L’Agefi – Le 02 mai 2019 :

Alors que l’Assemblée nationale se penche sur une nouvelle version de la loi sur la manipulation de l’information (également appelée « loi Fake News »), le sujet fait débat.

Déjà deux propositions de loi soumises et deux rejets du Sénat en juillet et novembre dernier. La raison ? La définition même d’une fausse information, qui manque de clarté, et les implications d’une telle loi pour la société. Les fake news (ou « infox ») sont de fausses informations propagées dans le but de tromper un auditoire et de faire de l’audience. En langage juridique, elles sont définies comme « toute allégation ou imputation d’un fait dépourvu d’éléments vérifiables de nature à la rendre vraisemblable ». L’avènement des médias numériques donne une nouvelle dimension à leur rayonnement.

Les auteurs de fake news, difficilement identifiables, veillent à fabriquer des sujets suffisamment accrocheurs et crédibles pour s’assurer qu’ils seront partagés sur la Toile au plus vite. Ils inventent des complots, répandent des rumeurs, dénoncent de faux scandales, et laissent la magie du Web agir pour faire gonfler leur rémunération à l’audience.

Quelle différence avec le délit de fausse nouvelle ? Le point a été soulevé en mars 2018 par l’avocat et écrivain Emmanuel Pierrat dans une interview. La cour d’appel de Paris définissait en janvier 1998 une fausse nouvelle comme « mensongère, erronée et inexacte dans la matérialité du fait et dans les circonstances». Pourquoi ce débat alors que la chose est déjà interdite ? Une loi pas suffisamment dissuasive a priori, et surtout qui ne tient pas compte du rôle des médias numériques : la nouvelle version imposerait aux plates-formes Internet une plus grande transparence sur leurs contenus sponsorisés, permettrait de solliciter un juge civil pour faire cesser la diffusion d’une fake news, et donnerait un rôle accru au Conseil supérieur de l’audiovisuel. Des mesures qui font naturellement ressurgir les questions sur la censure et la liberté d’expression.

Le recours à la production participative ou à des algorithmes, à des partenariats avec des sites de vérifications du type Snopes ou l’interdiction de publicité sur les sites de fake news pour brider leur influence sont autant de pistes étudiées pour contrer le phénomène. Mais celui-ci n’est-il pas lié, avant tout, au manque de vigilance des internautes ? Et si la clé était tout simplement de développer la curiosité et l’esprit critique dès le plus jeune âge ?

Par Marina Antilope, consultante du Groupe Square

 

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