Les crypto-monnaies : le successeur du cash ?

The Next Media – le 12 juillet 2019 :

L’innovation et la digitalisation sont à l’origine de profonds changements dans nos habitudes et ont tendance à être désignées comme responsables de la disparition à venir du cash. Mais ce ne sont pas les seules. Les autorités ont elles aussi un rôle majeur dans le devenir de nos monnaies.

Une disparition du cash programmée par les autorités

Les transactions en cash posent un réel problème aux autorités en raison de leur manque de traçabilité et de transparence : qui est la personne à l’origine de la transaction ? Le bénéficiaire ? L’objet/le motif de la transaction ?
Cette opacité des transactions favorise le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme ou encore la fraude fiscale. Ce sont justement ces risques que les autorités cherchent à maîtriser.
Le meilleur moyen pour les couvrir reste de limiter l’utilisation du cash et cela passe par la mise en place de mesures telles que l’abaissement du plafond de paiement en espèces à un professionnel (1000€ contre 3000€ auparavant), la déclaration obligatoire à la douane pour tout transfert à l’étranger de plus de 10 000 €, l’arrêt des billets de 500€.

Une chose est sûre, si la disparition du cash est inéluctable et impulsée par les autorités, cela prendra du temps et ne se fera pas au cours de cette décennie en raison des habitudes de la population mais aussi des avantages propres au cash : absence de frais de transaction, rapidité de la transaction, anonymat dans les transactions…

Les crypto-monnaies en tant que moyen de paiement : une nouvelle source d’inquiétude pour les autorités

Si on se dirige progressivement vers un monde sans cash, nous assistons en parallèle à un intérêt grandissant pour les crypto-monnaies. Plus de 3500 distributeurs de Bitcoins sont désormais disponibles à travers le monde (74% en Amérique du Nord, 21% en Europe) (1).
Il est ainsi possible d’acheter ou de vendre des Bitcoins facilement depuis ces distributeurs sans limite de montant. Le principe est simple : en cas d’achat, les espèces des particuliers sont récupérées puis converties en Bitcoin sur un portefeuille virtuel ; en cas de vente, les Bitcoin sont échangés contre des espèces.

Les paiements en Bitcoin sont quant à eux acceptés par de plus en plus de commerçants et de sites marchands, principalement américains : Expedia, Dell, Overstock, Microsoft… (2)

Il est vrai que les crypto-monnaies présentent des avantages comparativement aux autres moyens de paiement : coûts de transaction limités, transferts d’argent à l’international facilités, absence de plafond, rapidité des transferts d’argent… mais pose aussi le même problème que le cash, à savoir le problème de traçabilité et de transparence des transactions. Et c’est justement ce qui inquiète les autorités.

Ces monnaies étant complètement décentralisées, il est impossible de suivre, de contrôler les transactions réalisées avec une fois encore le risque de blanchiment et de financement du terrorisme. Réguler ce marché s’avère donc être une nécessité comme l’a souligné Christine Lagarde en novembre dernier.

Les crypto-monnaies, la monnaie de demain : un avenir difficile à envisager

L’attrait croissant pour les crypto-monnaies a également conduit la Directrice du FMI à aller plus loin et à inciter les Banques Centrales à s’intéresser à l’idée d’une monnaie digitale garantie par l’état, autrement dit envisager une crypto-monnaie nationale : « Je crois que nous devrions envisager la possibilité d’émettre de la monnaie numérique. L’État pourrait peut-être fournir de l’argent à l’économie digitale. Cette monnaie pourrait répondre à des objectifs de politique publique, tels que l’inclusion financière, la sécurité et la protection des consommateurs ainsi que proposer ce que le secteur privé ne peut pas : la confidentialité des paiements. » (3)
Certains pays comme le Canada, la Chine, la Suède et l’Uruguay sont d’ailleurs en cours d’étude.

Il est vrai que cette idée peut sembler intéressante dans la mesure où la base technologique des crypto-monnaies permet d’envisager un enregistrement systématique des échanges et répondrait ainsi aux problématiques de lutte contre le blanchiment d’argent, du financement du terrorisme et d’évasion fiscale.

Mais, les crypto-monnaies soulèvent un autre problème et cette fois-ci d’ordre écologique : selon le gouvernement français, une seule opération en crypto-actif consommerait 215 kWh, autrement dit six mois de travail passés sur un ordinateur jour et nuit (4).

Conscients de l’enjeu environnemental, certains informaticiens ont commencé à travailler sur ce point. C’est le cas de Bram Cohen, créateur du célèbre logiciel Bit Torrent, qui a développé Chia, une crypto-monnaie jugée plus écologique puisqu’elle utilise l’espace du disque plutôt que la puissance de traitement des processeurs (5).

En résumé, la lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et l’évasion fiscale conduisent les autorités à se pencher sur le devenir de nos monnaies. S’il est évident que les crypto-monnaies d’état peuvent palier aux problèmes de traçabilité de notre traditionnel cash, cela n’effacera pas les lacunes des crypto-monnaies existantes.
On verrait alors se développer deux marchés distincts, l’un complètement sécurisé et réglementé, le second ouvert et décentralisé soumis aux risques évoqués plus tôt. La régulation de ce second marché représente donc un véritable enjeu pour lutter efficacement contre le blanchiment, le financement du terrorisme et l’évasion fiscale.

Par Gaëlle Mbaye, consultante du Groupe Square

(1) https://cryptonaute.fr/nombre-distributeurs-bitcoins-atm-france-europe-monde/
(2) https://www.capital.fr/entreprises-marches/bitcoin-les-commerces-francais-ou-vous-pouvez-payer-avec-1256660
(3) https://cryptonaute.fr/christine-lagarde-banques-centrales-songer-emettre-monnaie-numerique/
(4) https://www.economie.gouv.fr/particuliers/cryptomonnaies-cryptoactifs
(5) https://cryptonaute.fr/createur-bittorent-chia-crypto-monnaie-plus-verte-securisee-bitcoin/

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