ITRNews – le 21 mai 2019 :

La délocalisation des services informatiques vers l’Inde, entamée il y a une vingtaine d’années, est aujourd’hui complétée par un nouveau modèle privilégiant les pays proches et qui séduit le marché français : le nearshore. Amazon, Natixis, ou Volkswagen ouvrent aujourd’hui des centres de service au Portugal, au Maroc ou en Roumanie. L’avenir des services informatiques est-il chez nos voisins ? Arthur Wetzel, consultant Square, nous propose son point de vue :

Un complément à l’offshore

Le phénomène de délocalisation des services informatiques en Inde est plus que jamais d’actualité : le secteur emploie aujourd’hui plus de 4 millions de personnes, générant un chiffre d’affaires de 135 milliards d’euros à l’export1. Hormis les évènements conjoncturels (taux de change, politique américaine, etc.) la tendance ne fléchit pas. En revanche ces délocalisations restent souvent limitées à des activités à faible valeur ajoutée : support, maintenance, améliorations d’applications embarquées. La gestion de projets complexes quant à elle, reste localisée dans les pays d’origine. Si l’intérêt en termes de coûts directs est indéniable, les difficultés de communication et l’écart culturel dans les projets délocalisés ont mis en évidence un besoin accru de coordination, augmentant de fait les couts indirects. Cela nous interroge donc : dans un contexte de complexification des problématiques et de généralisation des méthodes Agile, l’émergence d’un modèle de proximité permet-elle d’adresser ces limites ?

Les promesses du nearshore

Natixis, Euronext, ou Google à Porto, Crédit Agricole à Lisbonne, le Portugal est un parfait exemple du phénomène de nearshore initié il y a environ trois ans. Ces entreprises ouvrent leurs propres centres de service, avec à la clé l’ambition de leur confier une grande partie de leurs projets informatiques. Natixis par exemple a créé son centre à Porto en 2017, avec l’objectif de créer à terme 600 emplois pour une économie d’environ 30 millions d’euros par an sur les prestations externes2. Plusieurs éléments rendent en effet le contexte portugais plus favorable que celui de l’Inde : le niveau d’éducation est élevé dans la région de Porto, facilitant l’accès à une main d’œuvre qualifiée. La formation technique ainsi que le niveau de français et d’anglais rendent la communication plus fluide. Il est relativement simple de se rendre sur place et les cultures française et portugaises sont proches. En outre le gouvernement portugais s’est attaché à faciliter les démarches administratives de création d’entreprises et a débloqué un package d’aides fiscales dont un fond de 200 millions d’euros3 afin de faciliter l’installation de startups étrangères. Enfin le coût de la vie, particulièrement l’immobilier, est nettement plus bas que dans le reste de l’Europe. On retrouve ainsi les avantages de la proximité géographique et culturelle, tout en maintenant des coûts inférieurs à ceux des pays d’origine. Ces initiatives ont-elles pour autant tiré toutes les leçons des échecs précédents ?

Apprendre des erreurs

Si le contexte des pays voisins est plus favorable, il ne suffit pas pour accueillir les projet complexes évoqués plus haut. Les cultures et les équipes sont certes plus proches mais elles ne sont pas identiques pour autant. La dynamique dans le cas d’équipes distantes est bien différente que lorsqu’elles partagent les mêmes locaux. Les centres de compétence nearshore accompagnent donc la montée en compétence de dispositifs visant à rapprocher les équipes distantes. En premier lieu, les outils jouent un rôle crucial. Des salles de réunions dédiées à la communication entre les pôles et équipées de matériel adapté (camera, micros, etc) permettent de maintenir une dynamique d’équipe, à condition que ces systèmes soient suffisamment simple d’accès pour encourager les équipes à les utiliser. Si la puissance du management visuel n’est plus à prouver, des outils collaboratifs (Trello, JIRA, Confluence) permettent d’aligner le niveau d’information entre sites. Ils sont parfois complétés par des écrans physiques autour des postes de travail pour s’approcher le plus possible des murs Agile. Ces outils ne sont cependant qu’un support à des pratiques communes sur lesquelles il faut former les équipes. Dans un contexte de travail à distance il devient nécessaire d’adapter l’animation de réunions ou le management visuel. Des formations à l’interculturel et des pratiques comme le virtual coffee permettent en outre de remplacer la proximité physique au quotidien et de mettre en lumière les différences culturelles, sources de nombreuses incompréhensions.

Et demain, retour en France ?

Avec des pratiques et des outils adéquats il y a fort à parier que le phénomène du nearshore soit amené à se développer, et ce sans souffrir de l’image négative que peuvent charrier certains projets délocalisés en Inde. On peut en revanche s’interroger sur le futur plus lointain. En premier lieu, du fait de la faible distance, les collaborateurs de pays comme le Portgual ou le Maroc peuvent être tentés de venir proposer leurs services directement sur le marché français. Il y a donc un fort enjeu de fidélisation des collaborateurs dans les centres de services. En outre, l’augmentation du cout de la vie se fait déjà sentir à Porto et à Lisbonne ou les prix de l’immobilier ont grimpé de près de 20% en 20184. Les aides fiscales des pays concernés sont aujourd’hui incitatives mais rien ne garantit leur pérennité. Si l’écart de coût se réduit, certaines entreprises réfléchiront probablement demain à relocaliser certaines de ces activités en France, en région pour conserver le bénéfice de la proximité. Unilog ou IBM n’hésitent pas à investir aujourd’hui des villes comme Amiens ou Clermont Ferrand. Hier l’Inde, aujourd’hui le Portugal, l’avenir de la délocalisation serait-il en France ?

Par Arthur Wetzel, consultant du Groupe Square

 

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