjeux du secteur : réduire les coûts d’exploitation, diminuer la pénibilité de certaines tâches, accroître les rendements et apporter de nouveaux canaux de communication et commercialisation. D’après une étude réalisée par Nesta, l’intégration des nouvelles technologies dans l’écosystème agricole est en mesure d’augmenter de 18 % les revenus de l’agriculture et de réduire de 15 % l’utilisation d’engrais ou pesticides.

Un accompagnement nécessaire pour transformer efficacement

Il est en effet crucial que le gouvernement se saisisse du sujet et mette en place des mesures pertinentes en termes de réglementation, taxation ou financement pour moderniser l’ensemble de la filière et devenir compétitif vis-à-vis de nos voisins européens.

Cependant, la transformation digitale du secteur reste un levier majeur pour améliorer la performance des exploitations, interconnecter le secteur avec d’autres et le client final et cultiver de manière intelligente et responsable.

Le dynamisme de l’Agritech est en marche avec différentes initiatives gouvernementales et entrepreneuriales. Pour autant, peu d’exploitations sont équipées de ces nouvelles technologies à cause de la difficulté à les intégrer dans leurs activités quotidiennes. Mener à bien cette transformation demande un accompagnement adapté et précis à l’ensemble des acteurs de l’investissement à l’adaptation du modèle économique en passant par la montée en compétences sur les nouvelles technologies. Le ministère de l’Agriculture, des cabinets de conseil ou encore des associations comme « La Ferme Digitale » accompagnent déjà l’écosystème agricole dans cette transformation mais ces efforts doivent être multipliés en local pour révolutionner radicalement le secteur.

Par Arnaud Baloche Consultant Senior du cabinet Tallis Consulting

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