AGEFI – 13 septembre 2018 :

Lorsque Lehman Brothers a fait faillite en septembre 2008, elle disposait de plus de 600 milliards de dollars d’actifs mais personne ne savait, y compris les régulateurs et les banques centrales, quel volume de junk bonds (« obligations pourries » avec un haut taux de risque) elle détenait. Les chiffres étaient agrégés, entravant le travail d’analyse d’exposition au risque et empêchant la propagation de la crise. Les conséquences innombrables et catastrophiques de cette faillite ont conduit le Comité de Bâle à agir en déployant de nouvelles mesures. En janvier 2013 est publié le BCBS 239 (Basel Committee on Banking Supervision), un ensemble de principes incitant les banques à produire des reportings réglementaires plus fiables et à améliorer la qualité de leurs données.

Le reporting SHSG (Statistics on holdings of securities by reporting banking groups) s’inscrit dans cette logique et vise à collecter des données granulaires sur les titres détenus par les groupes bancaires européens. Il impliquera une première déclaration dès le quatrième trimestre 2018. Si l’idée d’un tel reporting est louable, celui-ci permettant une meilleure surveillance macroprudentielle, il représente un défi pour les banques, sommées de moderniser leurs systèmes d’information et leur gestion de la donnée. Une trentaine d’institutions sont concernées, dont cinq en France et celles-ci sont en ordre de marche pour pouvoir faire face à cette nouvelle exigence dans les délais impartis. La récolte de données est granulaire et concerne les titres de dette (court terme et long terme), les actions cotées et les parts de fonds d’investissement. Cette approche « granulaire » constitue une petite révolution chez le régulateur qui n’y voit que des avantages. Ainsi, une même donnée pourra servir à plusieurs fins* – détermination de la politique monétaire, surveillance micro et macroprudentielle, élaboration des statistiques macroéconomiques. L’objet étant de limiter les doublons et croisements entre des reportings légaux qui se multiplient chaque année. Confrontées à une inflation réglementaire depuis la crise, à des risques de sanction et à des amendes record, les banques sont amenées à investir lourdement et à se réorganiser. Plus qu’un projet réglementaire, c’est surtout une approche big data qui est prônée par la BCE qui veut constituer une superbase de données européenne sur les titres détenus par les banques du Vieux Continent.

*Pour plus d’exemples d’utilisation des statistiques de détention de titres : ECB Economic Bulletin, Issue 2, 2015.

Par Adil Lahlou, consultant confirmé du cabinet ADWAY

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