Journal du Net – 9 janvier 2019 :

Est-ce que 2019 sera l’année de la consécration pour la blockchain ? Financements, assurance, documents officiels, santé, services gouvernementaux… De multiples applications concrètes émergent de start-up.

Annoncé en décembre dernier, des parlementaires Français recommandent d’investir pas moins de 500 millions dans la technologie blockchain d’ici 3 ans, d’initier des expérimentations, afin de booster l’attractivité du pays, mais aussi de ne pas rater le coche d’un virage technologique. Car s’il est un mot porteur de changement, d’innovation, et de bouleversement dans tous les secteurs, c’est bien blockchain. Cette technologie qui fête ses 10 ans et sur quoi les crypto monnaies – Bitcoin en tête – sont fondées, est plus que jamais annoncée comme la révolution à venir. Elle sème questionnements et stratégies dans de multiples secteurs, et son usage interpelle. Quelles sont certaines innovations autour de cette technologie ? Panorama d’initiatives recensées dans le monde…

Transfert de fonds : repenser la confiance des transactions

Chez SWFT-blockchain (www.swft.pro), start-up enregistrée aux Îles Cayman, l’enjeu est d’offrir les transactions financières à faibles coûts. Par la blockchain – réseau de chaîne de blocs d’informations, partagées et dupliquées – repose également un principe fondamental de transparence et de viabilité. D’après Christina Chen, la vice-présidente marketing et business développement chez SWFT, les forces de ce réseau sont indissociables. Elles permettent, par leur philosophie, de résoudre des enjeux de confiance entre parties tierces. Dans de nombreuses régions du monde où les transactions sont corruptibles, la décentralisation des données, et l’écriture démultipliée apportent une visibilité prometteuse. De plus, le temps de transaction qui se veut nativement immédiat, fera décoller la technologie à terme. Pour Mme Chen, cette adhésion à la technologie se fera et sera limpide pour les consommateurs, tout comme ce qui se passe dès à présent pour un paiement par carte bancaire.

Investissements et capital-risque : augmenter la liquidité

Au Mexique, AMG Block (www.amgblock.com) est un fond de capital-risque ayant pour mission d’offrir plus de liquidités, de détention, de transparence et de compréhension dans un secteur qui est longtemps resté inchangé, et ce grâce à l’utilisation de contrats intelligents (smart contracts) reposant sur la technologie blockchain. Bien que les émissions de cryptomonnaies (Initial Coin Offering, ou ICO) se montrent efficaces pour mobiliser des capitaux, ces levées de fonds manquent d’actifs en contrepartie du jeton (ou token) acquis par les investisseurs. La solution d’AMG Block est basée sur un jeton sécurisé (Security Token Offer, ou STO), via des plateformes protégées et sélectionnées, essentiellement aux Etats-Unis, l’actif étant alors le portefeuille de placements lui-même. La start-up souhaite repenser la façon de changer la manière dont les actifs génèrent de la valeur pour les investisseurs. Pour Carlos Torres, directeur général chez AMG Block, l’offre couvre à la fois la question d’une liquidité plus accessible à un marché qui en manque, mais aussi de permettre au secteur du capital-risque d’accéder à plus grand nombre d’investisseurs.

Energie : un réseau virtuel pour clarifier les circuits de production

Le secteur de l’énergie est lui-aussi très actif dans le monde de la blockchain. Production et distribution sur les différents réseaux, multiplication des acteurs, ce vaste domaine économique peut voir dans la blockchain de nouvelles options afin d’adapter les contrats commerciaux, et surtout, en simplifiant les schémas complexes, d’avoir une visibilité plus proche des consommations réelles. Au Royaume-Uni, la start-up OilChain (www.oil-chain.com) propose, par un réseau fermé et décentralisé, une visibilité partagée sur les données de production. Selon Claudio Sperindio, PDG d’OilChain, la technologie peut aller au plus près du terrain, par un raccordement des puits de forage à des boîtiers connectés. Ceux-ci révèleront en temps réel à la fois les volumes récupérés, mais aussi la qualité des extractions faites dans les sols. Ces informations gagneraient en pertinence une fois intégrées dans des réseaux où opérateurs et distributeurs sont en partenariat directs avec leurs clients. Ces données permettront également de comparer les volumes déclarés des données réelles.

Santé : une force dans la transformation digitale

En France, le ministère de la Santé est à la manœuvre avec le chantier des dossiers médicaux partagés (www.dmp.fr), dont le stockage et les accès des données pose des questions fondamentales, et impliquent une sécurisation et un contrôle des accès permanents. Si ce chantier n’a rien d’une problématique blockchain, il repose également sur un maillage complexe et entre partenaires de confiance, ayant pour vocation à terme de proposer des options pertinentes. Le raccordement de meta data à des acteurs tiers, par une véritable interopérabilité, pourrait ouvrir de nouvelles prestations. L’anonymisation de données de populations est une solide piste pour les analyses et dossiers d’assurance ; un circuit communiquant d’un secteur à un autre.

Monde de l’éducation : traçabilité des certifications et multiplication des cursus

Universités, grandes écoles, centres de formation… L’arrivée de la blockchain propose deux pistes alléchantes et qui changeront la donne. En premier lieu, une véritable traçabilité des diplômes – mais aussi des certificats de cours suivis dans le cadre des études – va s’accélérer. Les vérifications par des employeurs reposent aujourd’hui sur la présentation d’originaux, de copies certifiées, voire de copies de bulletins de scolarité. Demain, cette transparence pourrait également apporter une sécurité dans la poursuite des cursus, dans un environnement où l’éducation cherche à être de plus en plus reconnue à l’international. D’autre part, la segmentation de certification par cours, pourrait éventuellement apporter une nouvelle donne dans les cursus proposés. Si aujourd’hui les diplômes de Masters reposent sur un ensemble de cours ou de modules, la traçabilité de la blockchain sur certains programmes pourrait s’avérer utile pour définir des nouveaux formats éducatifs, à savoir en axant les programmes avec des certifications recherchées par les employeurs. De là à imaginer une éducation à la carte il n’y a qu’un pas…

Avant tout : se poser les bonnes questions

Le tour des innovations possibles ne semble pas prêt de s’arrêter, et les initiatives se multiplient auprès de start-up de plus en plus agressives sur le segment de la blockchain. Deux points de vigilance à prendre en considération, puisque de nombreux brevets sont également déposés dans ce secteur. En 2017, plus de la moitié des brevets déposés auprès de l’organisme international de propriété internationale (WIPO) étaient déposés par la Chine, loin devant les USA, deux pays qui mènent la danse dans le paysage de la blockchain. Plus récemment, la technologie essuie les critiques de détracteurs virulents. Trop chère, trop gourmande en énergie, impalpable ou inutile dans certains contextes… La blockchain serait l’illusion d’un temps, et elle ne provoquerait pas le bouleversement tant annoncé. En fin de compte, il revient aux entreprises de tous les secteurs de s’orienter principalement vers des questionnements clés plutôt que des choix ou des effets d’annonce. La blockchain est-elle la technologie nécessaire ? Est-ce une excellence opérationnelle qui est recherchée ? Quels résultats et contrôles sont attendus ? Comment définir les relations entre les partenaires du réseau ? Une décennie après sa conception, la blockchain teste toujours sa maturité de tous bords. Face à différentes barrières, le succès reste attendu, et comme indiqué dans le rapport du Parlement Français cette semaine, c’est la compétitivité qui est en jeu.

Par Lionel Pailloncy, manager du cabinet Tallis Consulting

 

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