Economie Matin – 22 septembre 2018 :

Les 10 années qui viennent de s’écouler ont profondément modifié le milieu bancaire. Durant cette décennie, le secteur a vécu plus de mutations et de changements qu’au cours des siècles passés.

Les crises financières, la dégradation de l’image des institutions et la digitalisation couplée à l’arrivée des fintechs sur le marché ont poussé les institutions traditionnelles non pas à évoluer, mais à se transformer extrêmement rapidement.

Le métier bancaire n’est plus l’apanage des institutions financières

Aujourd’hui, les Fintechs ne sont plus les seules à s’intéresser aux métiers bancaires. Les initiatives viennent de toutes parts : citons Compte Nickel lancé en 2014 ou encore Carrefour qui propose depuis l’année dernière une solution bancaire directement accessible en rayons et Orange qui créé sa « Bank ». De l’autre côté de l’Atlantique, les géants du web prennent aussi des initiatives : ils ont tous lancé une solution de « wallet » (Google Wallet), de paiement instantané (Apple Pay) ou de transferts de fonds (Payments in Messages). La force des nouveaux entrants – qu’ils viennent des Télécoms, de la grande distribution ou des spécialistes du digital – provient de leur capacité à avoir su tirer pleinement profit des synergies existantes entre leurs métiers d’origine où ils sont spécialistes et celui de banquier.

Tous banquiers, mais à quel prix ?

Cette apparition de nouveaux acteurs venant de divers horizons représente un risque pour le secteur bancaire à moyen terme. Cela, les banques l’ont bien compris et elles ont analysé les risques que cela représente pour leur activité : qui dit nouveaux acteurs, dit nouvelle répartition au sein du marché bancaire. La concurrence y étant plus forte, il pourrait en résulter une baisse générale des prix, une réduction des marges et une perte de parts de marché pour les banques historiques. La rentabilité du secteur s’en trouverait menacée. In fine, l’innovation bancaire pourrait en pâtir par manque de ressources et les sources de différenciation concurrentielle se tariraient. Les clients ne pourraient que constater le manque d’innovation du marché.

Les banques chahutées, quelle stratégie de riposte ?

Face à des acteurs agiles et pionniers dans le domaine du digital, les banques traditionnelles rencontraient des problématiques qu’elles ont réussi à transformer en avantages. Les difficultés à remettre en question un business model qui fonctionnait jusque alors, le poids de la réglementation, la lourdeur de leur structure et de leur système d’information sont autant de freins expliquant les difficultés à imaginer de nouveaux business models.

Grace à leur expertise, leur connaissance des besoins de leurs clients, leur forte notoriété et leurs importantes capacités financières, elles se sont rapidement positionnées entre les clients et les Fintechs. En d’autres termes, les banques prennent des participations et créent des incubateurs pour intégrer des start-up, s’appuyer sur leur expertise et maîtriser de nouveaux business models tout en leur faisant bénéficier de leur solidité et capacité à faire face aux crises. Par exemple, le Crédit Agricole lance fin 2017 Fintech GO : une nouvelle plateforme dédiée à l’accompagnement et au développement des start-up de la finance. Hello Bank! réalise en 2016 un partenariat avec la plateforme Crédit.fr qui lui permet de faire bénéficier à ses clients d’une nouvelle offre de crowdlending (i.e. financement par le biais de prêts de la part de particuliers). Enfin, Corda, une start-up spécialisée dans la blockchain compte parmi ses investisseurs ING, BNP Paribas, Natixis, Société Générale ou encore HSBC.

Parallèlement à cela, elles repensent toutes l’organisation de leur réseau afin que celui-ci réponde davantage aux attentes des consommateurs : l’omnicanalité fait son apparition en même temps que les agences physiques réduisent leur maillage et gagnent en expertise. La finalité étant de permettre au client de faire seul, sans se déplacer et quand il le souhaite, la majorité de ses opérations et de le diriger vers un expert pour toutes les prestations de conseil.

Enfin, elles s’investissent pleinement dans la R&D afin d’être à la pointe des prochaines innovations qui bouleverseront le marché. Comme d’autres, BNP Paribas développe la technologie blockchain depuis 2011 et a lancé en 2016 son premier « bizhackathon blockchain » – comme en témoigne la banque dans un communiqué de presse de février 2016. HSBC et ING ont annoncé en mai 2018 avoir réussi une transaction utilisant cette technologie pour le compte d’une société de négoce.

A l’avenir, une nouvelle source d’innovation serait de nouer des alliances ou des joint-ventures avec des entreprises d’autres secteurs (hors secteurs technologiques et financiers) tels que l’alimentation ou le transport afin de proposer des services innovants, à la croisée des chemins des différents secteurs. La recherche de synergies serait à privilégier et les nouvelles activités créées devraient répondre à des besoins clients non couverts par la concurrence.

Face à un monde en perpétuelle mutation, les banques traditionnelles ont bien compris que l’innovation est devenue un facteur clé de succès ne permettant pas d’obtenir un avantage concurrentiel durable et qu’il faut sans cesse le renouveler. Si auparavant elles n’ont pu que subir la révolution du secteur, elles en sont aujourd’hui des acteurs de premier plan.

Par Rémi Joffre, consultant Senior du cabinet ADWAY

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